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14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 17:07
Gouvernement Conte
 
Rome est dans Rome
 
Nous commençons à publier dans ce numéro une série d’articles et de points de vue destinés à alimenter le débat en vue des prochaines élections européennes. En raison du bras de fer qui oppose actuellement la Commission Juncker et le gouvernement italien, il nous a paru intéressant d’évoquer en premier lieu la situation de nos amis transalpins.
 
Ceux qui pressentaient, au printemps dernier, que les changements politiques à Rome allaient profondément secouer l’Europe avaient vu juste. Après s’être vigoureusement opposé à la Commission pendant tout l’été sur les questions migratoires, le gouvernement italien vient d’ouvrir un second front en présentant un budget pour 2019 qui rompt avec tous les dogmes austéritaires. Bruxelles s’est immédiatement fendu d’une lettre de rappel à l’ordre. Peine perdue : Rome n’a nulle intention de modifier son projet, en tous cas à ce stade. On imagine l’émoi des Moscovici, Juncker, Oettinger et autres Draghi !
 
Il est vrai que, dans la confrontation qui l’oppose à la Commission, l’équipe de Giuseppe Conte s’appuie sur quelques bons arguments. Le déficit qu’elle envisage pour 2019 est dans l’épure du Pacte de stabilité, ce qui n’est pas le cas d’autres pays, à commencer par la France. Si le niveau de sa dette publique reste élevé, l’Italie fait valoir qu’elle dispose d’un volume d’épargne privée parmi les plus élevés d’Europe, qu’elle est moins dépendante que d’autres des investisseurs étrangers et qu’elle ne présente donc aucun risque de défaut.
 
De là à considérer que la Commission a d’autres raisons de s’opposer à ce budget, et qu’elle cherche surtout à punir un gouvernement qui assume ouvertement sa ligne souverainiste, il n’y a qu’un pas, que Rome n’hésite pas à franchir. Tout en affichant, avec sérénité mais non sans malice, son souhait de « poursuivre le dialogue avec Bruxelles ».
 
Que peut craindre en effet le gouvernement italien ? Les marges de manœuvre de la Commission sont quasiment inexistantes. A supposer qu’elle engage une procédure pour « déficit excessif », la démarche durera des mois et l’actuelle équipe Juncker n’a plus la longévité politique pour la mener à bien. D’aucuns espéraient que les marchés financiers feraient discrètement le travail, en provoquant une flambée des taux des obligations italiennes. Aucun risque à l’horizon : les investisseurs asiatiques ou américains, peu sensibles aux sirènes de Bruxelles, continuent d’acheter sans état d’âme de la dette italienne.
 
La Commission sait, par ailleurs, que le rapport de force avec l’Italie a changé et qu’il n’est plus nécessairement en sa faveur. La coalition au pouvoir à Rome dispose en effet d’une assise politique solide, qui s’est renforcée depuis les élections de mars dernier. Selon les derniers sondages, près de deux électeurs italiens sur trois soutiennent son action, et les partis qui la composent - la Ligue, conservatrice, et le Mouvement Cinq Étoiles, populiste – s’appuient sur une base sociale très large. L’opinion publique veut clairement tourner la page de la partitocratie et des scandales à répétition qui ont affaibli l’Etat. Elle souhaite la réussite d’un programme – réduction de la pauvreté, moindre pression fiscale sur les classes moyennes, sécurité, relance des programmes d’infrastructures – qui correspond aux aspirations profondes du pays. Ceux qui, à Paris ou à Berlin, parient sur l’éclatement de la coalition devraient y réfléchir à deux fois.
 
En outre, le gouvernement a engagé, dès son arrivée, une intense activité diplomatique pour éviter tout risque d’isolement. Elle a renoué ses liens avec des nations – USA, Russie, Chine – que l’arrogance de Bruxelles exaspère et qui peuvent apporter à Rome des appuis financiers bienvenus. Au plan européen, un veto italien sur les sanctions contre la Russie, sur le budget de l'Union, une attitude plus indulgente vis-à-vis du Royaume Uni sur le Brexit sont des armes redoutables que Rome saura faire jouer si ses partenaires se montrent trop sévères. Sans parler du double langage entretenu par l’Italie sur une éventuelle sortie de la monnaie unique, qui entrainerait inévitablement l’effondrement de l’euro et, sans doute, la fin de l’UE.
 
Enfin, la coalition italienne travaille activement, dans la perspective des élections européennes du printemps prochain, à faire voler en éclat l’alliance des conservateurs et des sociaux-démocrates qui a la haute main sur le Parlement de Strasbourg, la Commission et la BCE. Matteo Salvini avance habilement ses pions, avec l’appui de ses alliés hongrois, tchèques, slovaques et polonais. De son côté, le Mouvement Cinq Étoiles prend des initiatives pour fédérer les écologistes et les groupes de gauche euro-critiques dans une nouvelle alliance. Dans ce contexte, Bruxelles et à Berlin entendent manœuvrer avec prudence. Il s’agit d’éviter les provocations inutiles que Rome porterait immédiatement à son crédit.
 
Certains commentateurs faisaient, il y a quelques semaines encore, un parallèle entre l’Italie et la Grèce. C’est méconnaitre les réalités économique et politique. La péninsule, deuxième puissance industrielle du continent, dispose d’atouts puissants pour faire entendre sa voix et faire valoir ses choix. Il est clair que le gouvernement italien se donne les moyens de valoriser ces atouts : une forte légitimité intérieure, une stratégie internationale habile, une bonne pratique des rapports de force au sein de l’Union… Voilà un plan d’ensemble que les patriotes français de toutes obédiences devraient méditer. Le laboratoire italien n’a sans doute pas fini de nous étonner.
 
  François Renié.

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7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 14:33
Piat
 
Un aristocrate populaire
 
La voix de Jean Piat, son œil rieur, sa courtoisie et son élégance resteront longtemps dans la mémoire des Français. Les royalistes se souviennent que cet homme de cœur et de fidélité était aussi l’un des nôtres.
 
Sur les planches, Jean Piat était toute passion pour son rôle. Dans le privé, c’était un homme courtois et réservé, qui fuyait l’esbroufe et les honneurs. Tout en étant pleinement conscient de son art. Un soir, lors d’une conférence qu’il donnait à Charleroi, le président de séance le présenta comme un « aristocrate populaire ». Le mot lui plut. Rien ne pouvait mieux le définir.
 
Populaire, Jean Piat l’était d’abord par ses origines. Né en 1924 à Lannoy, dans la banlieue de Lille, il grandit au sein d’une famille modeste et catholique. Il mène une jeunesse buissonnière et indisciplinée dans un monde dur, celui de la guerre et de l’occupation, où les adultes ont la tête ailleurs. Son père voulait qu’il se range et qu’il soit fonctionnaire. Il choisit la lumière et le théâtre, l’aventure d’une vie.
 
Le succès fut vite au rendez-vous. Pensionnaire du Français à 20 ans, sociétaire à 29 ans, il fait ses gammes dans tous les rôles classiques. Son moment de gloire arrive lorsqu’on lui propose le rôle de Cyrano. Huit ans à l’affiche, 400 représentations, 50 rappels lors de la générale. Du jamais vu, un triomphe qui fit le tour de la France, un tour de force que viendront saluer Malraux et le général de Gaulle.
 
La télévision décupla sa popularité. Dans Le Bossu de Paul Féval, il compose un Lagardère de légende, bondissant et tendre. Mais c’est dans la saga des Rois Maudits de Claude Barma qu’il trouve le rôle de sa vie, celui de Robert d’Artois, le baron écarlate, un homme libre dans un siècle de fer, un grand seigneur un peu tordu mais diablement sympathique ! Ces soirs-là, toute la France était devant son poste.
 
L’aristocrate Jean Piat avait, lui aussi, un goût aigu de la liberté. Parvenu à la maîtrise de son art, il eut le privilège de pouvoir choisir ses auteurs, de sélectionner soigneusement ses personnages et de mener une carrière selon son goût. Après un quart de siècle passé au Français, il opta pour le théâtre populaire qui l’enchantait. Il y enchaina les succès pendant plus 40 ans.
 
Mais il ne concevait pas la liberté sans devoir. En premier lieu vis-à-vis de son public. Piat a donné au peuple du théâtre et du petit écran ce qu’il réclamait : de la tenue, un respect absolu du texte et de l’auteur, une diction parfaite, ce qu’il faut enfin de légèreté, d’insouciance et d’insolence pour conquérir un public à qui l’on n’en compte pas. C’est en cela que l’aristocrate rejoignait l’homme du peuple.
 
Ce grand professionnel était aussi un homme de cœur et de fidélité. Il ne faisait pas mystère de sa foi catholique, un vieil héritage de famille auquel il était attaché plus que tout. Pour ce « croyant instinctif », le seul credo qui comptait, c’était l’honnêteté et le respect, des autres et de soi-même.
 
Il fut aussi l’ami des princes. Très lié avec la famille royale belge, ce « royaliste poétique » avait une affection particulière pour la Maison de France. En 2009, le prince Jean lui demanda d’être à ses côtés pour la présentation de son livre « Un prince français ». Il tint une fois de plus le public sous le charme, en plaidant pour une monarchie qui donnerait « un supplément d’âme à la France ».
 
« Je suis prêt pour ma grande scène, celle de la mort, disait Jean Piat, elle arrive et je sais que, de toutes, elle sera la plus facile à jouer ». Arriva-t-il humblement chez Dieu, en balayant de son panache le ciel bleu, comme l’ambitionnait Cyrano ? Y fit-il une entrée triomphante entouré d’une haie de cadets et de mousquetaires, l’épée au poing, sous l’œil ému de Musset, de Rostand, de Guitry ou de Molière ? Qu’importe. Le Ciel sait accueillir comme il faut les grandes âmes françaises.
 
  Jean du Fresnois.

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 11:28
René Kerdyk
 
 
green
 
 
 
L'orgue éclate dans la rue
Du village d'Otterton.
La machine tonitrue
Fausse au moins d'un double ton.

Ce n'est pas l'humble détresse
De nos petits orgues bas.
C'est une ardente allégresse
Qui tourbillonne et s'ébat.

Tzing, tzing ! Vive la musique !
Ça vous saisit à la peau.
Tantôt l'hymne britannique
Qui soulève les chapeaux,

Tantôt le song de la veille,
Succès de Gertie Millar
Et les groupes s'émerveillent
De cet orchestre braillard

Qui, sur la rose des dalles
Du village d'Otterton
Bâtit une succursale
Au paradis de Milton.
 
 
 
rené kerdyk (1885-1945). Mercure de France. (août 1913).
 
 
ariette de guerre
 
 
 
Je songe à vous, rayons chargés
De mes fins livres reliés,
0 chers bouquins qui consoliez
Mes longs nocturnes affligés,

A vous les files principales
Des classiques de bonne marque,
La robe mauve d’Andromaque
Et les pâle Provinciales,

Et toi, multiple intermezzo;
Tout tiède encore de mes mains,
Livres jaunes, Régnier, Samain,
Et notre Verlaine si haut,

Si haut dans la chaleur des lampes,
Parmi les roses balancées,
Et les caresses tôt passées,
Et les distants gestes d'estampes…

Et je songe à disposer pour
Vous, Despax, Hourcade, Drouet,
Et nos moindres frères tués
Un coin choisi de tendre amour

Où peut-être un soir une femme
Mettra, avec des doigts qui tremblent,
Ces vers, afin qu'on dorme ensemble
Très doucement, serrant nos âmes.
 
 
 
rené kerdyk (1885-1945). Mercure de France. (mars 1917).
 
 
intime
 
 
 
Les lettres sur le bureau
Semblent exhaler des plaintes
Et la courte horloge peinte
Fait des poids comme un vieux beau.

L'inutile plume d'oie
Et le bloc de pâle azur
Dévotement dorment sur
L'album de Ma Mère l'Oye.

Sous les verres les images
Disent des enfantillages
Et les parents dans leurs cadres
Sont bien sages pour leur âge.

Le buvard aux bavardages
Rose comme un écolier
Attend l'heure de lier
Sa bouche aux lèvres des phrases

Tandis qu’au loin mes pigeons
Roucoulent des gargarismes
Et font un Henri Matisse
Avec l'ombre du balcon...
 
 
 
rené kerdyk (1885-1945). Nouvelle Revue française (septembre 1921).
 
 

 

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15 décembre 2017 5 15 /12 /décembre /2017 12:02
 
Sur le pont d'un navire
 
________________
 
Envisager la Terre depuis la mer : tel est le pari audacieux réussi par Olivier Chaline (université Paris-Sorbonne) grâce à des connaissances acquises durant des années d'enseignement à l'École navale et un «voyage inoubliable» à bord de la Belle-Poule, de Brest à Rouen, en 2013.
 
Nous voici donc face à la houle de l'Atlantique, dans les courants de marée et les brumes de la Manche, au cœur des coups du mistral et de la tramontane en Méditerranée. Beaucoup plus loin, nous suivons la voie des alizés qui permettent aux navires d'accoster aux rivages de l'Amérique, de l'Inde et de l'Asie. Sans doute, ce gros livre pourra déconcerter, tant il s'apparente souvent à un traité de navigation maritime.
 
Mais le lecteur apprendra beaucoup : ainsi, en revenant frayer au XVIe siècle dans la mer du Nord qu'ils avaient abandonnée au profit de la Baltique quatre siècles auparavant, les harengs ont permis la multiplication et la prospérité des pêcheurs hollandais, écossais et français. De l'avènement d'Henri IV à la chute de Louis XVI, du chantier du phare de Cordouan dans l'estuaire de la Gironde à celui du port de Cherbourg, la France a connu une dilatation de ses espaces maritimes. Olivier Chaline en détaille toutes les composantes, de la mise en carte des découvertes à la fabrication des navires, sans oublier la vie à bord : la pêche à la morue dans la mer du Nord, le développement de la marine de guerre au temps de Colbert, le transport des épices, des indiennes, des mousselines et des porcelaines depuis l'Inde et la Chine, la traite négrière portant la croissance de Nantes ou du Havre.
 
Si la France des Bourbons fut avant tout un grand « royaume paysan », les horizons maritimes n'ont nullement été oubliés. Du souverain jusqu'au plus humble des paysans-pêcheurs d'un village du littoral, les hommes des XVIIe et XVIIIe siècles n'ont cessé de déployer une singulière ingéniosité pour établir une improbable maîtrise sur les rivages et les flots.
Joël Cornette.
 
[Cette recension est parue dans la revue L'Histoire, février 2017.]
 

__________

La Mer et la France. Quand les Bourbons voulaient dominer les océans, Olivier Chaline, Flammarion, octobre 2016, 560 pages.

 

Olivier Chaline, né en 1964, est historien. Professeur à la Sorbonne, directeur du Centre d’histoire de l’Europe centrale, il est l’auteur de plusieurs ouvrages importants sur la France et l’Europe des XVIIe et XVIIIe siècles. Il a récemment publié : Le Règne de Louis XIV. (Flammarion, 2005), L'Année des quatre dauphins. (Flammarion, 2009), La Mer vénitienne. (Actes Sud, 2010), Les Armées du roi. (Armand Colin, 2016)

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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 16:12
Léo Larguier
 
 
sur l'automne
 
 
 
Automne, sur les monts ton règne recommence !
Si je presse des doigts le raisin velouté,
Une libation impatiente s'élance
Vers ta gloire prochaine et ta divinité.

Accourez, vendangeurs, les vignes sont vermeilles ;
Sous le soleil la terre a donné tout son sang,
Que la faucille sonne à l’anse des corbeilles,
Avant de pénétrer dans le cep rougissant.

Ornez vos fronts du premier pampre, ô vendangeuses,
Et parcourez le mont en chantant avec moi.
Pour décider, du haut de ses cimes neigeuses,
L'Automne à ramener son cortège de roi.

Brillante sous les fleurs, les parfums et les flammes,
Sa venue est prédite, à la fois, à nos yeux,
Par la forêt qui se dépouille, et, dans nos âmes,
Par la victoire du désir délicieux.

Célébrons-le, par notre joie et par des danses,
A l’heure où le soir monte et rougit l’horizon.
Bacchus aimait les chants et les folles cadences,
Et qu'on entrât comme des dieux dans sa saison.

Laissons les gerbes d'or embaumer la vallée,
O compagnons, l’Automne entr'ouvre ses vergers
Où la terre de feuilles pourpres est voilée,
Où les arbres de fruits et d'ombres sont chargés.

C'est là que notre troupe, à l'Automne enlacée,
Connaîtra le mystère auguste de l’amour,
Quand la feuille, par tous les souffles embrassée,
Vivante, volera dans la douceur du jour.
 
 
 
paul souchon (1874-1951). Les Elévations poétiques. (1898).
 
 
salut à la provence
 
 
 
Provence de la mer, des monts et de la plaine,
Fille du ciel, de l'onde et du soleil d'été,
Accueille ton enfant, que son âme soit pleine
Encor de ta beauté !

Je te reviens plus fort mais plus mélancolique :
Les Alpes, la grandeur morne de leurs hivers
Ont pesé sur mon front, la servitude antique
M'a lié de ses fers !

Que tes bois d'oliviers où des maisons dorées
Songent sous le soleil, que tes villes, tes champs,
Tes rivages, ton fleuve et tes sources sacrées
Ressuscitent mes chants !

Comme un jardin privé moi qui t'ai parcourue
Je t'aime dans le vol des jours et des saisons
O terre maternelle, ô Provence apparue
Enfin, aux horizons !
 
 
 
paul souchon (1874-1951). Nouvelles élévations poétiques. (1901).
 
 
louanges à paris
 
 
 
O Paris ! ô couronne ! ô fleur !
J'ai quitté mon ciel et ma mère,
Ma mère et sa pâle douleur,
Mon ciel, le plus pur de la terre !

Et, depuis, si j'ai regretté
Et ma Provence et ma jeunesse,
Chaque fois, Paris, ta beauté
M'a séparé de ma tristesse !

Tes bois, tes parcs m'ont révélé
La grandeur de l'âme française,
L'ordre par le rythme voilé,
La force qu'une grâce apaise !

Mais je fus aussi pénétré,
O Paris, de clartés intimes,
Et l'amour que tu m'as montré
M'aura conduit sur d'autres cimes !

Car, sous ton ciel, le sentiment
Comme une fleur embaume et passe
Et tu recherches seulement
Le plaisir de toute une race !

Et j'ai subi l'enchantement
Que tu verses aux cœurs, ô ville,
Qui revêts par ton mouvement
La splendeur d'un astre immobile !
 
 
 
paul souchon (1874-1951). La Beauté de Paris. (1904).
 
 

 

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 12:35
Les ombres
de l'Europe
  
LETTRES
Jeux de dame.
Thierry Dancourt.
La Table Ronde.
Août 2017.
208 pages.
 

 
Thierry Dancourt, né en 1962, est écrivain. Il dresse, roman après roman, le portrait d’une Europe d’après guerre, mélancolique et pleine de charme. Il a obtenu en 2008 le prix du premier roman pour Hôtel de Lausanne et a récemment publié Jardin d’hiver. (La Table Ronde, 2010), Les Ombres de Marge Finaly. (La Table Ronde, 2012).
 
Présentation de l'éditeur.
Solange Darnal promène sa silhouette élégante et solitaire entre le Paris du début des années 1960, le Berlin de la guerre froide et la mélancolie de Trieste sous la pluie. On roule en Volvo P1800, on fume des cigarettes State Express 555, le musée de la porte Dorée s'appelle encore le palais des Colonies, et les femmes portent des imperméables beurre frais. Solange oscille entre deux mondes, celui de la vérité et celui du mensonge, de la lumière et de l'ombre, de la transparence et du secret, et navigue entre deux hommes. Elle prend peu à peu conscience qu'elle en aime un davantage que l'autre, et sans doute aime-t-elle vraiment pour la première fois... Intermittences du coeur, souvenirs d'enfance et mouvements de l'Histoire s'entremêlent dans cette intrigue qui pousse le lecteur à s'interroger sur ce drôle de jeu peut-être dangereux auquel se livre la jeune femme. Mais qui est Solange ? Et le sait-elle seulement ?
 
Recension d'Alexandre Fillon. - Lire - Septembre 2017.
Les romans de Thierry Dancourt sont aériens et élégants. Intemporels, tout en volutes. Dès Hôtel de Lausanne, on a aimé sa manière de dessiner ses personnages et ses histoires, en soignant toujours le décor qui les accueille. Cinq ans après Les Ombres de Marge Finaly, Dancourt nous revient enfin avec un séduisant Jeux de dame, puzzle qui slalome entre le 12e arrondissement de Paris, Trieste et un Berlin scindé en deux. Nous sommes ici au début des années 1960. Solange Darnal a une façon un peu étourdie de conduire son coupé Volvo ; elle porte un manteau jaune à capuche et fume des State Express 555. La jeune femme est fonctionnaire d’Etat, elle réalise des études d’observation, rédige des rapports, des notes de synthèse pour le compte du Conseil économique et social. Pascal Clerville, lui, travaille à mi-temps à la bibliothèque du palais des Colonies, fraîchement renommé musée des Arts africains et océaniens, dans les alentours de la porte Dorée. Ces deux-là ne sont de toute évidence pas insensibles l’un à l’autre. Sauf que Solange n’est pas totalement libre. Ni vraiment ce qu’elle prétend être … D’un bout à l’autre, Thierry Dancourt entretient le mystère, le charme. Son Jeux de dame, atmosphérique et ciselé, vaut la chandelle.

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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 19:52
Léo Larguier
 
 
sur les môles
 
 
 
Sur les môles aux vieux platanes,
Et dans les ports au bord des mers,
Où le troupeau des courtisanes
S'enivrait de parfums amers,
Vous débarquiez, gloires épiques :
Un profil droit, entre les piques
Se découpait en dominant
Sous un portique aux blanches pierres,
Mais passez, gloires militaires,
Vos lauriers sont tachés de sang !

Caesar n'est rien... La nuit tranquille
Descend ; ne sonnez plus, buccins,
Et laissez méditer Virgile
Sous la douceur des cieux latins.
Une étoile tremble et se lève,
Le poète poursuit son rêve ;
Vénus qui marchait dans le bois
S'appuie au bras d'un beau satyre,
Et cesse en frémissant de rire
Pour écouter la grande voix.

Du vieux renom des capitaines,
Dans les temps il ne reste rien :
Hors les blessés, les sombres plaines,
Les corbeaux, nul ne se souvient,
Mais lisez ce beau livre antique,
Surprenez ce soir idyllique
Dans les mots divins de ces vers,
Admirez ces têtes fleuries ;
Écoutez... les Dyonisies
Chantent sous les ombrages verts

Tournez les pages... Des colombes
Battent de l'aile dans l'azur ;
Des rosiers embaument les tombes,
Le monde est clair, le jour est pur ;
Contre une colonne dorique,
Une vierge mélancolique
Effeuille sans même les voir
Des pétales de marguerite,
Tandis que passe Théocrite
Dans un vers bleu comme le soir !

Car tout vit dans le livre immense,
Il est pareil à la maison
Que parfume dans le silence,
La muse à la blonde toison ;
Et ses fenêtres sont ouvertes
Sur les plaines de blés couvertes
Où l'on ne voit que des bouviers ;
Les dieux y viennent à l'aurore,
Laissant à sa porte sonore
Des grappes d'or et des ramiers !
 
 
 
léo larguier (1878-1950). La Maison du poète. (1903).
 
 
crépuscule
 
 
 
Un point d'or, l'azur des coteaux,
Le soir d'été baignant la terre,
Un vieux chemin plein de mystère,
Sous les fronts penchés des bouleaux.

