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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 11:44
Henri Bouvelet
 
 
première sortie
 
 
 
Au long du toit rustique où décline la tuile
Le soleil qui s’étend et glisse en nappe d’huile
S’arrête sur le bord un instant, et soudain,
De son poids ruisselant tombe sur le jardin
Dont la pelouse fraîche est une île étalée
Qu’enserre étroitement le fleuve de l’allée.
Le jour coule à flots lents au fil du sable doux
Pour la première fois je n’ai plus mal du tout ;
J’ai pu comme une enfant qui met sa robe blanche
Reprendre pour sortir mon âme du dimanche,
Et pour habituer mes pas convalescents,
Ayant pris du chemin le côté qui descend,
Je marche sans effort sur la brise qui m’aide
En me poussant le dos du plat de ses mains tièdes.
 
 
 
henri bouvelet (1890-1912). Revue "Shéhérazade". (septembre 1910).
 
 
la volière
 
 
 
Dans les mille maillons d’un flexible roseau,
Le vent rude qui jette un filet sur la plaine
Capture nos bonheurs comme on prend les oiseaux,
Et sur son large dos les charge et les emmène ;

Nos orgueils et nos yeux, aigles ou passereaux,
L’averse les retient dans sa volière pleine
Que l’orage fabrique avec ses tringles d’eau
Où vient se mutiler l’effort des ailes vaines.

Aux regrets pérégrins des plumes et des becs.
Le songe offre un perchoir et l’art un biscuit sec
Où chacun à son gré s’irrite ou se balance,

Tandis qu’au bord d’une auge où croupit le silence
Un merle avec ardeur des cultes puérils
S’égosille à crier le retour de l’avril.
 
 
 
henri bouvelet (1890-1912). Revue "Schéhérazade". (mars 1910).
 
 
vocations
 
 
 
Les chambres de couvent ressemblent à mes nuits :
Leur veilleuse est la sœur de mon inquiétude,
Et de tous les côtés ma jeunesse qui fuit
Est blanchie à la chaux sévère de l’étude.

Je consacre à mon dieu que blesse une croix rude
Un rameau de laurier plus amer que le buis ;
Et c’est loin de mes yeux que le matin dénude
Avec mes doigts ardents la forme d’aujourd’hui ;

Je ne suis point captif puisque j’ai pour frontière
Le rectangle permis d’un petit cimetière
Où je creuse dans l’ombre un trou pour mon cercueil ;

Même je me complais à ce jeu qui me hausse
Depuis l’instant subtil où j’ai trouvé l’orgueil
D’être deux fois plus grand sur le bord de ma fosse.
 
 
 
henri bouvelet (1890-1912). Le Royaume de la terre. (1910).
 
 

 
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la Revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 20:31
Un retour
aux sources
  
LETTRES
Sur les
chemins noirs.
Sylvain Tesson.
Gallimard.
Octobre 2016.
144 pages.
 

 
Sylvain Tesson, né en 1972, est écrivain et journaliste. Géographe, novelliste, essayiste, voyageur ou aventurier, Tesson arpente le monde à son rythme et selon ses envies, tantôt au galop des hussards, tantôt au pas tranquille du flâneur ou du pèlerin. Il a récemment publié : Une vie à coucher dehors (Gallimard, 2009), Dans les forêts de Sibérie. (Gallimard, 2011), Géographie de l'instant. (Editions des équateurs, 2012) , S'abandonner à vivre. (Gallimard, 2014), Berezina. (Guérin, 2015).
 
Présentation de l'éditeur.
2014. « L'année avait été rude. Je m'étais cassé la gueule d'un toit où je faisais le pitre. J'étais tombé du rebord de la nuit, m'étais écrasé sur la Terre. Il avait suffit de huit mètres pour me briser les côtes, les vertèbres, le crâne. J'étais tombé sur un tas d'os. Je regretterais longtemps cette chute parce que je disposais jusqu'alors d'une machine physique qui m'autorisait à vivre en surchauffe. Pour moi, une noble existence ressemblait aux écrans de contrôle des camions sibériens : tous les voyants d'alerte sont au rouge mais la machine taille sa route. La grande santé ? Elle menait au désastre, j'avais pris cinquante ans en dix mètres. A l'hôpital, tout m'avait souri. Le système de santé français a ceci de merveilleux qu'il ne vous place jamais devant vos responsabilités. On ne m'avait rien reproché, on m'avait sauvé. La médecine de fine pointe, la sollicitude des infirmières, l'amour de mes proches, la lecture de Villon-le-punk, tout cela m'avait soigné. Un arbre par la fenêtre m'avait insufflé sa joie vibrante et quatre mois plus tard j'étais dehors, bancal, le corps en peine, avec le sang d'un autre dans les veines, le crâne enfoncé, le ventre paralysé, les poumons cicatrisés, la colonne cloutée de vis et le visage difforme. La vie allait moins swinguer. Il fallait à présent me montrer fidèle au serment de mes nuits de pitié. Corseté dans un lit étroit, je m'étais dit à voix presque haute : « si je m'en sors, je traverse la France à pied ». Je m'étais vu sur les chemins de pierre ! Je voulais m'en aller par les chemins cachés, flanqués de haies, par les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés. Il existait encore une géographie de traverse pour peu que l'on lise les cartes, que l'on accepte le détour et force les passages. Loin des routes, il existait une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée par l'aménagement qui est la pollution du mystère. Une campagne du silence, du sorbier et de la chouette effraie. Des motifs pour courir la campagne, j'aurais pu en aligner des dizaines. Me seriner par exemple que j'avais passé vingt ans à courir le monde entre Oulan- Bator et Valparaiso et qu'il était absurde de connaître Samarcande alors qu'il y avait l'Indre- et-Loire. Mais la vraie raison de cette fuite à travers champs, je la tenais serrée sous la forme d'un papier froissé, au fond de mon sac... » Avec cette traversée à pied de la France réalisée entre août et novembre 2015, Sylvain Tesson part à la rencontre d'un pays sauvage, bizarre et méconnu. C'est aussi l'occasion d'une reconquête intérieure après le terrible accident qui a failli lui coûter la vie en août 2014. Le voici donc en route, par les petits chemins que plus personne n'emprunte, en route vers ces vastes territoires non connectés, qui ont miraculeusement échappé aux assauts de l'urbanisme et de la technologie, mais qui apparaissent sous sa plume habités par une vie ardente, turbulente et fascinante.
 
L'article de Sylvie Matton. - Service littéraire - novembre 2016.
Un voyage lumineux sur les chemins noirs. Les chemins noirs sont les sentiers, pistes et lisières, oubliés des cartes, que plus personne n’emprunte. De quoi faire rêver Sylvain Tesson, après la chute qui l’a projeté dix mètres plus bas, dans le coma, le corps brisé : s’il peut de nouveau marcher, il découvrira entre le Mercantour et le Cotentin, cette France préservée – il l’a juré, corseté et cloué sur son lit d’hôpital. Ce sera le voyage de la rémission et de la rédemption, avant que des fonctionnaires ministériels n’accomplissent leur mission : amener dans le droit chemin de l’aménagement du territoire cette hyper-ruralité, trou noir de la civilisation, grâce au charabia administratif et à l’absurde embrigadement – lotissements, hypermarchés, semences chimiques, vignes sulfatées, batteries d’animaux martyrs, gènes modifiés, ronds-points et wifi.
Après avoir escaladé maints immeubles et toits du monde, cathédrales et hauts sommets, déployé des banderoles à la gloire du Tibet du haut de Notre-Dame et de la Tour Eiffel varappées, traversé taïgas, forêts, déserts de la planète à pied, à cheval ou à bicyclette, le lac Baïkal gelé en side-car, survécu en ermite un hiver au bord du même lac, cherché en ce mouvement perpétuel un sens à l’essentiel, il arpentera d’août à novembre 2015 l’infiniment proche. Se sentant vivant grâce au mouvement lent de la marche, il bivouaquera, malgré les vis dans son dos et d’autres douleurs qu’il tait, dans une plaine ou un sous-bois, à la belle étoile ou sous la pluie. Le livre de Tesson est jubilatoire, par les clés du monde qu’il nous confie, les confrères auteurs et les peintres convoqués, un lyrisme et une sensualité maîtrisés et son humour bienveillant. Loin des oukazes écologistes, le propos n’est pas ici de convaincre mais de partager une connaissance de géographe qui connaît l’histoire, une perception de voyant, entre émerveillement et accablement – tel un personnage houellebecquien désabusé (désormais interdit d’alcool, n’est-il pas lui aussi condamné au Viandox ?).
Sur ces chemins de la liberté, il croise quelques rares congénères, frères de silence, veille sur le sommeil de fées tutélaires, salue vaches, chevaux, chevreuils, salamandres, faisans, hérons, chouettes effraies, mais aussi les buissons, les mûriers et les noisetiers qui le nourrissent, les herbes qui claquent dans le vent. Devant le sémaphore de La Hague battu par la tempête, bout de la carte, fin ironique du territoire et du voyage, Sylvain Tesson sait désormais que les chemins noirs prolongent leurs sillons en un cheminement mental sans fin. Le nôtre à présent.
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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 15:47
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Hiver 2016-2017
Le monde
selon Trump
 
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- A nos amis américains, par François Renié. [lire]

Les idées et les livres

- Les nouveaux patriotes, par Hubert de Marans. [lire]
- Leçons diplomatiques, par Claude Arès. [lire]
- Le monde selon Trump, textes présentés par Jacques Darence. [lire]
- Michel Déon, le hussard migrateur, par Rémi Clouard. [lire]
- Présence de Malraux, par Eugène Charles. [lire]
- Le père Namur, une nouvelle d'Eugène Marsan. [lire]
- Le jardin français, poèmes de H. Bouvelet, J. Gasquet, C.- F. Ramuz. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
Un suicide hollandais. - Ambitieux sans projets. - La droite et l'argent. - Malaise policier.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
Europe : le jeu des dominos. - La tragédie d'Alep. - Ombres chinoises - La Thaïlande et son roi.

- Chronique sociale, par Henri Valois.
La France et ses usines. - Antisocial. - Chantiers navals. - Reconversions industrielles.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Duteurtre. - Tesson. - Jonquères. - Quignard. - Le Carré. - Goffette.

- Idées et histoire, par Pierre Gilbert et Jacques Darence.
Debray. - Rey. - Simone. - Brague. - Preston. - Chaline. - Valéry.

- Notes d'Art, par Sainte Colombe et Louis du Fresnois.
Baudelaire. - Buffet. - Bouchardon. - Molière.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
Nation. - Monarchie. - Socialisme. - Simone Weil. - Gaxotte. - Poussin.

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
Dialogue sur l'histoire et l'imaginaire social. (Cornelius Castoriadis et Paul Ricoeur). - Un défi de civilisation. (Jean-Pierre Chevènement). - L'Euro contre la France, l'Euro contre l'Europe. (Jacques Sapir). - Heidegger. (Cahier de l'Herne). - La France en terre d'Islam. (Pierre Vermeren). - Juger la Reine. (Emmanuel de Waresquiel). - Romans, récits et nouvelles. (Jack London). - Les premières aventures d'Arsène Lupin (Maurice Leblanc). - Petite sélection stendhalienne. - Livres reçus.

 

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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 16:15
Georges Louis Garnier
 
 
verdures de paris
 
 
 
- De quels purs éléments naît ton charme, ô verdure ?
- Du bleu si frais de l’eau, de l'or si beau du jour.
- D'où ce baume qui plus que ta nuance dure ?
- Du dieu dont ce mortel feuillage est le séjour.

Frondaisons! Revoici le feuillage d'avril !
Source ailée au-dessus des amants gazouillante,
Onde et brise, aube et chant fondus en même plante,
Ce qu'il sait du bonheur, jamais le dira-t-il ?

Que j'aime dans ton parc étagé, tout au bout
De l'allée expirant sur la terrasse altière,
Ce vertige d'azur plus profond, ô Saint-Cloud
Que l'ombre de tes bois perdus dans la lumière !

Meudon, Fourqueux, Marly, noms gazouillants d'oiseaux,
Montmorency, Sannois, Fontainebleau, Recloses,
Coups d'ailes de Paris au sommet des coteaux
Qui la ceignent de bois, de vergers et de roses !

Verte nacelle au bleu du songe suspendue,
La petite clairière où je m'étais assis
Emporte doucement à travers l'étendue
Ma peine qui devient ange du paradis.

Beau voile frissonnant, brodé de mille oiseaux,
Pudeur de la Maison, son aise et sa parure,
Qu'il est doux d'entrevoir, si blanche en tes réseaux,
Sa chaste épaule où dort le bonheur, ô verdure !

Souvent aux calmes nuits de l'été je m'assois
Dans ces jardins déserts, ces parcs, ces avenues,
Où l'âme de Paris, amoureuse des bois,
Rêve jusqu'au matin d'idylles ingénues.

Si je ne connais plus des jardins que leurs grilles,
C'est rosée à mon cœur d'entrevoir un sentier
Où quelque oiseau des bois descend, entre deux trilles,
Boire à la cascatelle en fleur d'un églantier.

- Grands arbres, dites-moi si le chant qui s'envole
Au gré des vents, Zéphyr, Tramontane, Aquilon,
Mieux vous plaît que la stance à mesure moins folle ?
Dionysos est ivre et trop sage Apollon.

- Laisse les dieux, poète, et prends des hirondelles
Un exemple à la fois savant et naturel,
Car les beaux vers, toujours, comme les justes ailes
Sont en naissant compas et balances du ciel.
 
 
 
georges-louis garnier (1880-1943). Verdures de Paris (1938).
 
 
en perdition
 
 
 
A Guy Lavaud.
 
Profondeurs de la vie, abîmes insondés
Où n'atteignent que les naufrages,
Nef en péril, je songe aux trésors inondés
Qui dorment dans vos noirs parages.

A quels scaphandriers, dans leur nuit descendus,
Vos épaves livreraient-elles
Les mystiques joyaux des dévouements perdus,
L'or des fidélités mortelles ?

Des riches cargaisons qui font les destins lourds
Le malheur volontiers nous prive,
Tandis que, sillonnant la surface des jours,
La maigre voile atteint la rive.

Mais que me sont auprès des diamants noyés
Dont les astres ont la mémoire
Les parures de verre et les pâles colliers
De la fortune ou de la gloire !
 
 
 
georges-louis garnier (1880-1943). Le Songe dépouillé (1931).
 
 
poème d'automne
 
 
 
Nourrice au sein meurtri, douce et tendre saison
Qui portes les fruits de la terre,
De quel amour, Automne, aimes-tu la maison
Que ton sang doré désaltère !

Hutte du bûcheron, petits hameaux perdus,
Gai village à flanc de colline,
Toutes sont tes enfants que tu tiens suspendus
Après ta mamelle divine.

Baisse le jour. Leur faim apaisée en tes bras,
Le cellier plein, la grange lourde,
Tu baignes de rosée et puis clos leurs yeux las
Que fait rêver ta chanson sourde.

Qu'elle est tranquille alors la dormeuse au front blanc,
Posé sur un calme nuage,
Tandis qu'à ses pieds frais tu laisses en tremblant
Glisser ton voile de feuillage !
 
 
 
georges-louis garnier (1880-1943). Le Songe dépouillé (1931).
 
 

 
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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 16:26
La grande force
de l'amitié française
  
LETTRES
Les diverses
familles spirituelles
de la France.
Maurice Barrès.
Préface de J.-P. Rioux.
CNRS Editions.
Septembre 2016.
212 pages.
 

 
Maurice Barrès (1862-1923). Ecrivain, essayiste et homme politique. Maître du style et de la pensée française, il inspire cette revue depuis l'origine. Publications récentes : Antoine Billot, Barrès ou la volupté des larmes. (Gallimard, 2013), Maurice Barrès, Une enquête aux pays du Levant. (Manucius, 2013), Maurice Barrès, L'Âme française et la guerre, tome III. (BNF, 2016).
 
Jean-Pierre Rioux, né en 1939, est historien. Spécialiste de l'histoire contemporaine de la France et des idées politiques, il est l'auteur de nombreux ouvrages. Il a récemment publié : Jean-Jaurès. (Perrin, 2005), Les Populismes. (Perrin, 2006), Les Centristes. (Fayard, 2011), La Mort du lieutenant Péguy. (Tallandier, 2014), Vive l'Histoire de France. (Odile Jacob, 2015).
 
Présentation de l'éditeur.
Personne, avant 1914, n'aurait imaginé qu'un jour, Barrès reconnaîtrait aux protestants, aux juifs et aux socialistes le même statut de « familles spirituelles de la France » qu'aux catholiques et aux traditionalistes. N'avait-il pas, au temps de l'affaire Dreyfus, soutenu les campagnes antisémites de Drumont, brocardé l'influence « dissolvante » du protestantisme, ferraillé contre l’« internationalisme rouge » ? Publié en 1917, au plus fort des combats du Chemin des Dames, des mutineries, de la crise morale qui saisit l'arrière, Les Diverses Familles spirituelles de la France dévoile un Barrès inattendu. Face à la commotion nationale, il se fait le chantre des « amitiés françaises » contre les germes de division qui, trop longtemps, affaiblirent le pays. « La guerre est l'occasion pour une nation déchirée de dépasser ses clivages et de mettre en commun, au service d'un but qui les transcende, l'énergie jusque-là dépensée dans la vanité des querelles de partis », lance l'écrivain-député dont le coeur bat au rythme des lettres de soldats qu'il reçoit alors par milliers. La relecture de ce classique monte que Barrès ne fut ni le « crieur public du massacre » dénoncé par Jean Guéhenno, ni le « rossignol du carnage » fustigé par Romain Rolland. Pour Barrès, en effet, le soldat se bat pour que ses enfants n'aient pas à se battre. Il fait la guerre pour détruire la guerre...
 
Préface de Jean-Pierre Rioux (conclusion).
Cent ans plus tard... Ne faisons pas dire à Barrès, malgré tant de propos généreusement ampoulés, qu’il considérait que la terre de salut fût en vue puisque le peuple français en armes oubliait ses divisions et rivalisait d’esprit de sacrifice, de sens patriotique, d’héroïsme d’esprit et de foi. Les Marginalia, ces réflexions notées de sa main juste après la publication du livre et publiées par son fils Philippe dans l’édition de 1930 et qu’on retrouvera ici en annexe du texte de 1917, prouvent que le doute a pu le saisir sur-le-champ et être entretenu après la Victoire. Il l’exprimera à voix haute, y compris à la Chambre et dans ses conférences, au temps du Bloc national et du retour des divisions et des haines partisanes, dès 1919. Non. C’est aussitôt qu’il s’interroge sur le sens de tant de spiritualité, d’esprit de réconciliation et de vaillance. Il griffonne en marge de son livre, visiblement décontenancé : « Ils s’évadaient de leur humanité. Vers quoi ? Serait-ce vers rien ? » ; « Mais s’ils s’étaient trompés ? » ; « A quoi tout cela est-il bon ? ». Créditons Barrès de cette angoisse-là ; de ce tremblement au spectacle de l’affrontement entre une Histoire affreusement nouvelle et l’âme antique de la nation; de ce point de suspension.
Observons aussi que dans le texte originel comme dans ses Cahiers des incidentes révèlent qu’en publiant ce livre il reste d’abord fidèle à son « innéité » et revendique, cette fois sans désemparer, la continuité et la rectitude de son labeur national. En 1911, Les Amitiés françaises, petit traité d’éducation à l’usage des nouvelles générations et particulièrement de son fils Philippe, avait averti. Assurément, écrivait-il, fort d’un postulat posé dès 1889 dans Un Homme Libre, « des individus qui ne se mettent pas d’accord avec eux-mêmes et qui contrarient leur innéité font de détestables éléments sociaux » ; c’est artifice et mensonge de laisser croire qu’un être, individu ou collectivité, peut grandir « en dehors de sa vérité propre ». Mais, autre postulat, la « froide déesse Raison » veut qu’ « un petit enfant chez qui l’on distingue et vénère les émotions héréditaires, qu’on meuble d’images nationales et familiales tout au cours de sa vie, dans son fond possèdera une solidité plus forte que toutes les dialectiques, un terrain pour résister à toutes les infections, une croyance, c’est-à-dire une santé morale ». Oui, poursuit-il, « on peut dégager chez un jeune garçon ses dispositions chevaleresques et raisonnables, le détourner de ce qui est bas, l’orienter vers la vérité, susciter en lui le sentiment d’un intérêt commun auquel chacun doit concourir, le préparer enfin à se comprendre comme un moment dans un développement, comme un instant d’une chose immortelle ».
Toutefois, croyance et solidité morale resteront inopérantes si n’a pas été entretenue la fidélité de tous et chacun au « trésor national ». C’est pourquoi en 1913, juste après la publication de La Colline inspirée, Barrès s’est lancé passionnément dans la bataille parlementaire qui a abouti à l’adoption d’une loi de protection et de promotion des monuments historiques – celle qui encore aujourd’hui n’a rien d’obsolète. Il en a tiré argument dans La Grande Pitié des églises de France, publié en février 1914, pour signaler la montée d’une conscience patrimoniale, d’une unification du domaine sacré et donc d’une mobilisation , déjà, du divin dans la France menacée de guerre, juste avant la destruction par la « race » et la « barbarie » allemande de a cathédrale de Reims et la ruine de tant de clochers repères d’artillerie, bien avant le salut de 1919 aux statues de la cathédrale de Strasbourg : oui, les saints, les prophètes et la Vierge ont formé et reformeront la haie d’honneur de nos soldats « pour leur chevalerie ».
Spiritualité et morale civique, conscience de la grandeur nationale et valorisation du patrimoine hérité n’ont donc fait qu’un pour lui. Les malheurs et les ardeurs de la guerre n’ont fait que renforcer l’unicité spirituelle et sacralisée, monumentale et populaire, de l’espace public. Mais celle-ci reste guidée par « la déesse Raison » ; elle est, grâce aux savants, aux instituteurs et aux catéchistes main dans la main, l’agencement terriblement humain d’une conscience plus aigüe du réel, d’une concordance des croyances et d’une intelligence à la française confortée par la science et la recherche, par la diffusion toute républicaine des savoirs et de l’instruction.
Cet impératif de « reconstitution intellectuelle » à jet continu hantera Pour la haute intelligence française publié en 1925, après sa mort, à l’initiative de Philippe Barrès et préfacé par Charles Moureu, l’éminent chimiste, celui qui avait lancé l’industrie française dans la production des gaz de combat en 1915 après le massacre au chlore commis par les Allemands à la bataille d’Ypres. Charles Moureu tient à dire de Barrès que ce « prince des lettres fut un ami des sciences, et [qu’en servant] la cause des sciences il servit la Patrie et l’Humanité. Avec son arrière plan guerrier, cette ultime publication complète et achève un cheminement scandé par La Grande Pitié et Les Diverses Familles. Elle est un hymne à l’organisation nécessaire de la science chez les « fils spirituels de Pasteur ». Malgré « la grande pitié des laboratoires de France », plaide Barrès, maîtres et étudiants d’après la guerre auront toujours en charge « une belle besogne d’unité française ». Car autant que l’éclat des arts et des lettres, le développement des sciences et des techniques, outre qu’il conforte la défense nationale, assied l’idéal d’humanité et la présence de la France dans le monde du XXe siècle. Elle assure mieux que par des discours et des idéologies l’adaptation de l’esprit public aux temps nouveaux et aux amitiés ferventes renouées au front. Cette ode barrésienne à la modernité technicienne ne peut qu’intéresser et peut-être toucher son lecteur d’aujourd’hui. Car celui-ci sent encore trop bien que l’Université et la Recherche restent en France toujours à la peine, par défaut d’ambition rajeunie par le fracas d’un monde nouveau, par négligence intellectuelle d’y puiser une réserve de vitalité.
Tel est chez Barrès l’encadrement, raisonné par l’intelligence collective et le développement de la connaissance, de la spiritualité de la famille recomposée. Son argumentation, à discuter mais forte, est d’une telle actualité cent ans plus tard qu’elle éclipse le débat entre historiens lancé par Zeev Sternhell depuis son Nationalisme de Maurice Barrès de 1972 et qui ne nous intéresse guère ici, puisqu’il n’a jamais pris en ligne de compte Les Diverses Familles Spirituelles. A la lecture de celles-ci, on considèrera simplement, avec Pierre Milza, Serge Bernstein et Michel Winock, que tout au contraire, cette harangue de 1917 apporte une triple preuve. La première : Barrès a su abandonner son antisémitisme des années 1890 au profit d’une bénédiction toute républicaine de l’acquiescement patriotique et héroïque des « israélites » à la cause nationale. La deuxième : il a conçu et tenté de promouvoir un élargissement et une élévation du regard nationaliste sur la France issu du boulangisme, de l’antidreyfusisme et des sursauts des « jeunes gens d’aujourd’hui » à la veille de la guerre, puisque l’Union sacrée maintenue redistribue les cartes en faveur d’ »amitiés françaises » à prolongement universel, puisque l’esprit de compréhension l’emporte sur l’invective et la division. La troisième : Barrès, fort de cette évolution et de cette exigence, tout empreint d’histoire et de patrimoine qui font la Nation une colline inspirée, une floraison d’héritages et de continuités et non plus une machine de guerre idéologique poussant à la rupture violente et à la transparence assassine, n’a pas participé d’un fascisme à la française.
Fermons le ban. Et rêvons un peu, voulez-vous, en découvrant ou feuilletant ce petit livre négligé. Voici que nous revient le mot d’André Malraux à propos du message de ce Barrès prétendument moisi : « Si étrangères qu’elles nous soient, ne marchandons pas – ajoutons : avec lui, grâce à lui – notre admiration aux hautes valeurs amputées ».
Car voici qu’en 2015 et 2016, dans une France tout autre mais où le sang a coulé et le mot guerre a été avancé, où la Marseillaise et les drapeaux ont refleuri, où « la promesse d’une même France » a secoué l’opinion et conquis les médias les plus populaires, un président de la République qui n’a rien de barrésien a tenu pour acquis que l’unité nationale se reconstruit aux pires moments, que sa diversité est fondatrice et que l’avenir commun participe encore du mot « patrie ». Au lecteur, aujourd’hui, de soupeser ce rapprochement.
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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 10:33
Fagus
 
 
confection d'un sonnet
 
 
 
I
 
Pour résoudre l'obscur sonnet
Qui fermente en ton mésentère
De toi suffira-t-il de traire
Deux quatrains, deux fois un tercet

Selon le dessin qu'en traçait
Boileau monté sur Despautère
(Six, et sept il est salutaire
De compter huit) voyez, ce n'est

Rien de plus, et tel le souhaite
(Neuf, et dix) le maître poète
Avec le maître menuisier;

On assemble, et cheville et rogne,
Et Minerve au fond du panier
En pénitence grogne, grogne.

 
 
II
 
Sertir en quatorze vers
Selon des règles concises
Aux prescriptions précises
Le discobole univers,

Revers trouble, absurde avers,
Esthétiques indécises,
Éthiques sur rien assises,
Érotiques à l'envers,

Toutes aurores qu'on lève,
Et toutes bulles qui crèvent,
Démons qu'on ne sait bannir,

Tout ce qui nous fait maudire
La vie et la vient bénir,
Tout ce qu'un sonnet doit dire.

 
 
III
 
Gloire humaine offerte aux vers,
Calme extase des églises,
Chant des gouffres, chœur des brises,
Tout ce que l'orbe univers

Roule, angélique ou pervers,
Neige au cul des Cydalises,
Aubes en fleur, ailes grises,
L'empreindre en ce rien de vers,

Cœurs déclos, âmes fermées,
Cieux qui s'ouvrent, joies, fumées,
Ce qui meurt, ce qui renaît,

Tout espoir et toute envie,
C'est beaucoup pour une vie,
C'est assez pour un sonnet.
 
 
 
fagus (1873-1933). Clavecin (1926).
 
 
carolle fleurie
 
 
 
— Voici pour joindre la Guirlande
Des fiançailles fleur sur fleur :
Voici la Sauge et la Lavande;
Voici la Bruyère des brandes;
C'est pour nos haltes sur la lande
Où la mer grande boit ses pleurs;

Au fond des neiges nuptiales
Voici la Violette frileuse
Et ses fourrures, mousses vertes,
Blottie en timide amoureuse
Que son seul parfum déconcerte :
Ainsi vos puretés s'exhalent;

Voici, filleule des hivers
Et du printemps la fiancée,
La glaciale Primevère;
Voici la céleste Pervenche :
Et c'est l' amante qui se penche,
Vers l'amant tremblant et glacé;

Voici l'alerte Coucou jaune,
Chapeau-chinois du messager
Avril, qui lustre sa couronne
Qu'effeuille mai, dès que fleuronne
L'Aubépine, où vient voltiger
Ton amour au souffle léger;

Voici la reine Renoncule,
Auréole à l'étang qui dort :
Pour le crépuscule et l'essor
De nos rêves où s'accumule,
Tandis que sombre un passé mort,
Un avenir d'immense aurore;

Voici l'étoile Marguerite,
D'or toute, aux vibrements d'argent
Qu'un halo de rubis agite,
Qu'iront nos voeux interrogeant :
C'est pour les transes que suscitent
Les bourrasques d'un sort changeant;

Milliers de prunelles pensives
Où s'égouttent des coeurs blessés,
Voici, des légendes plaintives,
Les Myosotis des délaissés :
C'est pour nos coeurs qu'ont traversé
Si cuisants deuils pour joies si vives

Voici, Veilleuses de Marie,
Les fleurs des vierges sans mari,
Lampes des veuves palpitant
Au catafalque des prairies
Quand tinte l'automne expirant :
Et c'est pour nos mélancolies;

Et voici le Lys pour l'histoire
Du lys qui s'entrouvre vers moi;
Voici la Pensée en mémoire
Du soir qui l'a promis à moi;
Et voici la Rose en sa gloire,
Pour l'autre soir que j'entrevois !

Et voici des Pensées encore :
C'est pour que vous pensiez à moi.
 
 
 
fagus (1873-1933). Guirlande à l'épousée (1921).
 
 
ballade de la grande pitié
 
 
 
A Maurice Allem.
 
- Où est Rutebœuf, où Verlaine,
Où Touroulde, où François Villon,
Tristan l'Hermite, La Fontaine,
Jean de Meung et son compagnon,
Clément Marot, Pierre Dupont,
Alain Chartier, Marie de France,
Jean Lorrain, René Ghil, Degron ?
Mais, où est la chanson de France ?

Où est Laforgue, où est Verlaine,
Où sont Stéphane Mallarmé,
Rimbaud à l'âme plus qu'humaine,
Hello, Cros du Yanki pillé,
Signoret, le divin Villiers,
Et Jarry, et Tristan Corbière,
Georges Périn et Cuvilliez ?
Mais on est Charles Baudelaire ?

Et, où sont Glatigny, Verlaine
Et Maurice de Faramond ?
Deubel que but ou Marne ou Seine,
Humilis mort sous son haillon,
André Gill mort au cabanon,
André Chénier, tronche sa tête,
Le grand Bruant, et Châtillon,
Et ceux dont on ne sait le nom :
Où sont-ils, les divins poètes ?

 
envoi
 
- 0 Vierge Marie, espérance
De tous les trouveurs de chanson,
Les poètes sont en souffrance
Et les lys sont à l’abandon :
Prends en pitié le beau parler de France !
 
 
 
fagus (1873-1933). La Muse française (octobre 1930).
 
 

 
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 10:59
La tentation
des sables
  
LETTRES
André Malraux
et la reine de Saba.
Jean-Claude Perrier.
Ed. du Cerf.
Août 2016.
180 pages.
 

 
Jean-Claude Perrier, né en 1957, est écrivain et critique littéraire. Auteur d’une quarantaine d'ouvrages, dont plusieurs essais remarqués sur Gide, Malraux, Loti et Saint-Exupéry, il collabore régulièrement au Magazine littéraire, au Figaro, et à l’Orient-Le Jour. Il a récemment publié : André Gide ou la tentation nomade. (Flammarion, 2011), Le Voyageur de papier. (Héloïse d’Ormesson, 2012), Comme des barbares en Inde. (Fayard, 2014).
 
Présentation de l'éditeur.
Une légende vivante part à la découverte d'un mythe englouti. Un aventurier du XXe siècle se met en quête d'une souveraine qui régna trois mille ans plus tôt. Un lauréat du Prix Goncourt accomplit son rêve d'enfance en recherchant dans les sables le fantôme d'une femme couronnée et les vestiges oubliés de sa cité fabuleuse. Il fallait l'écrivain et voyageur qu'est lui-même Jean-Claude Perrier pour ressusciter l'expédition que mena André Malraux, en 1934, au Yémen, pour retrouver la Reine de Saba. Rejoindre l'Orient littéraire, replonger dans la Bible et le Coran, relire Flaubert et Lawrence d'Arabie, compulser encore une fois des cartes muettes, emprunter à nouveau les ailes de Mermoz et de Saint-Exupéry, tutoyer l'aviateur Corniglion-Molinier par-delà la mort, arpenter inlassablement le désert et rêver les ruines : le cadet refait ici le voyage de l'aîné. Et en dénoue le secret intérieur : avec son reportage publié dans L'Intransigeant, Malraux signa l'adieu à sa jeunesse. De la montée des totalitarismes dans l'Europe d'hier à l'incendie qui ravage aujourd'hui le berceau de l'écriture, entre la Méditerranée et la mer Rouge, cet essai, à la croisée de la chronique et de l'histoire, de la biographie et de la critique, mené à grand train et avec style, nous interroge sur l'abyssal rétrécissement du monde et de notre imaginaire.
 
L'article de Stéphane Barsacq - Service littéraire - septembre 2016.
Une voie royale. En 1933, André Suarès, le condottière, offre son portrait de la ville de Marseille à son ami : « A mon cher Malraux de qui l’Art soutient et étend la force. » Quelques mois plus tard, Malraux est couronné par le prix Goncourt. Le succès de « La Condition humaine » est contemporain de l’inhumanité que mettent en place, toujours en 1933, Hitler et les siens. Malraux est célèbre, il est engagé, il introduit la politique dans le roman. Il ne sépare plus le verbe de l’action. Mais plutôt que e donner dans le militantisme exclusif, il décide en 1934 de s’offrir une échappée belle : s’envoler à la recherche de la cité mythique de la Reine de Saba. Le monde craque certes de toute part, mais cela n’empêche pas Malraux de suspendre son activisme, de faire un pas sur le côté et, tel d’Annunzio, de prendre l’avion pour vivre l’aventure. De nombreux voyageurs et écrivains français l’ont précédé sur cette voie, depuis Jean Chardin au XVIIe siècle jusqu’à Michel Vieuchange, mort en 1930, le premier européen, vanté par Paul Claudel, à avoir visité les ruines de la cité interdite de Smara dans l’Ouest saharien. La folle équipée de Malraux a une dimension non moins mythique : elle rappelle celle de Rimbaud auprès de Ménélik, le descendant de la Reine, mais aussi le rêve d’Atlantide de Pierre Benoit. Jean-Claude Perrier en explique tous les ressorts au long de son roman – une contre-enquête serrée avec, en son cœur, une mise en abyme fascinante : aux articles de Malraux répondent, sur le mode du feuilleton de presse, les mises au point érudites de l’auteur. Plutôt que de dénoncer les affabulations prêtées à Malraux, Jean-Claude Perrier fait le pari de la noblesse et de l’élégance : il parvient à replacer l’aventure yéménite dans son œuvre et dans sa quête. Il montre le désir de Malraux de s’appuyer sur le mythe pour le renouveler. Après son retour en France, en mars 1934, Malraux écrivit : « Il faut risquer de mourir, non pour mourir mais pour vivre. » Jean-Claude Perrier nous révèle avec brio un monde où la légende le dispute à la vérité. Aux confins de nos origines, alors même que l’univers menace, comme en 1934, de basculer.
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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 08:12
Klingsor
 
 
monsieur de la gandara
 
 
 
La lune se lève sur le marronnier,
Monsieur de La Gandara rêve au Luxembourg ;
La lune se lève sur le marronnier
Et monsieur de La Gandara la regarde ;
On entend au loin battre le tambour
De garde.

Dans la douceur de ce soir printanier
Le vent léger transporte une odeur de lilas ;
Le sergent de ronde fait sonner ses clefs ;
Les couples s'isolent dans les allées
Et monsieur de La Gandara qui s'attarde
A contempler la couleur rose-thé
Des balustrades,
A son tour s'en va.

De sorte qu'au fond du vieux parc déserté
Où le fantassin de la République
Veille et s'engourdit,
Les belles reines de marbre,
Droites et mélancoliques,
Restent seules à rêver du temps jadis,
Au clair de lune sous les arbres.
 
 
 
tristan klingsor (1874-1966). Humoresques (1921).
 
 
bougival
 
 
 
Beau canotier de Bougival
Tout est chansons :
Le poisson bleu fait un ovale
Autour de ton bouchon.

Par l’accroc de son manteau gris
Le ciel montre un lambeau d’azur :
Le goujon de cette friture
N’est pas encore pris.

Et cependant déjà la barque nage
Vers le port.
Et ton rêve s’enfuit avec ce fin nuage
Ourlé de rose et d’or.
 
 
 
tristan klingsor (1874-1966). Le Divan (1929).
 
 
schéhérazade
 
 
 
Douce Schéhérazade encor un conte !

Où l’on cueille des bouquets d’Engaddi
ou des roses noires d’Endor
où se rencontre
le magicien d’amour maudit
avec Miryamie au jardin, qui dort.

Douce Schéhérazade encor un conte !

Où viennent pépier les bengalis
en leurs robes adorables d’oiseaux,
où l’on rencontre
avec leurs cinnors aux airs jolis
les couples ennoués des damoiseaux.

Douce Schéhérazade encor un conte !

Ou bien où songe en sa forêt d’Orient,
comme un mort qui serait paré d’oranger,
quelque vieux comte
d’Assur ou de Tripoli, souriant
dans sa blanche barbe de chanvre léger...
 
 
 
tristan klingsor (1874-1966). Schéhérazade (1903).
 
 

 
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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 14:46
Les ombres
et la lumière
  
LETTRES
Deux remords
de Claude Monet.
Michel Bernard.
La Table ronde.
Août 2016.
224 pages.
 

 
Michel Bernard, né en 1958, est romancier et essayiste. Grand styliste, héritier d’une longue lignée d’écrivains lorrains, il a consacré une dizaine d’ouvrages à son barrois natal, à ses souvenirs d’enfance, à la grande guerre et à l’identité française. Il a récemment publié : Le Corps de la France. (La Table ronde, 2010), Pour Genevoix. (La Table ronde, 2011), Les Forêts de Ravel. (La Table ronde, 2015), Visages de Verdun. (Perrin, 2016).
 
Présentation de l'éditeur.
« Lorsque Claude Monet, quelques mois avant sa disparition, confirma à l’État le don des Nymphéas, pour qu'ils soient installés à l'Orangerie selon ses indications, il fit ajouter une ultime condition au contrat : l’État devait lui acheter un tableau peint soixante ans auparavant, Femmes au jardin, et l'exposer au Louvre. A cette exigence et au choix de ce tableau, il ne donna aucune explication. Deux remords de Claude Monet raconte l'histoire d'amour et de mort qui, du flanc méditerranéen des Cévennes au bord de la Manche, de Londres aux Pays-Bas, de l'Ile-de-France à la Normandie, entre le siège de Paris en 1870 et la tragédie de la Grande Guerre, hanta le peintre jusqu'au bout »
 
Recension de Françoise Le Corre - Études - octobre 2016.
Dans le paysage littéraire actuel, Michel Bernard est un auteur qui diffère. Les lecteurs des Forêts de Ravel (La table ronde, 2015) le savent. Ils retrouveront dans ce nouvel ouvrage la belle mesure d'un récit installant en douceur le rythme de la méditation, de la mémoire, des lumières héritées, des tragédies communes sous les destins singuliers. Amateurs de prose convulsive : s'abstenir ! Mais, pour les autres, quel bienfait ! Si la longue existence de Claude Monet est au centre du livre, la guerre, une nouvelle fois, est aux deux bords. Celle de 1870 avec le siège de Paris, celle de 1914-1918 avec la dernière offensive allemande et, de l'une à l'autre, la terre de France, son corps un et multiple, ses veines, ses beautés et ses tares, ses plaies, ses renaissances, ses ciels, ses pluies, ses jardins des temps de paix. Qui de l'homme ou de la terre, à laquelle il appartient, est le reflet de l'autre ? D'où vient l'empreinte ? Approcher un tant soit peu le mystère de ces singulières osmoses est ici source de poésie où se déploie la sensualité d'une géographie, d'une époque, d'une histoire, d'un esprit. Donner à sentir… les ardeurs de la jeunesse, les lenteurs de l'âge, toutes les douleurs enfouies tenues au secret. Ainsi suit-on Claude Monet et Georges Clemenceau en leurs promenades tardives: « Ils allaient par deux, bord à bord, à pas lents à travers le jardin. On ne les dérangeait pas, on les regardait. Sous le bord de curieux chapeaux ronds, leurs traits, pétris par le chagrin et la force d'aimer, avaient la sérénité du sommeil. Ils rêvaient ensemble. » Nous rêvons aussi : Frédéric Bazille, le jeune, talentueux, timide et généreux Bazille, fraîchement engagé, revient au domaine familial. Le soir venu, il voit s'allumer les lumières de Montpellier… Un jour glacé, jour de neige, Camille, son grand amour, sous sa capeline rouge « de conte de Perrault » passe dans le jardin et regarde à la vitre… Frédéric, Camille, comment Claude eût-il pu oublier ces deux-là, si lointaine fût leur mort ?
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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 10:34
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Automne 2016
Le retour
de Tintin
 
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- Tintin et notre Europe, par François Renié. [lire]

Les idées et les livres

- La politique à l'ère primaire, par Hubert de Marans. [lire]
- La mondialisation en panne, par Claude Arès. [lire]
- Le retour de Tintin, textes présentés par Paul Gilbert. [lire]
- Alain Corbin et l'école du silence, par Vincent Maire. [lire]
- Malraux et la tentation des sables, par Eugène Charles. [lire]
- La retraite de Russie, un conte de Marcel Aymé. [lire]
- Le jardin français, poèmes de T. Klingsor, Fagus, G. P. Garnier. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
Macron ou l'insignifiance. - Les procès du régime. - M. Squarcini. - Faux débats.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
Juncker et ses junckies. - Peur sur l'UE. - Merkel fragilisée ? - L'intéressante Mme May.

- Chronique sociale, par Henri Valois.
La guerre du lait - L'armée et la rigueur. - Alstom, hélas. - Reconversions industrielles.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Bernard. - Maulin. - du Boucheron. - Makine. - Hoffmann. - Bouvier.

- Idées et histoire, par Pierre Gilbert et Jacques Darence.
Jaume. - Le Bras. - Guilluy. - Barrès. - Rome. - Empire colonial. - Jules Verne.

- Notes d'Art, par Sainte Colombe et Louis du Fresnois.
Fantin-Latour. - Magritte. - Comédie française.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
L'arme à gauche. - Institutions. - Proudhon. - Retour des religions. - Paul Reynaud. - Ligety.

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
Le négationnisme économique. (Pierre Cahuc et André Zylberberg). - Les pathologies politiques françaises. (Alain Duhamel). - L'illusion du consensus. (Chantal Mouffe). - La démocratie universelle. Philosophie d'un modèle politique. (Florent Guénard). - Charles Quint. (Denis Crouzet). - Verdun. (Claude Franc). - Une histoire des best-sellers. (Frédéric Rouvillois). - Tout a une fin, Drieu (Gérard Guégan). - Petite sélection stendhalienne. - Livres reçus.

 

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N°1 - 2009/01
 
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