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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 22:45
La gauche, entre
le vieux et le neuf
 

 

IDEES
A demain
Gramsci.
Gaël Brustier.
Le Cerf.
Octobre 2015.
72 pages.
 

 
Gaël Brustier, né en 1978, est chercheur en sciences politiques. Passé du séguinisme au chevénementisme, actuellement proche de la gauche critique, il observe en profondeur les changements culturels qui affectent la société française. Il a récemment publié :  Voyage au bout de la droite. (Mille et une nuits, 2011), La Guerre culturelle aura bien lieu. (Mille et une nuits, 2013), Le Mai 68 conservateur. Que restera-t-il de la manif pour tous ? (Le Cerf, 2014).
 
Présentation de l'éditeur.
Et si la gauche continuait à perdre élection sur élection ? Et si la gauche se coupait définitivement de ceux qui croient encore en elle ? Et si la gauche n'avait plus rien à proposer ? Et si, tout simplement, la gauche avait définitivement perdu, au XXIe siècle, la bataille des idées, qu'elle avait pris pour habitude de gagner au XXe ? Revenant sur la vie et les leçons du philosophe italien Gramsci, notamment celle qui fait de la victoire idéologique le préalable de toute victoire électorale, les utilisant comme outils pour analyser la situation politique, morale mais aussi religieuse de notre pays, Gaël Brustier se livre à une critique frontale de la gauche telle qu'elle va, examinant tour à tour les raisons de son déclin, les échecs de sa façon de gouverner, la probabilité de sa mort prochaine et la possibilité de sa résurrection. Du quinquennat de François Hollande à l'influence du pape François, en passant par la crise néolibérale, les paniques identitaires et les attentats du 7 janvier, cet essai brillant et corrosif interpelle une gauche qui "recherche désespérément son peuple".
 
L'article de Jean-Paul Maréchal. - Esprit - janvier 2016.
En juin dernier, à l’occasion du dernier congrès du Parti socialiste, la motion proposée par Jean-Christophe Cambadélis le reconnaissait : la gauche « n’est plus en situation d’hégémonie culturelle ». C’est le moins qu’on puisse dire !
Comme le résume Gaël Brustier dans son lumineux petit livre, qu’il s’agisse de l’accélération de la mondialisation consécutive à l’entrée de la Chine dans l’OMC, de l’internationalisation d’un salafisme djihadiste toujours plus virulent ou du déclassement qui touche bon nombre de nos concitoyens : « tout cela n’a été anticipé ou compris ni par la gauche radicale, ni, a fortiori, par la social-démocratie » (p. 39-40).
Or, tandis que la gauche remportait toutes les élections (régionales, sénatoriales, présidentielles, législatives) – et se félicitait de l’excellence de sa stratégie –, la droite, elle, s’emparait d’un pouvoir essentiel: celui des idées, pouvoir qu’Antonio Gramsci nomme, justement, « hégémonie culturelle ». D’où la nécessité pour la gauche de découvrir ou redécouvrir Antonio Gramsci, de s’approprier certains de ses concepts les plus opératoires afin de comprendre la nature de la crise qu’elle traverse et d’imaginer des moyens d’en sortir.
L’une des grandes originalités de la pensée gramscienne est de considérer que dans le combat politique, la question culturelle – le « front culturel » – compte autant que les fronts économiques et politiques. Pour l’auteur des Cahiers de prison, aucune domination politique n’est envisageable dans la durée si elle ne s’accompagne pas d’une domination culturelle, c’est-à-dire de la capacité à « créer un univers d’idées, de symboles et d’images dans lesquelles un peuple se reconnaît » (p. 20). Les conseillers en communication n’y peuvent rien changer, le peuple ne signant jamais un contrat dans lequel il ne croit pas, le pouvoir est toujours contraint d’articuler le consentement des citoyens et la coercition. L’hégémonie culturelle, dans son acception gramscienne, suppose donc la réunion de la « société civile » et de la « société politique », la première disposant des instruments de persuasion et la seconde de ceux de coercition. « Lorsque le système économique et les représentations collectives s’articulent parfaitement, se forme [alors] ce qu’on appelle un « bloc historique », c’est-à-dire l’adhésion de classes sociales différentes à un même projet politique, correspondant à un niveau d’évolution donné du système économique » (p. 27).
Or, les sociodémocrates se sont lourdement trompés en pensant que l’Union européenne pouvait constituer un substitut à un socialisme auquel ils ne croyaient plus. Pouvoir non démocratique fonctionnant grâce à des élites qui se sont autonomisées des peuples et prennent de plus en plus de libertés avec la démocratie, théâtre d’une « souveraineté fragmentée » où les lobbys – notamment celui de la finance – font largement la loi, l’Union européenne est dans l’impossibilité de susciter un engouement susceptible de se transformer en « bloc historique ».
Si l’on ajoute à cela que la réponse de la gauche face à l’érosion de son électorat populaire consiste à répéter que les partis de droite et d’extrême droite « trompent » les ouvriers et les employés, on comprend mieux la difficulté qu’elle éprouve à mobiliser ces derniers. Les politiques de gauche ne comprennent pas que l’intérêt des dominés n’est pas donné une fois pour toutes mais « construit ». La gauche « réaliste » parle d’indices, de taux d’endettement, de notations financières et néglige ce qui mobilise l’électeur : une vision du monde. il est donc urgent pour elle de « proposer des réponses qui donnent sens à l’expérience quotidienne. » (p. 48) des citoyens.
Ce n’est pas un hasard si la droite a repris l’ascendant idéologique avec des thèmes tels que ceux de l’économie et de la nation. Le plus navrant dans tout cela, c’est aussi que, face à l’incapacité des politiques d’austérité à sortir l’Europe de la crise, la gauche aura trahi ses idéaux pour rien. « Le social-libéralisme, prévient Gaël Brustier, va sombrer avec le Titanic néolibéral » (p. 38)
Pour l’auteur, la « gauche d’après », celle qui s’enracinera sur le « sens commun » des gens, est en train de naitre aux marges de l’Europe : en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Ecosse. Et de citer en exemple, comme « héros gramscien », le pape François, qui par son langage simple sait toucher un grand nombre d’hommes et de femmes partout dans le monde.
Le chantier qui attend le camp progressiste est immense et passionnant. Il faut élaborer une pensée qui, comme l’écrivait Raymond Aron à propos du marxisme, puisse être expliquée en cind minutes, en cinq heures, en cinq ans ou en un demi-siècle. Ce fut la force du néolibéralisme. On voudrait croire que rien n’est perdu. Comme l’écrivait le célèbre penseur sarde dans son vingt-huitième Cahier de Prison :« Tout écroulement porte en soi des désordres intellectuels et moraux. Il faut créer des hommes sobres, patients qui ne désespèrent pas devant les pires horreurs et ne s’exaltent pas pour chaque ânerie. Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté. »
 
Autre article recommandé : Bertrand Renouvin, « Gramsci pour demain ? » - Royaliste - 17 novembre 2015.

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