Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 20:06
 
 
stances
 
 
 
Sur quelles fleurs, quels fruits, ô subtile pensée,
Te poses-tu comme une abeille aux ailes d'or ?
Du rosier butiné, de la grappe pressée
N'épuise pas d'un trait la coupe et le trésor.

N'égare pas ton vol aux buissons lourds d'épines,
Comme un vaisseau de rêve à des flots étrangers.
Ne cherche point l'orgueil des hautaines collines.
Le butin de la ruche est au cœur des vergers.

Que ton miel odorant, gloire de nos demeures,
Garde en parfums discrets la saveur de l'été,
Et, au long des hivers, le goût divin des heures
Qui furent tout plaisir et délice et clarté.
 
 
 
auguste-pierre garnier (1885-1965). La Muse française (1922).
 
 
le jardinier
 
 
 
Il est l'ami des fleurs et l'hôte du verger.
Les arbres, les massifs épars qu'un vent léger
Parcourt de longs frissons le saluent au passage.
Le jardinier demeure un humble, un simple, un sage.
Il suit au long des jours proverbes et raisons.
Scrute le ciel, connaît vents, marées et saisons,
Et sait que telle rose aux tons de pourpre et d'ambre
Qui résiste à l'avril périrait en décembre.
Il s'ébaudit devant un fruit inespéré,
Sarcle, greffe, échenille et va, vient, affairé,
Puis faisant, du jardin aux serres, la navette,
Il émonde un poirier ou taille une bavette.
 
 
 
auguste-pierre garnier (1885-1965). Les Corneilles sur la tour (1920).
 
 
le bourg
 
 
 
Bourg petite ville aimable,
Où le bourgeois le plus notable
A, francs et nets, biens au soleil,
Où le plus indigent, pareil
Au plus riche, a son toit modeste,
Son bois et sa gerbe de reste;
Bourg où tout labeur est heureux.
Bourg où les enfants sont nombreux
Comme aux vergers les fruits d'automne;
Bourg paisible où la cloche sonne,
Egale, les joies et les deuils;
Où l’on trouve encore des seuils
Portant blason, date ou devise;
Bourg charmant, vieillot, où l'église,
Telle une ancienne sous les ans,
Semble courber son toit branlant;
Où la branche de gui désigne
L'auberge, où des murs sous la vigne
Et le lierre semblent crouler;
O Bourg qui regardes couler,
Placide, au bas de la prairie,
La rivière étroite et fleurie;
O Bourg, toute joie et clarté,
Qui, par les soirs chauds de l'été,
Allonges sur les routes claires
Tes ombres bleutées et légères;
Bourg riche en foyers et en nids,
Bourg où par l'automne jaunis
Les parcs ont des splendeurs nouvelles;
O Bourg ancien qui te révèles,
Actif, de ferme et bon vouloir,
Sache revivre et, sans surseoir,
Reprends tes anciennes coutumes,
Tes rouets, coiffes et costumes.
Tes toits qui fument lentement,
Ton accueil sous le ciel clément,
Tes bonnes gens qui vont sans hâte
A leur tâche et dont rien ne gâte
La limpide douceur des yeux.
Tes fêtes, tes danses, tes jeux,
Ton salut amical, ta grâce
Discrète et ton orgueil de race,
Tes croyances, ta piété
Simple, ton manoir abrité
Par le rideau mouvant des hêtres,
Tes tuiles rouges, tes fenêtres
Ornées de pots de fleurs; reprends.
Si tu veux être noble et grand,
O Bourg, tes coutumes anciennes.
Et s'il te plaît que nous reviennent
Ces vertus du bel autrefois,
Sache écouter, ô Bourg, les voix
Qui partent du cœur de la terre;
Penche vers leur divin mystère
Ton clair visage du passé,
O Bourg, franc, loyal et sensé.
Qui, vibrant d'une ardente flamme,
Demeures le gardien de l'âme.
 
 
 
auguste-pierre garnier (1885-1965). Les Corneilles sur la tour (1920).
 
 
 

Partager cet article

Repost 0
la Revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche