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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 11:05
 
 
art poétique
 
 
 
Un clair midi d'octobre ensoleillé, mon frère.
Prends la guêtre de cuir et le bâton ferré.
Descends, par le routin qui rampe dans les prés,
Jusqu'au village blanc qu'embrasse la rivière.

Suis le vieux mur. Contourne avec lui le verger ;
Et le long de la haie où sèche une lessive,
Souris, sans t'arrêter, aux yeux mouvants d'eau vive
De l'enfant qui dira : « Bonjour » à l'étranger.

Enfonce-toi sans crainte au cœur des oseraies.
Marche. Ne pense point. Va comme le sentier.
Bois une verre de vin nouveau chez le meunier.
Donne un peu de luzerne à sa pouliche baie.

Repars. Tu trouveras des genêts et des joncs,
Puis encore des prés violets de colchiques.
Enfin, dans son mystère orgueilleux et tragique,
Mon frère, tu verras s'élever le donjon.

Tu monteras parmi les pierres éboulées,
Mais sans t'asseoir avant le sommet de la tour.
Et tu regarderas jusqu'à la fin du jour,
Bleue et molle, silencieuse, la vallée.

Baisse la lampe un peu sur la chambre bien close.
Vas-tu pleurer ? Soudain tu sens te mordre au cœur
Une trop chère, et vague, et pressante douleur.
Et tu trembles devant les feuilles, et tu n'oses.

Laisse fondre en tes yeux tout le ciel qu'ils ont pris.
Ah ! pleure... Mais prolonge une veille acharnée.
Et tu sauras, après la tâche terminée.
Ce qui reste d'azur dans le poème écrit.
 
 
 
francis éon (1879-1949). Trois années (1907).
 
 
les pigeons-paons
 
 
 
Comme les pigeons-paons qui gonflent sur le toit
Au soleil de novembre doux leurs gorges blanches,
Comme ce couple ami de tourterelles franches,
O mon frêle bonheur d'aimer, réchauffe-toi.

Le ciel est sans nuage et l'heure tiède. Vois !
Le souffle du printemps futur émeut les branches.
Des enfants jouent sur la grand'route. C'est dimanche.
La cloche du vieux bourg conseille. Entends sa voix.

Nous allons faire un lourd bouquet de roses pâles
- Mais ces femmes en noir, frileuses sous leurs châles,
Pourquoi, mon Dieu, pourquoi se pressent-elles ?... Ah !

Le soir enveloppant surgit au couchant fauve !
Viens vite près du feu que ma peur attisa,
O mon dernier bonheur d'aimer, que je te sauve !
 
 
 
francis éon (1879-1949). La Promeneuse. (1905).
 
 
cette ville
 
 
Smarves
 
Si j'aime à l'horizon cette ville couchée,
C'est qu'à mon beau désir elle est pleine aujourd'hui.
Un grand chemin fleuri de ciel, une jonchée
D'avril harmonieux et tendre m'y conduit :

Là-bas vous respirez et m'attendez sans doute,
Sous une haute ardoise au vif éclat bleuté ;
Mais si dans la saison j'enfonce cette route,
Certain de ce printemps je redoute l'été.

Ah! laissez contre vous que je serre ma vie,
Et ces courages vains dès longtemps résolus !
A ce pays charmant si vous êtes ravie,
Cachez moi bien les jours où vous n'y serez plus.
 
 
 
francis éon (1879-1949). Revue "La Muse française". (janvier 1932).
 
 

 

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