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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 23:29
Stratégies pour
sortir de l'euro
  
IDEES
L'euro contre la France, l'euro contre l'Europe
Jacques Sapir.
Editions du Cerf.
Septembre 2016.
66 pages.
 

 
Jacques Sapir, né en 1954, est économiste. Directeur d'études à l'EHESS, spécialiste des questions stratégiques internationales, il est aujourd'hui un des chefs de file de la mouvance des économistes hétérodoxes. Il a récemment publié : La Démondialisation. (Le Seuil, 2011), Faut-il sortir de l'euro ? (Le Seuil, 2012), Souveraineté, démocratie, laïcité. (Michalon, 2016).
 
Présentation de l'éditeur.
« A l'origine de la crise de l'Union européenne se trouve l'euro. Exacerbant les oppositions entre pays, il en corrode les fondations et met à mal la démocratie en suscitant la montée de pouvoirs tyranniques. » Jacques Sapir.
 
L'article de Bertrand Renouvin. - Royaliste - 20 décembre 2016.
Pour en finir avec l'euro. La « monnaie unique » n’a pas tenu les promesses dont elle était enrobée, ni confirmé les théories qui prétendaient la justifier. L’euro asservit la France, mine l’économie nationale et creuse les inégalités sociales. L’euro violente les nations qui ont accepté ce carcan. Jacques Sapir a raison : il faut en finir avec cette zone sous domination allemande.
L’euro est imposé aux peuples comme une évidence, non comme une somme de bienfaits connus et reconnus comme tels. L’évidence inévidente de l’euro s’appuie sur une autre évidence de même type, qui consiste à affirmer que la fin de l’euro serait une catastrophe pour les nations et pour les citoyens. Les dirigeants de l’Eurogroupe ont agité cette menace pour mater les Grecs en 2015. Ils utiliseront le même procédé si les Italiens portent au pouvoir des formations hostiles à l’euro.
Le chantage au chaos peut être efficace un certain temps. Mais nul n’ignore qu’on le brandit pour masquer la faiblesse ou l’inexistence de ses arguments. Il n’en a pas toujours été ainsi. À la fin du siècle dernier, le discours sur le passage à l’euro se donnait des allures scientifiques et les experts annonçaient l’entrée dans un monde meilleur. Quand les économistes parlaient aux économistes, ils invoquaient la théorie des zones monétaires optimales de Robert Mundell. Quand les économistes parlaient au bon peuple, ils annonçaient que la monnaie unique permettrait une forte augmentation de la production et des échanges. Les dirigeants politiques célébraient quant à eux le bond en avant européen.
Dans le petit essai qu’il vient de publier, Jacques Sapir rappelle que la théorie des zones monétaires optimales n’a aucun fondement scientifique et que les faibles avantages qu’on peut attendre d’une monnaie unique supposent des conditions irréalistes - par exemple la parfaite flexibilité du travail. Pourtant, Jacques Delors et bien d’autres communièrent et communiquèrent dans la certitude d’une forte croissance au sein d’une zone bien protégée contre les aléas de la conjoncture économique. Dix-sept ans plus tard, l’examen de la situation économique et sociale des pays-membres de la zone euro vient démentir cet optimisme.
Pour la France, les effets de l’euro sont accablants. Alors que la croissance du PIB était supérieure à 2,5 % à la fin des années 1990, elle descend à 2 % au début de notre siècle puis tombe aux alentours de 1 % après 2008. Jacques Sapir observe également que la croissance de la production industrielle a été très faible entre 2002 et 2008 et s’est effondrée lors de la crise. La fameuse « forteresse euro » ne nous protège manifestement pas des tempêtes ! Le chômage est la conséquence la plus largement ressentie de la « monnaie unique » mais ce n’est pas la seule : la contrainte monétaire conduit à accroître le déficit budgétaire à cause des exemptions de cotisations sociales et de la baisse des rentrées fiscales provoquées par la faiblesse de la production.
Il est absurde de s’écrier que « les caisses sont vides » à la manière de François Fillon en 2007 si l’on est décidé à poursuivre la politique qui empêche de les remplir. De fait, le Premier ministre de Nicolas Sarkozy a provoqué un accroissement direct de 700 000 demandeurs d’emploi et François Hollande a fait preuve du même aveuglement avec les mêmes conséquences désastreuses sur l’emploi. La contrainte monétaire se fait aussi sentir sur les salaires - le salaire médian stagne depuis l’an 2000 -, sur le territoire national de plus en plus fracturé entre métropoles et « France périphérique », sur l’agriculture française...
Chaque année, le gouvernement assure que l’économie « repart »et tous les cinq ans les candidats des diverses fractions de l’oligarchie nous promettent que la « gouvernance» de la zone euro va changer à notre profit. François Fillon affirme dans son programme pour 2017 qu’il va « faire de l’euro un outil de notre souveraineté », et Arnaud Montebourg parle d’une « souveraineté partagée ». Or nul ne veut reconnaître, à droite comme à gauche, que nous avons perdu la maîtrise de nos recettes fiscales, la liberté de nos choix budgétaires, la possibilité de réduire à un minimum acceptable notre endettement public faute de disposer de notre Banque centrale... selon la logique implacable qui a été enclenchée par l’abandon de notre souveraineté monétaire.
La prétendue monnaie unique - qui n’est pas la monnaie de la Suède, de la Pologne, de la Hongrie - n’a pas profité aux nations qui l’ont adoptée, à l’exception de l’Allemagne. Si l’on prend pour critère le PIB par habitant, le bilan est négatif pour la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Finlande et d’autres indicateurs sont tout aussi défavorables : l’investissement par habitant est faible en Italie et en Espagne, catastrophique en Grèce et au Portugal et le niveau de vie de très nombreux habitants de ces pays est plus ou moins fortement menacé sur le moyen terme. L’Allemagne domine la zone euro et en profite largement parce que le taux de change de l’euro lui convient et parce que la complaisance de ses partenaires - tout particulièrement la France - lui permet d’imposer, par divers « pactes », une austérité qui est conforme à la mentalité et à l’idéologie de ses dirigeants.
L’élite allemande du pouvoir et des affaires veut tirer tout le profit possible de la zone euro - y compris par le pillage de la Grèce - sans en supporter les charges puisqu’elle ne veut ni ne peut accepter d’aider les pays du Sud car cette aide détruirait son économie. D’où l’impasse dans laquelle se trouve la zone euro : sa logique est dépressive et l’issue fédéraliste est impossible puisque Berlin ne pourrait pas en supporter le coût, à supposer que les peuples consentent à l’aliénation complète de leur souveraineté.
Faute de pouvoir sortir de la crise, on cherche à masquer les problèmes par des promesses illusoires, on procède à des coups de force pour imposer des gestionnaires aux ordres - Mario Monti en Italie, Lucas Papadémos en Grèce - ou l’on utilise tous les moyens médiatiques et techniques qui permettent de déstabiliser et de soumettre un gouvernement rebelle - celui d’Alexis Tsipras en 2015. Ces procédés anti-démocratiques ne permettent pas d’endiguer le flot montant des colères : les insurrections électorales sont de plus en plus nombreuses malgré les campagnes de dénonciation du « populisme ». Il faut donc en finir avec la zone euro. C’est possible, c’est souhaitable mais la délivrance ne doit pas se faire n’importe comment.
C’est possible et nécessaire à tous égards. Comme le bloc-or dans les années trente, la zone euro interdit les dévaluations entre des pays-membres dont les trajectoires économiques divergent - alors qu’on nous annonçait une bienfaisante convergence - et qui n’ont d’autre choix que la déflation. En choisissant cette thérapie meurtrière, Ramsay MacDonald et Pierre Laval avaient provoqué des catastrophes économiques et sociales auxquelles s’ajouta la catastrophe politique allemande dont le chancelier Brüning, lui aussi déflationniste, fut directement responsable. Comme naguère, les « dévaluations internes » par la contrainte salariale et la rigueur budgétaire provoquent des troubles politiques majeurs qui peuvent encore s’aggraver. Pour conjurer les périls qui s’accumulent, Jacques Sapir reprend la démonstration qu’il a faite à de nombreuses reprises :
- le retour à la monnaie nationale permet la dévaluation de cette monnaie et la relance de l’activité économique avec de rapides effets positifs sur l’emploi : entre 1,5 et 2,5 millions de personnes retrouveraient rapidement du travail et l’assurance-chômage s’en trouverait rééquilibrée ;
- le retour au franc permet de régler immédiatement le problème de notre dette publique puisque la monnaie de règlement de cette dette est la monnaie qui a cours légal en France. Le remboursement de 97 % de notre dette en monnaie dévaluée redonnerait à l’État les « marges de manœuvres »qui sont effectivement inexistantes dans le système actuel ;
- la fin de l’austérité permettrait de donner un tout autre sens aux « réformes structurelles » aujourd’hui conçues dans la logique antiéconomique et antisociale de la monnaie unique.
Ce troisième point doit être examiné très attentivement car la destruction de la zone euro est une condition nécessaire mais tout à fait insuffisante quant aux objectifs de développement économique et social et de redéfinition de l’Europe. Dans un long article publié récemment sur son blog, Jacques Sapir met en garde contre le danger d’une sortie libéral-conservatrice de l’euro. Trois stratégies sont en effet possibles :
La première consisterait à laisser faire, en profitant des avantages à court terme du retour au franc sans mettre en œuvre une politique industrielle. Si tel est le cas, nous continuerons à subir les effets de l’ultra-libéralisme.
La deuxième chercherait à reconstruire une industrie nationale de milieu et de bas de gamme en se glorifiant du retour à l’emploi de millions de travailleurs tout en continuant à détruire les services publics et à baisser les salaires. Là encore, le peuple français serait floué.
La troisième stratégie profiterait des gains de productivité réalisés grâce au retour au franc pour lancer une politique d’investissements dans le secteur privé et dans les services publics. Cette politique serait accompagnée d’un effort massif en faveur de la formation professionnelle et d’une mobilisation des ressources financières en vue d’un développement conçu selon les impératifs écologiques.
Le contrôle politique de la Banque de France, le contrôle des flux de capitaux et un « changement profond du système bancaire et assuranciel » seraient les conditions premières de cette mobilisation financière dans un cadre protecteur.
Cette mobilisation économique et financière de la nation à nouveau souveraine est la seule stratégie qui permette de reconstruire le pays. Elle se heurterait à de violentes offensives à l’intérieur du pays et à de vives pressions extérieures. D’où la question posée par Jacques Sapir : quelle est la formation ou la coalition politique, qui est ou sera décidée à engager le combat frontal contre l’oligarchie et à rompre avec l’ultra-libéralisme grâce à la constitution d’un « bloc historique » réunissant les classes moyennes et populaires ?
Cette question demeure aujourd’hui sans réponse mais la campagne présidentielle devrait permettre à chacun de préciser ses projets.

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