Et s'effaçant sous la ramée,
Un couple qui s'en va disant,
Au bleu clair de lune d'argent :
« Mon bien-aimé, ma bien-aimée ! »

Ce n'est rien, mais c'est l'infini
D'une vie aimable et rapide.
Le vent tiédit, l'étang se ride,
On entend des voix dans un nid...

O planètes, terres lointaines,
Avez-vous aussi de beaux soirs,
Des chemins creux et des bois noirs
Pleins de frissons et de fontaines,

Et des lilas et des rosiers,
Avec de belles formes blanches,
Sous les tremblants arceaux des branches
Aux fins de jour, dans les sentiers ?
 
 
 
léo larguier (1878-1950). Les Isolements. (1906).
 
 
de lointaintes choses
 
 
 
J'aime parfois songer à de lointaines choses :
A des jardins persans dont les hauts cèdres bleus
Bénissent l'air léger tout vanillé de roses,
A des maisons d'Asie étouffantes et closes,
Aux chalets isolés qui rient d'un seuil neigeux.

Aux femmes de Golconde ; à Marie-Antoinette
Accoudée en été dans le blanc de midi
Sous un rose chapeau d'où naît la pâquerette,
Fermant un peu les yeux, penchant un peu la tête
Vers les linons mousseux d'un corsage arrondi.

Aux brisants hérissés de bêtes aquatiques,
A des poissons nageant dans l'eau de Magellan,
Aux tempêtes de nuit sur les glaces antiques,
Aux lointains amoureux des régions arctiques
Que baigne un crépuscule infini, triste et lent.

Aux mystères des bois embrumés, à des sentes
Que l'automne remplit de feuilles, de bois mort,
Aux choses qui la nuit tressaillent dans les plantes,
Au-dessous des cailloux, aux rochers pleins de fentes
Sur qui jusqu'au matin la tiède lune dort.
 
 
 
léo larguier (1878-1950). Orchestres. (1914).
 
 

 

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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 20:32
Chroniques
d'un demi-siècle
  
LETTRES
Résumons nous.
Alexandre Vialatte.
Robert Laffont.
Février 2017.
1344 pages.
 

 
Alexandre Vialatte (1901-1971), romancier et chroniqueur. Auteur de quatre grands romans - Battling le Généreux, Le Fidèle Berger, Les Fruits du Congo, Camille et les grands hommes -, de nouvelles et de chroniques pleines de finesse et de nostalgie. Publications récentes : 1968, Chroniques. (Julliard, 2008), Lettres à Maricou. (Au signe de la Licorne, 2009), Critique littéraire. (Arléa, 2010), Le Cri du Canard bleu. (Le Dilettante, 2012).
 
Présentation de l'éditeur.
Pendant un demi-siècle, Alexandre Vialatte a cultivé l'art de la chronique. Ses œuvres constituent une sorte d'encyclopédie des activités humaines vues au travers du kaléidoscope d'un observateur malicieux qui sait résumer d'une sentence, lapidaire et drôle, le fond de son propos. Nourri de textes inédits, ce recueil témoigne des différentes formes journalistiques pratiquées par Alexandre Vialatte, des années 1920 à sa mort en 1971. Il apprend son métier en collaborant à La Revue rhénane, en même temps qu'il s'initie à l'Allemagne, découvre Goethe et Kafka, et suit de près l'actualité du pays. Dans Le Petit Dauphinois, comme dans l'Almanach des quatre saisons, autre florilège de sa fantaisie, Vialatte s'en donne à cœur joie, avec la plume d'un poète, l'imagination d'un conteur, l'humour d'un savant désabusé. Les chroniques cinématographiques parues dans Bel Amour du foyer constituent un volet inattendu de son oeuvre de journaliste. Vialatte s'amuse à y distiller ses conseils et ses opinions sur des films dont il raconte l'histoire à sa manière, toujours singulière et décalée. Il a aussi tenu pendant près de dix ans une chronique dans Le Spectacle du monde, constituée de promenades littéraires plus que de véritables critiques. Là comme ailleurs, il exprime ses goûts, ses admirations avec une intelligence savoureuse, une virtuosité et une liberté de ton qui n'ont cessé d'enchanter ses innombrables lecteurs et lui valent d'occuper aujourd'hui une place prépondérante dans notre histoire littéraire.
 
L'article de Jacques Aboucaya. - Service littéraire - Avril 2017.
Alexandre le grand. « Notoirement méconnu ». Ainsi se définissait Alexandre Vialatte (1901-1971). Non sans raison. De son vivant, qui s’intéressait à son œuvre ? Qui en avait même entendu parler, sinon une poignée de lecteurs fidèles et conquis. Lesquels, il est vrai, lui vouaient un véritable culte. Une manière de société secrète, avec ses signes de reconnaissance, ses connivences. Ses codes et ses mots de passe, « les choses grandes et magnifiques », ou encore « l’homme n’est que poussière, d’où l’importance du plumeau ». Sans oublier la phrase conclusive de ses chroniques, passée dans le domaine public, « Et c’est ainsi qu’Allah est grand ». Une formule devenue plutôt hasardeuse, par les temps qui courent… Vialatte, d’abord un romancier. Celui de « Battling le ténébreux » et des « Fruits du Congo ». Fleurons d’une production prolifique, parfois inaboutie, dont on découvre toujours, à l’heure actuelle, esquisses et brouillons. Une même thématique : l’évocation, voire la célébration de cette période incertaine où l’adolescence débouche sur l’âge adulte. Toute sa vie, l’écrivain cultivera cette nostalgie. Elle court partout en filigrane, même fugitivement. Jusque dans les chroniques qui ont assis sa renommée. Elle culmine dans ses ouvrages de fiction, leur confère une commune tonalité. Et une saveur unique.
Une source d’information nourrie de son expérience intime, mais reconstruite, inlassablement remémorée. En même temps, la genèse d’un univers imaginaire, à l’originalité poignante. Peuplé de rêveries. Régi par des rites immuables, ceux des « enfants frivoles » qui lui ont fourni le titre de son premier roman. Jalonné de points de repères, l’affiche de « La Dame du Job », celle des « Fruits du Congo ». L’amitié y a force de loi. Et l’amour, évoqué avec une pudeur dont les jeunes générations n’ont guère d’exemples. Le tout baigné par un humour désabusé, une de ses caractéristiques majeures. Au risque de passer pour iconoclaste, oserais-je avancer que la complainte vialattienne me paraît plus touchante que celle du « Grand Meaulnes » ? Ce disant, j’ai bien conscience d’enfreindre un tabou. Mais quoi ! Les vaches sacrées ne sont pas toujours aussi irréfutables que l’éléphant chanté par Vialatte… Parmi les activités de celui-ci, on n’aura garde d’oublier son passage à la Revue Rhénane et son rôle dans la découverte chez nous de Kafka, dont il traduisit l’œuvre. Mais ce qui lui valut la reconnaissance posthume fut la publication, en anthologies, des chroniques hebdomadaires parues, des années durant, dans le quotidien de Clermont-Ferrand « La Montagne ». Son amie Ferny Besson en donna, en 1978, l’impulsion initiale avec « Dernières nouvelles de l’homme ». Devaient suivre une bonne quinzaine de tomes (repris en deux volumes dans la collection « Bouquins ») aux titre saugrenus, représentatifs de l’esprit de l’auteur : « Antiquité du Grand Chosier », « Éloge du homard et d’autres insectes utiles », « Chroniques des grands Micmacs », entre autres cocasseries.
Pas de doute, Alexandre Vialatte a renouvelé de fond en comble la conception de la chronique. Mieux, il en a fait un genre littéraire à part entière. Un funambule. Un magicien. Il part de rien et de ce rien il fait un monde. Peuplé d’Auvergnats, de bananes du détroit de Behring ou de loups, c’est selon. De son chapeau – ce petit chapeau de feutre qu’il soulève pour saluer le Puy-de-Dôme, sur une photographie fameuse – il tire de faux proverbes bantous et de vraies leçons de vie. Un télescopage qui lui est habituel. Sous les pirouettes, un observateur de son temps et un moraliste. L’amuseur cache un philosophe. Non un de ces philosophes de salon, plastronnants et jargonnants (suivez mon regard), mais un écrivain sensible, profond. Conscient des travers de son époque, indigné par nombre de ses dérives. Prompt à les dénoncer, mais toujours de façon plaisante. Cette veine et ce ton uniques, il les a déclinés dans divers organes de presse. Au point que le chroniqueur a fini par éclipser le romancier. Le succès des volumes tirés de La Montagne a incité les éditeurs à exploiter le filon. D’où la floraison d’anthologies thématiques, tels les « Dires étonnants des astrologues » (Le Dilettante), « Chronique des arts ménagers » (Au Signe de la Licorne), quelques autres aussi savoureuses. Parmi elles, un « Bestiaire » (Arléa) où la passion de Vialatte pour la zoologie (et, d’une façon générale, pour tout ce qui peule l’univers) n’a d’égal que son goût pour les mots rares et les rapprochements incongrus. Avec un anthropomorphiste de bon aloi : « Le découragement de l’hippopotame, assure-t-il, est une des choses les plus tristes qui soient. » Comment lui donner tort ? Dernier en date de ces recueils, « Résumons-nous ». Un échantillonnage représentatif, couvrant un demi-siècle d’activité journalistique. Des inédits, tirés aussi bien de La Revue rhénane des débuts que du Spectacle du Monde où paraissaient ses promenades littéraires, en passant par le Petit Dauphinois ou Bel Amour du Foyer, où il tint pendant quelques mois la rubrique Cinéma. Preuve que rien ne lui était étranger. En quoi cet écrivain unique était, aussi, universel.

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 16:17

Automne 2017
Changer
de modèle
 

- Notre socialisme, par François Renié. [lire]

Les idées et les livres

- L'affront à l'armée, par Hubert de Marans. [lire]
- Macron et sa vieille Europe, par Vincent Lebreton. [lire]
- Changer de modèle (1). - Le pouvoir aux producteurs, par Henri Valois. [lire]
- Péguy philosophe, par Vincent Maire. [lire]
- Ezra Pound comme éducateur, par Pierre Gilbert. [lire]
- Le souvenir de Paul-Jean Toulet, par Jean-Jacques Bernard. [lire]
- La rencontre de Don Juan, une nouvelle de A. T'Sterstevens. [lire]
- Le jardin français, poèmes de L. Larguier, R. Kerdyk, P. Souchon. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
Après cent jours. - Scission au FN. - Le retour des sarkozystes. - Nouvelle Calédonie.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
Le guêpier libyen. - Coup d'Etat bourgeois en Catalogne. - Le poison coréen.

- Chronique sociale, par Henri Valois.
Industrie, la grande braderie. - Jacobinisme. - L'après-Gattaz. - Reconversions industrielles.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Dancourt. - d'Estienne d'Orves. - Modiano. - Perret. - Saint-Exupéry. - Dupin.

- Idées et histoire, par Pierre Gilbert et Jacques Darence.
Winock. - Desuin. - Todd. - Ortega y Gasset. - Gougenheim. - Charles VII. - Dante.

- Notes d'Art, par Sainte Colombe et Louis du Fresnois.
Monet. - Derain. - Gauguin. - Feydeau. - Molière.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
Trump. - Libéralisme. - Frontières. - Ve République. - Diplomatie. - Christian Millau.

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
Vers un monde néo-national ? (Michel Foucher). - Le Nouveau pouvoir. (Régis Debray). - Maintenant. (Comité invisible). - Être nationaliste à l'heure des masses. (Olivier Dard). - Rois de France. (Honoré de Balzac). - Vergennes. (Bernard de Montferrand). - L'Astre mort. (Lucien Jerphagnon). - Beauté. (Philippe Sollers). - Petite sélection stendhalienne. - Livres reçus.

 

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 12:39
Jean POurtal de Lavezède
 
 
souvenir
 
 
 
Le jardin se déroule en pelouses précises,
Frais tapis étoiles où voltige un oiseau ;
Dans l'azur luit le rire argenté du jet d'eau
Et de leur propre encens les fleurs paraissent grises.

Au firmament léger dérivent des banquises ;
L'allée amène au seuil où des roses ponceau
Dressent contre le mur la gloire d'un arceau.
Dans la grande maison vivent des ombres grises.

C'était par un printemps pareil à celui-ci
Et dans le clair séjour de l'âge sans souci
Que la mort Vous saisit, Vous qui fûtes l'élue.

Si j'ai connu depuis l'amour et la beauté,
Cette vaine demeure à la nuit dévolue
Jamais plus ne s'ouvrit aux splendeurs de l'été.
 
 
 
jean pourtal de ladevèze (1898-1976). Revue « La Muse française ». (1937).
 
 
septembre
 
 
 
Tu t'es réveillé ce matin
Parmi les chants, parmi la joie
Des oiseaux, des fleurs et la soie
Des beaux rayons au ciel sans tain.

La douceur du jour, ses dorures
T'ont pu laisser croire un instant
Qu'au vif de l'été le printemps
Renaissait en pales verdures.

Le soleil pique de rousseurs
La route et les façades blondes ;
A la couronne des tours rondes
Les pigeons roucoulent, danseurs ;

Et le jeune amour que tu portes
Vers un chimérique destin
Voit se poser dans le jardin
Le premier vol de feuilles mortes.
 
 
 
jean pourtal de ladevèze (1898-1976). Sur les Balcons du ciel. (1936).
 
 
stances
 
 
 
La lumière joue indécise
Sur les vagues étangs du soir
Et rose, mauve et bleue, irise
L’onde secrète du miroir.

Nul visage n’a laissé trace
Du passé sitôt aboli
Sur l’insensible et vaine glace
Entre les berges d’or pâli.

Mais s’y reflète un paysage
Lointain et clair, pressé de nuit :
Sous le feu rouge d’un nuage
La rivière doucement luit.

Narcisse est mort sur ce rivage :
Une lame d’argent poli
N’aurait su garder davantage
Sa belle forme de l’oubli.
 
 
 
jean pourtal de ladevèze (1898-1976). Revue « Le Divan ». (1941).
 
 

 

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N°1 - 2009/01
 
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