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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 15:11

La musique
et le courage

 
 
 

 

LETTRES
Les forêts
de Ravel
Michel Bernard.
La Table Ronde.
Janvier 2015.
172 pages.
 

 
Michel Bernard, né en 1958, est écrivain et historien. Ancien élève de l’Ecole nationale d’administration, haut fonctionnaire, il est l’auteur d’une vingtaine de romans, de nombreux articles et d’ouvrages sur la Grande Guerre. Il a récemment publié : La Tranchée de Calonne. (La Table Ronde, 2007), La Maison du Docteur Laheurte. (La Table Ronde, 2008), Le Corps de la France. (La Table Ronde, 2010), Pour Genevoix. (La Table Ronde, 2011).
 
Présentation de l'éditeur.
« Quand Ravel leva la tête, il aperçut, à distance, debout dans l'entrée et sur les marches de l'escalier, une assistance muette. Elle ne bougeait ni n'applaudissait, dans l'espoir peut-être que le concert impromptu se prolongeât. Ils étaient ainsi quelques médecins, infirmiers et convalescents, que la musique, traversant portes et cloison, avait un à un silencieusement rassemblés. Le pianiste joua encore la Mazurka en ré majeur, puis une pièce délicate et lente que personne n'identifia. Son doigt pressant la touche de la note ultime la fit longtemps résonner. » En mars 1916, peu après avoir achevé son Trio en la majeur, Maurice Ravel rejoint Bar-le-Duc, puis Verdun. Il a quarante et un ans. Engagé volontaire, conducteur d'ambulance, il est chargé de transporter jusqu'aux hôpitaux de campagne des hommes broyés par l'offensive allemande. Michel Bernard le saisit à ce tournant de sa vie, l'accompagne dans son difficile retour à la vie civile et montre comment, jusqu'à son dernier soupir, «l'énorme concerto du front» n'a cessé de résonner dans l'âme de Ravel.
 
Recension de Françoise Le Corre. - Etudes. - mai 2015.
S’il fallait d’un mot qualifier ce livre subtil, discret et d’autant plus évocateur qu’il consent à une facture classique, ce serait celui d’élégance. Un style qui ne pouvait être mieux accordé à la réserve et à l’énigme qui entourent le personnage de Ravel. 1914 : si distant soit le compositeur dans son besoin de solitude et de calme, si entouré de ceux qui protègent en lui le créateur, si fervent dans ses amitiés, il ressent l’urgence de fuir l’arrière et de se jeter dans la guerre. En principe, cela lui est impossible. Vingt ans auparavant il a été réformé : trop fragile. Au moment de la mobilisation, il tente pourtant de se faire enrôler, est refusé, insiste et parvient à être admis comme conducteur de poids lourd de l’armée française. Direction Bar-le Duc et Verdun. Paysage apocalyptique, méconnaissable, défiguré à la fois par « l’ordre militaire et le désordre du soldat », routes pleines de pièges, fondrières, attelages, cavaliers et piétons que le conducteur débutant s’efforce d’éviter, arc-bouté sur son volant, si frêle pour la tâche, si décalé, tour à tour secoué par la formidable force destructrice du front et ses horreurs, puis englué dans l’ennui du casernement, avant de tomber lui-même gravement malade et de devoir renoncer. Prodigieuse approche du sensible – regard et écoute –, l’évocation des lieux et des perceptions de Ravel joue sur une délicate mise à distance : elle laisse au lecteur l’espace de l’hypothèse, de la substitution, de la personnalisation et du songe. Tout est précis, rien ne s’impose. Mais entendre les oiseaux avec Ravel, les reconnaître et les nommer, imaginer leurs déploiements d’ailes, fût-ce aux confins de la bataille, recevoir au ventre le choc de la canonnade, plonger dans les sous-bois de la Meuse, laisser errer le regard sur les crêtes de la forêt de Rambouillet, quand, la paix revenue, il s’installe à Montfort- l’Amaury, toute cette suggestion adressée aux sens éveille des résonances invitant à l’écoute de sa musique. Comme si Michel Bernard, passionné de la musique de Ravel et non moins du plateau barrois, conduisait patiemment ceux qui le suivent aux sources de la création, là où sont l’exaltation et le tourment, les lenteurs, l’attente et le travail patient.

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