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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 17:17
Despax
 
 
carpe diem
 
 
 
Aime la vie. Et cueille au penchant de la treille,
Le matin clair, le midi fauve et le soir blond,
De l'heure transparente où sortent les abeilles,
A l'heure déjà trouble où rentrent les frelons.

Les Heures aux beaux pieds, dans leurs danses vermeilles,
Mènent au ciel nacré la ronde des saisons.
Suivant le mois, jouis en paix dans ta maison,
De l'âtre en feu, des fleurs, de l'ombre ou des corbeilles.

Le silence, coulant de la lande au verger,
Posera son poids bleu sur ton sommeil léger.
Vis sans douleur. Écoute et vois. Sache sourire.

Et bénis la beauté de la vie, en pensant
Que ton coeur est pareil au jardin, où l'on sent
Tant de roses s'ouvrir et tant d'ailes bruire.
 
 
 
emile despax (1881-1915). La Maison des glycines (1905).
 
 
la maison
 
 
 
La pente du jardin coule vers le ruisseau.
Sous un dernier rayon le sable craque et brille.
Entends, dans le chemin, ces voix de jeunes filles.
Le puits grince en un bruit de chaînes et de seaux.

Les bois mouillés avaient comme une odeur de cèpes.
Ils sentaient, à la fois, l'automne et le printemps.
Le tilleul tiède est plein d'une ombre bleue. Entends
Le cytise qu'emplit le murmure des guêpes.

Par les chemins des champs, nous sommes revenus
Vers le troène en fleurs, la vigne et les glycines.
Nous avons écouté, vers les berges voisines,
Le cri des gabarriers qui rament d'un bras nu.

Les bois ont étagé leurs masses violettes;
Mais la teinte des pins se trouble et se confond
Avec les mille bruits des aiguilles, qui font
Que le soir énervant, en s'endormant, halète.

Que je l'aime, la paix grave de ta maison
Mon coeur loin de la mort, ton cœur loin de la vie
A sa bonté profonde, en rêvant, se confient.
Est-ce le train, est-ce la mer, à l'horizon ?

Est-ce le train, est-ce la mer ? Silence. Écoute.
Vois monter, de l'Adour, le retour des troupeaux.
Prends cette lampe. Écarte, avec soin, ces rideaux.
Silence. On n'entend plus les chansons de la route.

Crois-moi, souris. Nous n'aurons pas perdu ce jour,
Et si quelque ombre, au fond de notre coeur, persiste,
C'est qu'aux cœurs les mieux faits il est doux d'être tristes,
Dans le désir ou dans le regret de l'amour.

Les rosés du jardin s'ouvrent à la rosée,
Un désir dé fraicheur me caresse et me mord.
Vois trembler cette étoile et vois cette autre encor.
Soyons sages, fermons à l'air froid la croisée.

Crains le parfum trop lourd de cet acacia,
Et regardons venir riant, brisant les branches,
Giflant les rosiers fous qui la mordent aux hanches,
Les bras chargés de fruits et de fleurs, Lucia.
 
 
 
emile despax (1881-1915). La Maison des glycines (1905).
 
 
ultima
 
 
 
Il pleut. Je rêve. Et je crois voir, entre les arbres
De la place vide qui luit,
Un buste en pierre et le socle de marbre.
Mon frère passe et dit : C’est lui.

Mon frère, vous aurez aimé les ports, les îles
Surtout le ciel, surtout la mer;
Moi les livres, les vers parfaits, les jours tranquilles.
Et nous aurons beaucoup souffert.
 
 
 
emile despax (1881-1915). La Maison des glycines (1905).
 
 
 

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