Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 01:17
De l'amour, de la mort,
de Dieu et autres bagatelles
 
de Lucien Jerphagnon
Mis en ligne : [6-02-2012]
Domaine : Idées 
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Lucien Jerphagnon (1921-2011), philosophe et historien des idées. Professeur émérite des universités, il fut un des grands spécialistes français de la pensée grecque et romaine. Il a récemment publié : La tentation du christianisme avec Luc Ferry, (Grasset, 2009), La... sottise ? Vingt-huit siècles qu'on en parle (Albin Michel, 2010), Connais-toi toi-même...Et fais ce que tu veux (Albin Michel, 2012).
 

Lucien Jerphagnon, De l'amour, de la mort de Dieu et autres bagatelles, Entretiens avec Christiane Rancé. Paris, Albin Michel, août 2011, 551 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Allègre et profond, Lucien Jerphagnon, philosophe et historien, alterne souvenirs, anecdotes, réflexions piquantes ou sérieuses, dans le récit d'un étonnant parcours, qui l'a mené de Jankélévitch à saint Augustin. Le livre d'un sage qui, tels les anges loués par Chesterton, ne vole si haut que parce qu'il se prend à la légère. "Depuis les origines jusqu'à nos jours, la vocation première de la philosophie a toujours été de promouvoir en l'homme la conscience de lui-même et du monde, afin de réaliser, en lui et autour de lui, ce que les Grecs appelaient eudaimonia et les Romains beata vita, autrement dit une vie harmonieuse parce que conforme à sa destinée, et heureuse parce qu'harmonieuse..."
 
Recension de Paul Valadier. - Etudes, janvier 2012.
C’est un sage que le lecteur rencontre dans ces pages d’autant plus émouvantes à parcourir que depuis ces entretiens, l’auteur est décédé. Historien de la philosophie, passionné des univers de la Grèce antique et de Rome, grand admirateur de Vladimir Jankélévitch dont il a la vivacité et la fraîcheur, Lucien Jerphagnon fut un homme de l’étonnement : étonnement d’exister, lui dans sa singularité, étonnement que le monde soit ce qu’il est, à la fois si admirable et si cruel, étonnement que nous puissions nous ouvrir à des pensées lointaines et nous nourrir encore de leur miel. Sans complaisance aucune envers lui-même, avec plus qu’un brin d’amertume à l’égard des malheurs des temps, amertume qu’il tourne d’ailleurs gentiment en ridicule en rappelant que cette attitude fut de toutes époques, cet érudit suscite la sympathie ; voilà un beau type d’intellectuel, si rare et si précieux, que la passion du passé ne détourne nullement d’une passion vive pour le présent, mais très éloigné de tout intellectuellement correct. Il faut pénétrer dans ce livre comme on entre dans un jardin de fleurs, et butiner à son goût au milieu de ce vivier abondant de citations les plus diverses et les plus riches.

  

Publié dans : Notes Idées
Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 23:23
Guy Lavaud
(1883-1958)
 
Guy Lavaud est né à Terrasson (Dordogne) le 9 août 1883. Il fait ses études à Périgueux puis à la faculté de droit de Bordeaux. Il est successivement répétiteur, clerc d'avoué, rédacteur à la préfecture de Nantes, chef de cabinet du préfet de Loire Atlantique, secrétaire du gouvernement de la Principauté de Monaco, membre des cabinets de plusieurs présidents du conseil pendant et après la Première Guerre mondiale. En 1921, il renonce aux fonctions de cabinet et fait carrière dans la haute-administration, tout en s'intéressant de plus en plus à la peinture contemporaine. Il fonda la revue Yggdrasil, qui parut de 1936 à 1940. Déçu par la politique, il s'éloigne de la vie publique pour se consacrer entièrement à la poésie. Il meurt le 27 septembre 1958 à Saint-Germain-en-Laye. Guy Lavaud a collaboré à Vers et Prose de Paul Fort, à La Phalange de Jean Royère, au Divan d'Henri Martineau.
Poète élégiaque, Guy Lavaud se rattache au mouvement symboliste. « La poésie de Lavaud est flexible comme une liane, dit Henri Clouard. Après une période d'excessive molelesse, il a conduit sa fluidité à une plénitude de fruit magnifiquement mûr. Il fut toujours d'une clarté parfaite et coulante, capable de faire voir, en quelques vers allusifs, deux vagues qui se suivent, différentes, sur la mer ».
 
La Floraison des eaux (L'Occident, 1907); Du livre de la mort (La Phalange, 1908); Des fleurs, pourquoi... (Riéder, 1910); Sur un vieux livre de marine (Les Marges, 1918); Imagerie des mers (Emile-Paul, 1919); Marines (Le Divan, 1922); Sous le signe de l'eau (Garnier, 1927); Géographie (Editions des Iles de Lérins, 1930); Poétique du ciel (Emile-Paul, 1927); Esquisse d'un poème (Lejay, 1942); France (La Rose des Vents, 1942); Puisque tout passe (Emile-Paul, 1944); Marseillaise reviens... (Renard, 1944); Confidences des fleurs (Sorlot, 1945); Climat du soir (Emile-Paul, 1948); Art poétique (Emile-Paul, 1956); Quinze poèmes (Artisan du Livre, 1957); Choix de Poèmes (L'Amitié par le Livre, 1983).
 
 
 
Anciens bricks
 
Ils vont hauts, balancés sur l'eau comme des palmes,
Superbes éventails dont le souffle est le vent,
Ils vont blancs, une hanche inclinée à la lame,
Toute la mer tonnante au bord de l'autre flanc...
Au loin sourient La Dominique et le Vent d'île.
Saint Pierre d'autrefois, ah ! comme tu reluis.
Par tant de souvenirs : quarteronnes, métisses,
Indolences, parfums d'un sein comme la nuit !
Tout ce passé ! notre présent comme il le touche,
Qu'ils émeuvent vos noms, Alzires, Eoas,
Verroteries changées en baisers, madras rouges,
Iles de l'amour noir donné pour un grenat !
 
     
 
Guy Lavaud. (1883-1958), Imagerie des mers (1919)
 
 
Sillages
 
Sur le monde si dur dorment les douces mers,
Comme sur les comptoir les soies pâles et molles.
Parfois un grand steamer ainsi qu'un couteau clair,
Rapide, coupe en deux la lueur de l'étoffe,
Et l'on voit s'évaser d'un bord à l'autre bord,
- L'une pour l'Amérique et l'autre pour l'Europe -
Deux lames bleues, avec déjà des plis de robe,
Des dentelles de nacre et des broderies d'or.
 
     
 
Guy Lavaud. (1883-1958), Sous le signe de l'eau (1927)
 
 
Ports
 
Quand, un soir, nous serons en vue de notre mort,
Vaisseaux noirs alourdis du poids de mille rêves
Quand nous verrons, sur les vagues, entre deux crêtes,
Les lumières du golfe ou dort l'ombre du port,
Un soir quand nous seons en face de la mort,
Peut-être, matelot qui toujours guette et rêve,
Toute l'âme, envolée vers une grève d'or,
Revivra quelque vie à nouveau découverte
Un soir, quand nous seons au bord de notre mort,
Et nous, nous resterons comme des vaisseaux tristes,
Glissés, sans même un cri, dans leur néant tranquille,
Les mâts nus, la voilure amenée tout du long,
Oiseaux las à qui manque, un soir, un aileron
Quand enfin nous serons au quai de notre mort.
 
     
 
Guy Lavaud. (1883-1958), Sous le signe de l'eau (1927)
   
 

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Publié dans : Le jardin français
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