Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 09:15
Deubel
 
 
soirs de province
 
 
 
Les soirs de la province avec leurs mêmes bruits
De famille et d'intimité sans confidence,
Le long bourdonnement de guêpe du silence
Sont le précieux remède à tes fièvres, Paris !

La vie est bonne et loin des tenaces instances
De la faim et du froid, du sommeil et des nuits ;
L'heure comme une flaque où du bon soleil luit
Luit, et la messe est dite aux fins de pénitence,

Nous qu'on n'a pas aimé les soirs des grandes fêtes
Et qui marchâmes seuls, pleins de l'amour des choses,
Sous les yeux bigarrés des lampions aux faites,

Mes frères ! revenons au vieil ennui natal
Et sous l'ombrage frais du mail municipal
Aimons les contresens de nos métamorphoses.
 
 
 
léon deubel (1879-1913). Sonnets intérieurs (1903).
 
 
azur
 
 
 
Silencieux acteur du drame de la Nuit,
Mon rêve pèlerin vers l'azur appareille.
Les vents m'ont emporté, léger comme l'abeille,
Sous le regard furtif des lointains paradis.

Dans l'ombre où les cités pendent comme des fruits,
La terre sous mes pieds arrondit sa corbeille.
Et le silence, épris de l'heure qui sommeille,
S'accoude à la margelle antique de son puits.

O charme indéfini des nuits surnaturelles !
Mélodieusement rêvent les chanterelles
Des rayons de la lune amante des bergers.

Le ciel, entre mes doigts, a des fraîcheurs d'eau vive,
Et là-bas, dans l'azur divin de ses vergers,
Bombille l'essaim d'or des étoiles pensives.
 
 
 
léon deubel (1879-1913). La Lumière natale (1922).
 
 
ballade d'extrême automne
 
 
 
Au fond des forêts consacrées
Par la présence du printemps,
Le long des sentes mordorées,
Près des sources et des étangs,
Mon cœur s'écrie et je l'entends
Et c'est comme un appel d'alarme :
Ah ! les matins n'ont plus vingt ans.
Le jour est long comme une larme.

L'automne a repris ses soirées,
La neige a donné ses bals blancs.
Au sein des foules affairées
On vend à cris intermittents
Chrysanthèmes couleur d'antans
Et la violette de Parme ;
Mais les matins n'ont plus vingt ans.
Le jour est long comme une larme.

En vain les œuvres préparées
Et les chefs-d'œuvre miroitants
Tendent leurs voiles bigarrées
Au grand souffle venu des temps,
Ma pensée est lasse et s'étend
Comme un guerrier mort sous son arme ;
Car les matins n'ont plus vingt ans.
Le jour est long comme une larme.

 
envoi

O mort grelottante va-t'en
Moissonner cette aube sans charme
Et semer celle qu'on attend.
Le jour est long comme une larme.
 
 
 
léon deubel (1879-1913). Régner (1913).
 
 

 

Partager cet article

Repost 0
la Revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche