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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 15:49
Une leçon politique
 
 
 

 

IDEES
Situation
de la France
Pierre Manent.
Desclée de Brouwer.
Août 2015.
176 pages.
 

 
Pierre Manent, né en 1949, est philosophe. Normalien, directeur d’études à l’EHESS, fondateur avec Raymond Aron de la revue Commentaire, ses réflexions sur la pensée politique sont au cœur des débats contemporains. Il a récemment publié : Cours familier de philosophie politique. (Fayard, 2001). - La Raison des nations. (Gallimard, 2006). - Les Métamorphoses de la cité. (Flammarion, 2010). – Montaigne. La vie sans loi. (Flammarion, 2014).
 
Présentation de l'éditeur.
La réponse aux attentats de janvier 2015 appelait un renouvellement des idées, des dispositions et des actions de notre pays. Perdurent au contraire les manières de penser les plus paralysantes : la "laïcité" serait la solution au "problème de l'islam", l'effacement de la présence publique du religieux serait la solution au problème des religions. Tout est faux dans cette thèse. Au lieu de chercher une neutralité impossible, qui couvrirait en fait une guerre sournoise, nous devons accepter et organiser la coexistence publique des religions, leur participation à la conversation civique. En entrant dans la communauté nationale, l'islam est entré dans une nation de marque chrétienne, où les juifs jouent un rôle éminent. Toute politique qui ignore cette réalité court à un échec cuisant, et met en danger l'intégrité du corps civique. Il s'agit donc, tout en préservant la neutralité de l'Etat, de faire coexister et collaborer ces trois "masses spirituelles". Loin que la mondialisation réclame l'effacement de la nation et la neutralisation de la religion, c'est son indépendance politique et spirituelle, et son ouverture au religieux, qui permettront à la France de franchir en sûreté et avec honneur la zone de dangers dans laquelle elle est entrée.
 
L'article de Gérard Leclerc. - Royaliste - 22 septembre 2015.
Le diagnostic de Pierre Manent. En un essai court, mais d’une densité extrême, Pierre Manent opère un diagnostic un diagnostic impitoyable sur la situation de la France. Il aborde, en effet, toutes les questions qui fâchent, met le doigt où ça fait mal, mais à l’inverse des prophètes en désenchantement, il indique vers quelles solutions nous devrions nous diriger. Loin aussi de partager l’idée d’un déclin inéluctable des nations, il affirme leur caractère pérenne qu’aucune construction supranationale ne saurait suppléer. Il faut citer ici les quelques lignes décisives qu’il consacre au sujet : « Tandis que la vie politique nationale était de moins en moins satisfaisante, citoyens et gouvernants regardaient vers l’Europe comme vers le lieu naturel où la liberté et le gouvernement trouveraient également le repos. Le peuple mécontent du gouvernement et le gouvernement mécontent du peuple regardaient ensemble vers la terre promise de l’Europe où ils seraient enfin débarrassés l’un de l’autre. Cette douce espérance n’a plus cours. Gouvernants et gouvernés restent prisonniers les uns des autres, prisonniers aussi d’ailleurs d’une Union Européenne qui n’est désormais qu’un problème insoluble de plus. » Ce ne sont pas les plus récents événements qui démentiront ce jugement lapidaire : la crise migratoire a mis en évidence les contradictions insolubles d’une Europe incapable d’adopter une ligne de conduite commune. En d’autres termes, nous ne pouvons nous débarrasser de notre fardeau sur une instance qui nous en délivrerait. C’est d’abord à nous-mêmes, au peuple constitué que nous formons qu’il appartient de prendre son destin en main.
Mais ce n’est nullement évident d’accepter la lucidité qui conviendrait et les décisions qui s’imposeraient. Pour Pierre Manent, depuis le général De Gaulle, qui nous avait sorti du traumatisme de la défaite, c’est le renoncement qui s’est imposé : « Dans la Résistance s’incarne effectivement notre dernière grande expérience formatrice, mais en dépit des commémorations nous ne savons que faire de cette expérience depuis que nous avons renoncé à l’effort qui répondait à la défaite. Nous n’avons pas eu d’autre expérience politique significative, mais celle-ci a cessé de nous éduquer. » Ce regard sur le passé n’est nullement nostalgique, il invite à nous ressaisir au plus vite pour affronter nos défis présents qui ont changé de nature. Et l’auteur de pointer en priorité le phénomène religieux, qu’il faudrait enfin prendre au sérieux, en se dispensant de se retrancher derrière une laïcité de principe, parfaitement illusoire dès lors qu’elle ne constitue qu’un talisman qui nous cache l’objet très réel, en tant que fait social et politique. Inutile de biaiser pour se protéger du grief d’islamophobie, l’objet en question est bien l’islam qu’il ne s’agit pas de traiter en ennemi, en dépit des dérives terroristes auxquelles il donne lieu, mais précisément comme un phénomène spécifique, en sa désinence contemporaine. Il est vrai qu’un tel éclairage contredit nos préjugés à propos d’un religieux qui ne relèverait désormais que des convictions les plus intimes, en intervenant de moins en moins comme forme collective. Non, ce n’est pas la sortie du religieux qui a caractérisé l’évolution récente des pays musulmans, mais c’est sa réaffirmation. Pour ne l’avoir pas compris ou pas voulu l’admettre, c’est la terrible désillusion des printemps arabes qui nous est tombée dessus
Comment caractériser le phénomène religieux musulman dans une généralité qui s’impose à nous, avec la force d’évidence qu’impose l’existence d’une communauté qui est partie prenante de notre vie nationale, comme de notre vie la plus quotidienne ? « L’islam reste la règle évidente et obligatoire des mœurs. Cette règle est déclarée, explicitée, revendiquée comme telle. Elle est un thème constant de la vie quotidienne des musulmans, dont elle informe les dispositions sociales et morales, en particulier les dispositions selon lesquelles les hommes et les femmes conduisent leurs relations. Comme je l’ai déjà relevé, l’islam politique entend faire de la religion non seulement un état des mœurs, non seulement un thème insistant de vie commune, mais encore un projet collectif, une grande ambition, et cette perspective séduit des mouvements plus ou moins nombreux, plus ou moins radicaux, plus ou moins violents, qui agissent dans un registre inséparablement religieux et politique, parfois militaire. »
Ce phénomène nous atteint directement, sous des formes qu’il importe par ailleurs de distinguer, même si nous sommes contraints de les reconnaître toutes, et éventuellement de les contrer avec les moyens adéquats, donc policiers et militaires. Pas d’amalgame bien sûr, mais la reconnaissance, hors de l’extrémisme et a fortiori du terrorisme, du fait majeur que « nos concitoyens musulmans sont suffisamment nombreux, suffisamment assurés de leur bon droit, suffisamment attachés à leurs croyances et à leurs mœurs pour que notre corps politique soit substantiellement, sinon essentiellement transformé par leur présence. Encore une fois nous ne pouvons faire autrement que d’accepter ce changement. » Et cela implique d’admettre des habitudes qui ne sont pas les nôtres, auxquelles nous souffrons parfois de consentir. Il faudra bien qu’un compromis se dessine.
Il conviendrait de reprendre toute la démonstration de Pierre Manent, qui me paraît extrêmement convaincante et qui a ce mérite premier de dire les choses en vérité, sans les édulcorer et sans non plus les aggraver. Ce n’est pas la malveillance qui l’inspire, mais au contraire une sagesse civique qui recherche les moyens de redéfinition d’un bien commun perceptible à tous. On comprend à partir de là comment la laïcité à elle-seule ne répond pas à nos difficultés : « La laïcité est un dispositif de gouvernement qui n’épuise pas le sens de la vie commune, et qui d’ailleurs en donne une représentation abstraite et fort pauvre. On n’habite pas une séparation. » Voilà qui renvoie à des considérations historiques, en même temps qu’à des analyses très contemporaines. L’histoire à revisiter est celle de la Troisième République et de l’équilibre qu’elle avait établi, qui ne méconnaissait nullement le passé et donc l’identité chrétienne de la France : la preuve en est l’insistance mise sur le XVIIe siècle dans la culture de l’école républicaine. Le présent à interroger est celui des relations réciproques entre les grandes masses spirituelles aujourd’hui en mouvement. Pierre Manent relève qu’au sein de ces masses « l’Église catholique est la seule force spirituelle engagée dans une démarche qui prend en compte d’une manière délibérée et pour ainsi dire thématique les revendications et les vues des autres. » Il y aurait donc là une singularité à reconnaître et à utiliser dans un but de régulation d’une nation à faire vivre dans les conditions qui s’imposent à nous. Pour le meilleur, espérons-le.

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