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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 11:23
Naissance du
classicisme
 
 
 

 

HISTOIRE
Le roi et
l'architecte.
Louis XIV, le Bernin et
la fabrique de la gloire.
Laurent Dandrieu.
Le Cerf.
Novembre 2015.
197 pages.
 

 
Laurent Dandrieu, né en 1963, est journaliste et critique littéraire. Auteur d’essais sur l’histoire, l’art et le cinéma, bon connaisseur de Gustave Thibon et des Hussards, il dirige les pages culturelles de l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Il a récemment publié : Woody Allen, portrait d'un antimoderne. (CNRS éditions, 2010), Dictionnaire passionné du cinéma. (Ed. de l’Homme nouveau, 2013), La Compagnie des anges. Petite vie de Fra Angelico. (Le Cerf, 2014).
 
Présentation de l'éditeur.
Enivré de fête, de théâtre, de faste et d’ores et déjà passionnément épris de grandeur, le jeune Louis XIV avait tout pour être séduit par le cavalier Bernin. Pourtant la rencontre du jeune roi de gloire et du maître de la splendeur baroque allait s’achever piteusement, par une rebuffade qui n’osait pas dire son nom. Mais cet échec fut curieusement fécond, et peut-être aura t-il fallu la visite à Paris du plus grand des artistes italiens pour que Louis XIV prenne pleinement conscience que la grandeur du royaume à laquelle il entendait si passionnément travailler ne pouvait se faire qu’en créant les conditions d’éclosion d’un art proprement français, qui ne dût rien à personne.
 
L'article de Jean-Marc Bastière. - Le Figaro littéraire. - 10 décembre 2015.
Louis XIV-Le Bernin : le rendez-vous manqué. Un rendez-vous manqué qui se révéla fécond pour l’art français : ainsi pourrait se résumer le séjour à Paris, de juin à octobre 1665, du célébrissime Gian Lorenzo Bernini, architecte de Saint-Pierre de Rome et plus grand sculpteur de tous les temps, à la demande de Louis XIV. Laurent Dandrieu nous offre sur cette péripétie artistique un petit livre ciselé et intelligent qu’on peut qualifier d’essai historique. De la matière qu’il pétrit avec fermeté, une idée forte se dégage. Le passage en tornade du maestro catalyse le désir de l’art français de se trouver une voie originale. Ce qu’on reproche à ce dernier, sa manière trop étriquée, sera intégré en partie par les architectes français. Telle la colonnade de Perrault. Si la réalité historienne est toujours buissonnante, la thèse est assez convaincante. En 1665, donc, le tout jeune « Dieudonné » demande au pape de bien vouloir se séparer quelques temps du Cavalier Bernin pour venir s’occuper de l’achèvement du Louvre. Louis paraît alors sous le charme du vieux sculpteur. Son séjour se termina pourtant dans les rancœurs et les soupçons. Car si le maître fut traité avec honneur, ce projet grandiose ne se concrétisera jamais. Il sortit tout de même du magicien un buste en marbre de Louis XIV, qui dégage prestance, assurance et majesté. Vingt ans plus tard, en 1685, le roi découvre aussi sa propre statue équestre, commandée jadis à l’artiste, dans l’Orangerie de son château de Versailles. Le Bernin est mort depuis cinq ans. Louis éprouve alors une déception si vive qu’il a la tentation de détruire l’œuvre. Il se contentera de l’exiler au fond du parc. Triste épilogue de cette méprise entre le roi-artiste tout puissant et le maître de la splendeur baroque. L’auteur doit une partie de son inspiration à l’académicien Philipe Beaussant auquel il rend un juste hommage. Ses livres Vous avez dit baroque ? et Vous avez dit classique ? furent le bréviaire d’une génération de baroqueux. Durant les années 1980 et 1990, le musicologue et romancier, qui avait cofondé le Centre de musique baroque de Versailles, conceptualisait avec finesse tandis qu’un William Christie mettait en scène avec faste l’Atys de Lulli ou que le public découvrait les accents délicats de la viole de gambe dans le film Tous les matins du monde. Comme le rappelle Dandrieu, le baroque et le classique, loin de s’opposer, entretiennent des rapports subtils. Ce qui fait de la France de Louis XIV, selon Tapié, « une réussite classique (…) bien souvent vivifiée par la ferveur baroque ». Ce n’est pas seulement l’histoire d’un fiasco que décrit l’auteur, en s’appuyant notamment sur le Journal du maître d’hôtel Paul Fréart de Chantelou (il servit de guide au Bernin pendant son séjour parisien). Si l’on n’ignore rien de la cabale des architectes, de la mésentente avec Colbert, des courbettes diplomatiques ni non plus de l’arrogance d’un génie, l’ouvrage garde l’empreinte d’un éblouissement, entre extase baroque et sérénité classique, qui dissipe les mesquineries du temps.

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la Revue critique des idées et des livres - dans Notes Histoire
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