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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 22:25
Fascisme et crise
de la démocratie
 

 

HISTOIRE
Soudain,
le fascisme.
La marche sur Rome.
Emilio Gentile.
Traduit de l'italien
par Vincent Raynaud.
Gallimard, "Essais".
Novembre 2015.
406 pages.
 

 
Emilio Gentile, né en 1946, est historien. Professeur à l'Université de Rome, son oeuvre porte principalement sur le fascisme italien, les phénomènes totalitaires et les religions politiques. Il a récemment publié : Les Religions de la politique. Entre démocraties et totalitarismes. (Seuil, 2005), L'Apocalypse de la modernité. La Grande Guerre et l'Homme nouveau. (Aubier, 2011), Pour ou contre César. Les religions chrétiennes face aux totalitarismes. (Aubier, 2013).
 
Présentation de l'éditeur.
Il s’était rasé de près, avait dissimulé son crâne chauve sous une perruque, pris un tram et, en cette nuit du 24 au 25 octobre 1917, s’était rendu au Palais d’Hiver tour s’emparer du pouvoir. Lénine avait compris qu’il fallait saisir l’occasion favorable qui ne se représenterait pas. Cinq années plus tard presque jour pour jour, dans la soirée du 29 octobre 1922, Benito Mussolini, chauve et mal rasé, vêtu d’une chemise noire, monta dans un train, acclamé par la foule, pour se rendre à Rome et y prendre le pouvoir. Lui aussi avait pressenti qu’il fallait profiter du moment propice. Au terme d’une insurrection de deux jours qu’il avait lui-même baptisée « marche sur Rome », l’Italie n’eut pas seulement un gouvernement, mais une dictature. Si les historiens conviennent qu’il y eut non une révolution bolchevique, mais un coup d’Etat, il n’en va pas de même pour la marche sur Rome. Comment se peut-il, pour reprendre des expressions de contemporains de l’événement, qu’un « opéra-bouffe», « une kermesse maladroite », « un rassemblement sans importance d’idiots utiles » ait donné naissance à l’un des régimes les plus tragiquement antidémocratiques et impérialistes du XXe siècle ? Prenant pour fil conducteur du récit la confrontation entre l’homme d’action et l’occasion à saisir, c’est-à-dire le moment où la décision humaine intervient sur les circonstances pour fixer la voie à suivre, sans aucune garantie de succès, Emilio Gentile, dans une étude radicalement nouvelle, montre à l’oeuvre un parti organisé comme une milice qui conquiert le gouvernement d’une démocratie parlementaire paralysée par ses renoncements. Le but de la conquête est affiché depuis le commencement : détruire l’Etat libéral et la démocratie, grâce, à l’indifférence et à la passivité de la majorité de la population. La dictature fasciste débuta dès la marche sur Rome ; puisqu’elle était l’inexorable conséquence de la nature même du parti.
 
Recension de Catherine Brice. - L'Histoire. - février 2016.
Le Duce et la faiblesse des démocraties. Le titre du nouveau livre d'Emilio Gentile, spécialiste du totalitarisme, diffère dans sa traduction du titre italien. E fu subito regime. Il fascismo e la marcia su Roma que l'on pourrait traduire par « Et ce fut tout de suite le régime. Le fascisme et la marche sur Rome ». Il renvoie à une réévaluation de la chronologie traditionnelle qui date la découverte du « vrai visage » - totalitariste - du régime des lois fascistissimes de 1925 et non de la marche sur Rome du 28 au 30 octobre 1922. Moins qu'à la présence de la violence inhérente aux faisceaux de combat dès 1919, c'est à la nature du parti-milice et à son efficacité que s'intéresse Emilio Gentile. Suivant la mise en place du projet de cet étrange « coup d'État » sans effusion de sang, qui déboucha, selon lui dès octobre 1922, sur l'écroulement du système politique parlementaire italien, il propose une réflexion sur la faiblesse des démocraties confrontées à des acteurs politiques qui réfutent ouvertement leurs valeurs. « Le fascisme n'est pas une bande de politiciens, mais un groupe de guerriers », écrivait Benito Mussolini. Un Duce dont le rôle est d'ailleurs fortement évalué à la baisse durant ces premières années, alors que celui de Michele Bianchi, artisan de la marche sur Rome, est mis en lumière. La nature révolutionnaire du fascisme était connue, la manière dont il agissait ne pouvait être ignorée et, par conséquent, le projet du gouvernement libéral de normaliser le fascisme en lui offrant le pouvoir découlait d'une incompréhension totale de ses objectifs. Ce qui frappe, c'est de constater combien les hommes d'État libéraux avaient peu confiance dans leur propre régime et combien, au fond, ils purent pour certains d'entre eux croire que Mussolini allait réparer le système, alors qu'il aspirait à le détruire. Une inquiétante méditation sur les faiblesses des régimes parlementaires.

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