Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 10:59
La tentation
des sables
  
LETTRES
André Malraux
et la reine de Saba.
Jean-Claude Perrier.
Ed. du Cerf.
Août 2016.
180 pages.
 

 
Jean-Claude Perrier, né en 1957, est écrivain et critique littéraire. Auteur d’une quarantaine d'ouvrages, dont plusieurs essais remarqués sur Gide, Malraux, Loti et Saint-Exupéry, il collabore régulièrement au Magazine littéraire, au Figaro, et à l’Orient-Le Jour. Il a récemment publié : André Gide ou la tentation nomade. (Flammarion, 2011), Le Voyageur de papier. (Héloïse d’Ormesson, 2012), Comme des barbares en Inde. (Fayard, 2014).
 
Présentation de l'éditeur.
Une légende vivante part à la découverte d'un mythe englouti. Un aventurier du XXe siècle se met en quête d'une souveraine qui régna trois mille ans plus tôt. Un lauréat du Prix Goncourt accomplit son rêve d'enfance en recherchant dans les sables le fantôme d'une femme couronnée et les vestiges oubliés de sa cité fabuleuse. Il fallait l'écrivain et voyageur qu'est lui-même Jean-Claude Perrier pour ressusciter l'expédition que mena André Malraux, en 1934, au Yémen, pour retrouver la Reine de Saba. Rejoindre l'Orient littéraire, replonger dans la Bible et le Coran, relire Flaubert et Lawrence d'Arabie, compulser encore une fois des cartes muettes, emprunter à nouveau les ailes de Mermoz et de Saint-Exupéry, tutoyer l'aviateur Corniglion-Molinier par-delà la mort, arpenter inlassablement le désert et rêver les ruines : le cadet refait ici le voyage de l'aîné. Et en dénoue le secret intérieur : avec son reportage publié dans L'Intransigeant, Malraux signa l'adieu à sa jeunesse. De la montée des totalitarismes dans l'Europe d'hier à l'incendie qui ravage aujourd'hui le berceau de l'écriture, entre la Méditerranée et la mer Rouge, cet essai, à la croisée de la chronique et de l'histoire, de la biographie et de la critique, mené à grand train et avec style, nous interroge sur l'abyssal rétrécissement du monde et de notre imaginaire.
 
L'article de Stéphane Barsacq - Service littéraire - septembre 2016.
Une voie royale. En 1933, André Suarès, le condottière, offre son portrait de la ville de Marseille à son ami : « A mon cher Malraux de qui l’Art soutient et étend la force. » Quelques mois plus tard, Malraux est couronné par le prix Goncourt. Le succès de « La Condition humaine » est contemporain de l’inhumanité que mettent en place, toujours en 1933, Hitler et les siens. Malraux est célèbre, il est engagé, il introduit la politique dans le roman. Il ne sépare plus le verbe de l’action. Mais plutôt que e donner dans le militantisme exclusif, il décide en 1934 de s’offrir une échappée belle : s’envoler à la recherche de la cité mythique de la Reine de Saba. Le monde craque certes de toute part, mais cela n’empêche pas Malraux de suspendre son activisme, de faire un pas sur le côté et, tel d’Annunzio, de prendre l’avion pour vivre l’aventure. De nombreux voyageurs et écrivains français l’ont précédé sur cette voie, depuis Jean Chardin au XVIIe siècle jusqu’à Michel Vieuchange, mort en 1930, le premier européen, vanté par Paul Claudel, à avoir visité les ruines de la cité interdite de Smara dans l’Ouest saharien. La folle équipée de Malraux a une dimension non moins mythique : elle rappelle celle de Rimbaud auprès de Ménélik, le descendant de la Reine, mais aussi le rêve d’Atlantide de Pierre Benoit. Jean-Claude Perrier en explique tous les ressorts au long de son roman – une contre-enquête serrée avec, en son cœur, une mise en abyme fascinante : aux articles de Malraux répondent, sur le mode du feuilleton de presse, les mises au point érudites de l’auteur. Plutôt que de dénoncer les affabulations prêtées à Malraux, Jean-Claude Perrier fait le pari de la noblesse et de l’élégance : il parvient à replacer l’aventure yéménite dans son œuvre et dans sa quête. Il montre le désir de Malraux de s’appuyer sur le mythe pour le renouveler. Après son retour en France, en mars 1934, Malraux écrivit : « Il faut risquer de mourir, non pour mourir mais pour vivre. » Jean-Claude Perrier nous révèle avec brio un monde où la légende le dispute à la vérité. Aux confins de nos origines, alors même que l’univers menace, comme en 1934, de basculer.

Partager cet article

Repost 0
la Revue critique des idées et des livres - dans Notes Lettres
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche