Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 00:57
Contre l'abandon de l'histoire au lycée
 
                                                    La République, c'est le gouvernement des imbéciles...
                                                                                               Léon Daudet.
 
Dans un récent appel que nous publions ci-dessous, l'association des professeurs d'histoire et de géographie (A.P.H.G.) s'insurge contre la disparition prochaine de l'histoire et de la géographie des enseignements obligatoires de terminale scientifique. Sous prétexte d'allègement des programmes, les aliborons qui nous gouvernent veulent rayer de la carte scolaire toutes les matières qui peuvent éveiller l'esprit critique et le jugement des adolescents. Après le français, supprimé il y a quelques années des programmes de terminale, voilà maintenant qu'on s'attaque aux enseignements qui permettent à l'élève de se forger une image vivante de la richesse, de la grandeur et de la diversité française. On ne s'étonnera pas de trouver le petit Chatel, ministricule sarkozyste, ex employé du groupe Loréal, à l'initiative de cette nouvelle stupidité. Il aura fait plus de mal en deux ans et demi à l'Education nationale que tous les Darcos, Fillon, Lang et Bayrou réunis. Une véritable calamité dont le mauvais travail rejaillira sur des générations d'élèves, de professeurs et de parents. Heureusement, les professeurs d'histoire et de géographie ont décidé de réagir. Ils font circuler une pétition qui a déjà recueilli près de 30 000 signatures et ils tiendront des Etats-Généraux le samedi 28 janvier au lycée Louis-Le-Grand. On regrettera que nos enseignants n'aient pas inscrit à l'ordre du jour de leur assemblée la destitution du ministricule, suivie d'une distribution de coups de pied au derrière ! En attendant ces réjouissances - qui ne sauraient tarder - nous invitons nos lecteurs à signer et à diffuser largement leur appel.
La Revue critique. 
 
 
ASSOCIATION DES PROFESSEURS
D'HISTOIRE ET DE GEOGRAPHIE
Lyon, le 7 novembre 2011
 
Madame, Monsieur,
 
Les professeurs d’Histoire et de Géographie membres de l’Association des professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) ne peuvent accepter qu’à la rentrée 2012 l’Histoire et la Géographie disparaissent des enseignements obligatoires en Terminale Scientifique.
Cette disparition entraîne déjà une profonde modification des programmes de premières. L’enseignement du XXème siècle, réduit et amputé, se traduit par un empilement de faits au détriment de leur compréhension et de leur intelligence.
Notre opposition à cette disparition n’est pas corporatiste, mais citoyenne. Pour nous, et nous sommes très nombreux à le croire, ces deux matières permettent d’acquérir les principes de la citoyenneté nationale et européenne et d’intégrer l’appartenance à une même humanité. Elles sont porteuses du vivre ensemble, vecteur de toute société fondée sur la tolérance. Elles défendent la culture générale, savoir essentiel à toute vie professionnelle et personnelle en démocratie.
De ce fait, l’APHG, association centenaire, organise des Etats Généraux de l’Histoire et de la Géographie le samedi 28 janvier 2012 à Paris avec comme ambition de débattre de la place de ces matières dans l’Ecole et dans la Société actuelles. Nous entendons faire connaître le socle de nos propositions construit autour d’un enseignement obligatoire de ces deux matières de l’école primaire au baccalauréat, autour de programmes qui prennent en compte leur faisabilité et leur cohérence chronologique et territoriale. Nous défendons une formation pour les jeunes collègues diplômés afin qu’ils n’arrivent pas tout nus devant les élèves ainsi qu’une formation continue pour les collègues plus anciens.
Cette lettre a pour but de vous demander de nous soutenir dans notre démarche par votre adhésion à notre comité de soutien, par vos interventions dans les médias, à la Chambre ou au Sénat, ainsi qu’auprès de tous les élus, en faveur de nos revendications, par votre présence aux Etats généraux, enfin par un soutien financier à notre association.
Je vous remercie pour le temps que vous pourrez consacrer à la lecture de cette lettre et à la réponse favorable que vous nous ferez. Je vous prie de croire, Madame,Monsieur, à l’expression de mes salutations les plus cordiales.
Bruno BENOIT
Professeur d’Histoire IEP de Lyon
Président de l’APHG
 
Cet appel peut être signé sur le site de l'APHG.
 
Publié dans : Histoire
Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 01:20
Conseils à un jeune écrivain
 
Notre ami Bruno Lafourcade vient de publier une étude charmante et pleine d'humour sur l'apprentissage du métier d'écrivain, les joies de l'édition et les pièges qui guettent les jeunes auteurs [1]. Nous le remercions d'avoir bien voulu nous l'adresser et sommes heureux d'en publier ci-dessous l'avant-propos. Rappelons que Bruno Lafourcade est l'auteur de plusieurs romans, de nouvelles et d'essais [2], qu'il a postfacé la réédition de  Monsieur Ouine de Georges Bernanos et qu'il contribue régulièrement à notre revue, pour le plus grand bonheur de nos lecteurs. Nous reviendrons prochainement sur ce bel essai.
La Revue critique. 

On dit que tout le monde écrit; c'est pire : tout le monde publie. "Quelle rage de productions, écrivait déjà Antoine Albalat en 1903. Quel entassement de volumes ! A force de vouloir écrire, on finit par ne plus savoir écrire; on cherche vainement une oeuvre dans toutes ces oeuvres. " Et il ajoute excellemment que "personne n'a plus de talent, depuis que tout le monde en a trop".
La situation n'a pas changé, elle suit même démocratiquement l'ascension démographique. Ce que Cervantès disait des familles plébéiennes ("Je n'ai rien à [en] dire sinon qu'elles servent à augmenter le nombre de gens qui vivent"), on a envie de le dire des livres : ils servent seulement à augmenter le nombre d'ouvrages publiés.
Quiconque a écrit trente poèmes (si possible en alexandrins, avec rimes embrassées et coupure réglementaire à l'hémistiche) veut les voir reliés ou brochés;  et y parvient tant bien que mal, au prix plus ou moins fort. C'est une vanité où chacun succombe; mieux que quiconque, le jeune littérateur la connaît et la comprend. C'est pourquoi, pour tant d'auteurs réels ou putatifs, un manuel d'apprentissage ne semble pas superflu. 
On doute pourtant si un livre serait plus inopportun que celui qui s'intitulerait, par exemple, Conseils à un jeune écrivain. Son auteur pâtirait d'une double illégitimité : la sienne, et celle de son sujet. Qui êtes-vous pour prétendre guider les aspirations à la page noircie? A quoi servent des conseils dans l'art d'écrire ? Les lecteurs auront tout loisir de répondre à la première question; mais c'est la littérature qui répond à la seconde, tant cette entreprise appartient à une tradition, sinon à un genre.
Ce type d'ouvrages possède en effet sa manière savante : celle des grammairiens, des lexicographes, des linguistes et des historiens de la langue (et c'est d'ailleurs à l'intimité la plus étroite avec les travaux de MM. Furetière, Grevisse, Larousse et Littré, par exemple, que pourraient se limiter les recommandations présentes); il connaît aussi une variante plus "pédagogique", que figure bien l'estimable Antoine Albalat; mais il est avant tout un phénomène littéraire. 
Les écrivains (Gourmont, Gide et Baudelaire si l'on s'en tient à quelques Français récents, Swift et Rilke si l'on élargit un peu le périmètre) y trouvent l'occasion de jouer le rôle d'aîné ou de maître; ou plus sûrement de feindre de le jouer, car si dans ce type de livres, souvent de circonstance par ailleurs, on donne des recommandations, on y règle assez souvent ses comptes (on paie mal, on comprend peu, on lit rarement) avec l'éditeur (pingre), la critique (ignorante), le public (vulgaire), - et c'est ce solde qui par défaut fait figure de conseils. Si l'on peut y apprendre l'art d'écrire, c'est plutôt en creux
J'ai donné quelques noms illustres qui ont servi le genre, mais la liste est extensible à loisir, et pourrait se confondre avec celle de tous les écrivains eux-mêmes. Ce type de livres, pour peu que l'on accepte d'en élargir le cadre étroit, est rarement absent des bibliographies. Que sont, par exemple, Le romancier est ses personnages, Qu'est-ce que la littérature ?, sinon, d'un certain point de vue, des Conseils (romanesques, philosophiques) à un jeune écrivain ?
Quoi qu'il en soit, pareils ouvrages, de science ou de littérature, ont toujours répondu à plusieurs nécessités. Gardons-en-deux : la jeunesse  se doit d'être enseignée, comme l'art d'écrire d'être appris. Cette double exigence, il ne serait pas impossible que l'époque, tant elle idolâtre ses homoncules et valorise l'inspiration, la jugeât absurde, inadéquate, artificielle. L'objet de ces pages est aussi de démontrer qu'elle a, sur ce point comme sur d'autres, tort, radicalement.
Bruno Lafourcade.

 


[1]. Bruno Lafourcade, Derniers feux, Conseils à un jeune écrivain (Editions de la Fontaine secrète, juillet 2011, 222p.). L'ouvrage peut être commandé aux Editions de la Fontaine secrète, "Fonsegrède". - 33350 -  Saint Magne de Castillon. 
[2]. Etché, roman (Ed. de la Fontaine secrète, 2009). - Le Portement de la croix, roman (Edilivre, 2008). - L'Ordre, roman (Brumerge, 2010). - Les Boues profondes de Georges Bernanos, essai. - La Javellisation, pamphlet. - Les Bostoniens, nouvelles.  

Publié dans : Littérature
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