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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 09:01
 
 
sonnet
 
 
 
Je veux courir en Bièvre et je boucle mes guêtres
Mais, quand je poursuivrai l'ase ou la perdrix grise,
Viendrez-vous pas ici chasser la Peine, assise
Au seuil empoussiéré de la maison sans maîtres ?

Je vous réserverai — vous connaissez les aîtres —
Cette chambre carrée où vous plaît une frise
Multipliant la nymphe hostile à l'entreprise
— Où le rosier grimpant a cerné la fenêtre.

Vous aurez le miroir qui sait votre visage
Depuis longtemps déjà, le lit, le paysage
Et le jardin noyé, ce soir, de brume basse.

Vous aurez le verger, les raisins de septembre.
Et la maison, le parc, la cueilleuse, la chambre
Enchanteront mon rêve aux loisirs de la chasse.
 
 
 
Jean Pellerin (1885-1921). Le Bouquet inutile (1923).
 
 
bohême
 
 
 
— Nous n'entendrons plus ta chanson,
Marchande, « belles fraises »,
Ni ta trompette à l'aigre son,
Doux rempailleur de chaises !

— Prépare l'omelette au lard,
Je vais plier les nappes.
— Oh ! ces écharpes de brouillard
Sur mon quai de Jemmapes.

— Ou sont les restes du pâté ?
— Où, tes rires, faunesse ?
— J'ai perdu la passoire à thé.
— J'ai vécu ma jeunesse...

Nos premières heures d'amants
Ses baisers d'étourdie,
Rêve !... — Deux déménagements
Valent un incendie.
 
 
 
Jean Pellerin (1885-1921). Le Bouquet inutile (1923).
 
 
la nuit d'avril
 
 
 
Je ne me suis pas fait la tête de Musset,
Je tartine des vers, je prépare un essai,
J'ai le quart d'un roman à sécher dans l'armoire.
... Mais que sont vos baisers, ô filles de mémoire!
Vous entendre dicter des mots après des mots
Triste jeu !
... Le loisir d'été sous les ormeaux,
Une écharpe du soir qui se lève et qui glisse…
Des couplets sur ce bon Monsieur de La Palice
Que répète un enfant dans le jardin couvert
Ce crépuscule rouge, et puis jaune, et puis vert...
... Une femme passant le pont de la Concorde
... Le râle d'un archet pâmé sur une corde,
La danse, la chanson avec la danse, un son
De flûte, sur la danse entraînant la chanson,
Ce geste d'une femme et celui d'une branche
Ah ! vains mots ! pauvres mots en habits du dimanche
Ah ! vivre tout cela, le vivre et l'épuiser !...
Muse, reprends mon luth et garde ton baiser !
 
 
 
Jean Pellerin (1885-1921). Le Bouquet inutile (1923).
 
 

amour

 

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