Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 09:58
Théo Varlet
 
 
porquerolles
 
 
 
La brise est fraîche encore et légère : la place
Livre son sable fauve au sommeil immobile,
Et les eucalyptus agitent leurs feuillages
Où des milliers d'oiseaux joyeusement pépient.

O jour ami, sous ma fenêtre, le cheval
Aveugle tourne à pas résignés son manège ;
Et, déchirant le cieil de satin virginal,
Filent, ciseaux crissants, d'affolées hirondelles.

D’effroi, s’élance en des venelles
L’essaim moqueur des Isabelles ;
Le soir qui flue entre les branches
Drapait leurs insolentes hanches.

En mer, lac émaillé de turquoise, se jouent
Des barques inclinées, vols blancs, jaunes et roux,
Sur la frise azurée du continent lointain.

Et, conspuant les citadines puanteurs,
Seul dans ma joie j'aspire, insulaire matin,
Le parfum printanier des acacias en fleur.
 
 
 
theo varlet (1878-1938). Aux iles bienheureuses. (1924).
 
 
iles du levant
 
 
 
O royaume secret d'antique solitude !
Sous le boix merveilleux et l'asile balancé,
Le hamac, au remous de la brise nocturne,
Emporte mon sommeil en songes d'Odyssées.

La mer, au long de l'Ile, fraternelle, murmure;
Seuls les rauques goelands tournent, aux promontoires;
Et mes yeux mi dormants guettent, dans les ramures
Sacrées, l'ascension sereine des étoiles.

- Mais, cri joyeux des hirondelles en amour,
Voici l'aurore... Et, à la proue fraîche du jour,
Monte encore un soleil de l'Eden enchanté.

Terre ! Debout ! Et ma pirogue amarrée plane
Sur les bruyères, entre les pins; Et les cigales
Pour mon réveil secouent tes grelots d'or, Eté !
 
 
 
theo varlet (1878-1938). Aux iles bienheureuses. (1924).
 
 
sieste nocturne
 
 
 
Mon hamac de minuit bercé dans la nuit chaude
Où vibre un tintement cristallin de grillon,
Je veille !.. A moi, magique insomnie ! Oublions
Le zéphyr en amour du bel été qui rôde.

Au ciel sacré, trouant les feuillages d'églogue,
Je cueille, vers-luisants, les constellations ;
Et, me gonflant de surhumaine passion,
Le vent de l'Infini soulève ma pirogue.

Avec tout ce qui vit, je dérive, emporté,
Animalcule, atome, au versant de la Terre
Que roule, extasiée, la ronde planétaire ;

Et la nuit sidérale, avec la Voie Lactée
Aux milliards de soleils — l'universelle Sphère —
Vire, sur l'idéal essieu de la Polaire.
 
 
 
theo varlet (1878-1938). Ad astra. (1929).
 
 
soleil-2.jpg
 

Partager cet article

Repost 0
la Revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
commenter cet article

commentaires

electricien a paris 29/03/2015 12:03

Votre blog est une source d'inspitation ! merci pour vos articles.
Patrick.

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche