Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 15:40
Léon Bocquet
 
 
à la flandre
 
 
 
J'aime tes grands prés verts, tes plaines de houblon,
Tes vastes champs d'épis où courent les calandres,
Et, par les beaux matins de brume, tes filandres
Prenant dans leurs lacis l'herbe et le colza blond.

Surtout, j'aime tes soirs qui défaillent, ma Flandre,
Et tes bois sanglotants comme des violons
Aux appels répétés, si mornes et si longs,
Des cloches vers ton ciel de grisaille et de cendre.

Et ton pâle soleil qui meurt sur tes canaux,
Et ce vent qui, sans fin, pleure entre les roseaux
Son hymne de tristesse et de lente agonie.

Tes horizons d'automne éternel, doucement
En mon âme ont versé leur langueur infinie,
Un charme de souffrance et de recueillement.
 
 
 
léon bocquet (1876-1954). Flandre (1901).
 
 
les jardins
 
 
 
Les beaux jardins de Flandre aux treillis bigarrés
De capucines d'or, de gesse, de troènes,
Du bout de l'horizon ourlent les lisérés
De leurs enclos touffus de plantes et de graines.

En contours sinueux, ils glissent vers les prés
Entre les pavots blancs, les seigles, les aveines,
Et dévalent sans fin et, degré par degré,
Aux berges des ruisseaux où coassent les raines.

L'ombre y chante, et l'amour des soirs vient abriter,
Sous la fraîcheur des vertes sèves de l'été,
Le trouble des baisers aux yeux qui s'extasient.

Et l'Heure, à l'éventail argenté du bouleau.
Disperse le parfum mourant des tanaisies
Vers le vent tiède et doux qui passe au fil de l'eau.
 
 
 
léon bocquet (1876-1954). Flandre (1901).
 
 
les bateaux
 
 
 
Ils sont venus de tout là-bas, des mers du Nord,
Traînés par les chevaux à la forte encolure,
Et des filles, l'air frais grisant leur chevelure,
Poussaient le gouvernail de bâbord à tribord.

Les hommes sur la gaule appuyés au plat bord,
Les petites maisons et les vertes toitures.
Les volets blancs, les pots de fleurs et les boutures.
Lentement ont passé d'un fort à l'autre fort.

Ils sont venus au long des chemins de halage
D'un bourg à l'autre bourg, de village en village.
Et d'écluse en écluse, aux canaux réguliers.

Ils dorment maintenant amarrés près des berges
Sous l'ombre des ormeaux et des grands peupliers
Où fume le repos tranquille des auberges.
 
 
 
léon bocquet (1876-1954). Flandre (1901).
 
 
sonn1-copie-3
 

Partager cet article

Repost 0
la Revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche