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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 20:32
Chroniques
d'un demi-siècle
  
LETTRES
Résumons nous.
Alexandre Vialatte.
Robert Laffont.
Février 2017.
1344 pages.
 

 
Alexandre Vialatte (1901-1971), romancier et chroniqueur. Auteur de quatre grands romans - Battling le Généreux, Le Fidèle Berger, Les Fruits du Congo, Camille et les grands hommes -, de nouvelles et de chroniques pleines de finesse et de nostalgie. Publications récentes : 1968, Chroniques. (Julliard, 2008), Lettres à Maricou. (Au signe de la Licorne, 2009), Critique littéraire. (Arléa, 2010), Le Cri du Canard bleu. (Le Dilettante, 2012).
 
Présentation de l'éditeur.
Pendant un demi-siècle, Alexandre Vialatte a cultivé l'art de la chronique. Ses œuvres constituent une sorte d'encyclopédie des activités humaines vues au travers du kaléidoscope d'un observateur malicieux qui sait résumer d'une sentence, lapidaire et drôle, le fond de son propos. Nourri de textes inédits, ce recueil témoigne des différentes formes journalistiques pratiquées par Alexandre Vialatte, des années 1920 à sa mort en 1971. Il apprend son métier en collaborant à La Revue rhénane, en même temps qu'il s'initie à l'Allemagne, découvre Goethe et Kafka, et suit de près l'actualité du pays. Dans Le Petit Dauphinois, comme dans l'Almanach des quatre saisons, autre florilège de sa fantaisie, Vialatte s'en donne à cœur joie, avec la plume d'un poète, l'imagination d'un conteur, l'humour d'un savant désabusé. Les chroniques cinématographiques parues dans Bel Amour du foyer constituent un volet inattendu de son oeuvre de journaliste. Vialatte s'amuse à y distiller ses conseils et ses opinions sur des films dont il raconte l'histoire à sa manière, toujours singulière et décalée. Il a aussi tenu pendant près de dix ans une chronique dans Le Spectacle du monde, constituée de promenades littéraires plus que de véritables critiques. Là comme ailleurs, il exprime ses goûts, ses admirations avec une intelligence savoureuse, une virtuosité et une liberté de ton qui n'ont cessé d'enchanter ses innombrables lecteurs et lui valent d'occuper aujourd'hui une place prépondérante dans notre histoire littéraire.
 
L'article de Jacques Aboucaya. - Service littéraire - Avril 2017.
Alexandre le grand. « Notoirement méconnu ». Ainsi se définissait Alexandre Vialatte (1901-1971). Non sans raison. De son vivant, qui s’intéressait à son œuvre ? Qui en avait même entendu parler, sinon une poignée de lecteurs fidèles et conquis. Lesquels, il est vrai, lui vouaient un véritable culte. Une manière de société secrète, avec ses signes de reconnaissance, ses connivences. Ses codes et ses mots de passe, « les choses grandes et magnifiques », ou encore « l’homme n’est que poussière, d’où l’importance du plumeau ». Sans oublier la phrase conclusive de ses chroniques, passée dans le domaine public, « Et c’est ainsi qu’Allah est grand ». Une formule devenue plutôt hasardeuse, par les temps qui courent… Vialatte, d’abord un romancier. Celui de « Battling le ténébreux » et des « Fruits du Congo ». Fleurons d’une production prolifique, parfois inaboutie, dont on découvre toujours, à l’heure actuelle, esquisses et brouillons. Une même thématique : l’évocation, voire la célébration de cette période incertaine où l’adolescence débouche sur l’âge adulte. Toute sa vie, l’écrivain cultivera cette nostalgie. Elle court partout en filigrane, même fugitivement. Jusque dans les chroniques qui ont assis sa renommée. Elle culmine dans ses ouvrages de fiction, leur confère une commune tonalité. Et une saveur unique.
Une source d’information nourrie de son expérience intime, mais reconstruite, inlassablement remémorée. En même temps, la genèse d’un univers imaginaire, à l’originalité poignante. Peuplé de rêveries. Régi par des rites immuables, ceux des « enfants frivoles » qui lui ont fourni le titre de son premier roman. Jalonné de points de repères, l’affiche de « La Dame du Job », celle des « Fruits du Congo ». L’amitié y a force de loi. Et l’amour, évoqué avec une pudeur dont les jeunes générations n’ont guère d’exemples. Le tout baigné par un humour désabusé, une de ses caractéristiques majeures. Au risque de passer pour iconoclaste, oserais-je avancer que la complainte vialattienne me paraît plus touchante que celle du « Grand Meaulnes » ? Ce disant, j’ai bien conscience d’enfreindre un tabou. Mais quoi ! Les vaches sacrées ne sont pas toujours aussi irréfutables que l’éléphant chanté par Vialatte… Parmi les activités de celui-ci, on n’aura garde d’oublier son passage à la Revue Rhénane et son rôle dans la découverte chez nous de Kafka, dont il traduisit l’œuvre. Mais ce qui lui valut la reconnaissance posthume fut la publication, en anthologies, des chroniques hebdomadaires parues, des années durant, dans le quotidien de Clermont-Ferrand « La Montagne ». Son amie Ferny Besson en donna, en 1978, l’impulsion initiale avec « Dernières nouvelles de l’homme ». Devaient suivre une bonne quinzaine de tomes (repris en deux volumes dans la collection « Bouquins ») aux titre saugrenus, représentatifs de l’esprit de l’auteur : « Antiquité du Grand Chosier », « Éloge du homard et d’autres insectes utiles », « Chroniques des grands Micmacs », entre autres cocasseries.
Pas de doute, Alexandre Vialatte a renouvelé de fond en comble la conception de la chronique. Mieux, il en a fait un genre littéraire à part entière. Un funambule. Un magicien. Il part de rien et de ce rien il fait un monde. Peuplé d’Auvergnats, de bananes du détroit de Behring ou de loups, c’est selon. De son chapeau – ce petit chapeau de feutre qu’il soulève pour saluer le Puy-de-Dôme, sur une photographie fameuse – il tire de faux proverbes bantous et de vraies leçons de vie. Un télescopage qui lui est habituel. Sous les pirouettes, un observateur de son temps et un moraliste. L’amuseur cache un philosophe. Non un de ces philosophes de salon, plastronnants et jargonnants (suivez mon regard), mais un écrivain sensible, profond. Conscient des travers de son époque, indigné par nombre de ses dérives. Prompt à les dénoncer, mais toujours de façon plaisante. Cette veine et ce ton uniques, il les a déclinés dans divers organes de presse. Au point que le chroniqueur a fini par éclipser le romancier. Le succès des volumes tirés de La Montagne a incité les éditeurs à exploiter le filon. D’où la floraison d’anthologies thématiques, tels les « Dires étonnants des astrologues » (Le Dilettante), « Chronique des arts ménagers » (Au Signe de la Licorne), quelques autres aussi savoureuses. Parmi elles, un « Bestiaire » (Arléa) où la passion de Vialatte pour la zoologie (et, d’une façon générale, pour tout ce qui peule l’univers) n’a d’égal que son goût pour les mots rares et les rapprochements incongrus. Avec un anthropomorphiste de bon aloi : « Le découragement de l’hippopotame, assure-t-il, est une des choses les plus tristes qui soient. » Comment lui donner tort ? Dernier en date de ces recueils, « Résumons-nous ». Un échantillonnage représentatif, couvrant un demi-siècle d’activité journalistique. Des inédits, tirés aussi bien de La Revue rhénane des débuts que du Spectacle du Monde où paraissaient ses promenades littéraires, en passant par le Petit Dauphinois ou Bel Amour du Foyer, où il tint pendant quelques mois la rubrique Cinéma. Preuve que rien ne lui était étranger. En quoi cet écrivain unique était, aussi, universel.

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