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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 16:15
Georges Louis Garnier
 
 
verdures de paris
 
 
 
- De quels purs éléments naît ton charme, ô verdure ?
- Du bleu si frais de l’eau, de l'or si beau du jour.
- D'où ce baume qui plus que ta nuance dure ?
- Du dieu dont ce mortel feuillage est le séjour.

Frondaisons! Revoici le feuillage d'avril !
Source ailée au-dessus des amants gazouillante,
Onde et brise, aube et chant fondus en même plante,
Ce qu'il sait du bonheur, jamais le dira-t-il ?

Que j'aime dans ton parc étagé, tout au bout
De l'allée expirant sur la terrasse altière,
Ce vertige d'azur plus profond, ô Saint-Cloud
Que l'ombre de tes bois perdus dans la lumière !

Meudon, Fourqueux, Marly, noms gazouillants d'oiseaux,
Montmorency, Sannois, Fontainebleau, Recloses,
Coups d'ailes de Paris au sommet des coteaux
Qui la ceignent de bois, de vergers et de roses !

Verte nacelle au bleu du songe suspendue,
La petite clairière où je m'étais assis
Emporte doucement à travers l'étendue
Ma peine qui devient ange du paradis.

Beau voile frissonnant, brodé de mille oiseaux,
Pudeur de la Maison, son aise et sa parure,
Qu'il est doux d'entrevoir, si blanche en tes réseaux,
Sa chaste épaule où dort le bonheur, ô verdure !

Souvent aux calmes nuits de l'été je m'assois
Dans ces jardins déserts, ces parcs, ces avenues,
Où l'âme de Paris, amoureuse des bois,
Rêve jusqu'au matin d'idylles ingénues.

Si je ne connais plus des jardins que leurs grilles,
C'est rosée à mon cœur d'entrevoir un sentier
Où quelque oiseau des bois descend, entre deux trilles,
Boire à la cascatelle en fleur d'un églantier.

- Grands arbres, dites-moi si le chant qui s'envole
Au gré des vents, Zéphyr, Tramontane, Aquilon,
Mieux vous plaît que la stance à mesure moins folle ?
Dionysos est ivre et trop sage Apollon.

- Laisse les dieux, poète, et prends des hirondelles
Un exemple à la fois savant et naturel,
Car les beaux vers, toujours, comme les justes ailes
Sont en naissant compas et balances du ciel.
 
 
 
georges-louis garnier (1880-1943). Verdures de Paris (1938).
 
 
en perdition
 
 
 
A Guy Lavaud.
 
Profondeurs de la vie, abîmes insondés
Où n'atteignent que les naufrages,
Nef en péril, je songe aux trésors inondés
Qui dorment dans vos noirs parages.

A quels scaphandriers, dans leur nuit descendus,
Vos épaves livreraient-elles
Les mystiques joyaux des dévouements perdus,
L'or des fidélités mortelles ?

Des riches cargaisons qui font les destins lourds
Le malheur volontiers nous prive,
Tandis que, sillonnant la surface des jours,
La maigre voile atteint la rive.

Mais que me sont auprès des diamants noyés
Dont les astres ont la mémoire
Les parures de verre et les pâles colliers
De la fortune ou de la gloire !
 
 
 
georges-louis garnier (1880-1943). Le Songe dépouillé (1931).
 
 
poème d'automne
 
 
 
Nourrice au sein meurtri, douce et tendre saison
Qui portes les fruits de la terre,
De quel amour, Automne, aimes-tu la maison
Que ton sang doré désaltère !

Hutte du bûcheron, petits hameaux perdus,
Gai village à flanc de colline,
Toutes sont tes enfants que tu tiens suspendus
Après ta mamelle divine.

Baisse le jour. Leur faim apaisée en tes bras,
Le cellier plein, la grange lourde,
Tu baignes de rosée et puis clos leurs yeux las
Que fait rêver ta chanson sourde.

Qu'elle est tranquille alors la dormeuse au front blanc,
Posé sur un calme nuage,
Tandis qu'à ses pieds frais tu laisses en tremblant
Glisser ton voile de feuillage !
 
 
 
georges-louis garnier (1880-1943). Le Songe dépouillé (1931).
 
 

 

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