Dimanche 30 septembre 2012
7
30
/09
/Sep
/2012 00:29
Paul-Jean Toulet
(1867-1920)
(1867-1920)
Paul-Jean Toulet nait à Pau le 5 juin 1867. Ses parents, établis à l'Ile Maurice, reviennent au pays pour la naissance de leur fils. Sa
mère est apparentée à Charlotte Corday et, par elle, à Corneille. Il fait ses études chez les Dominicains, puis aux lycées de Pau, de Bayonne et de Saintes. Après son baccalauréat, il part en
décembre 1885 pour l'Ile Maurice où il mène pendant trois ans une vie désoeuvrée de jeune dandy. Il séjourne à Alger, retourne au Béarn et s'installe à Paris à partir de 1898. Il y mène une
existence de journaliste et de noctambule, se lit à Curnonsky, Jean Giraudoux, Emile Henriot, Charles Maurras, Léon Daudet, Claude Debussy et Henri de Régnier. Il fut un temps un des "nègres" de
Willy. A l'automne 1902, il s'embarque avec Curnonsky pour un reportage en Extrême-Orient; il visite Hanoï, Singapour, Canton, Hong-Kong, Ceylan, Pondichéry... De retour à Paris, il publie ses
pricipaux romans, Les Tendres Ménages, Mon Amie Nane, La Jeune Fille verte. Vers 1913, le groupe des poètes fantaisistes, Francis Carco, Tristan Derème, Jean Pellerin, Léon Vérane,
font de Toulet leur chef de file. Usé par les nuits parisiennes, l'opium et l'alcool, Toulet finit par quitter Paris en 1916, se marie et se retire au Pays Basque. Pressé par Henri Martineau, il
rassemble son oeuvre et se consacre tout particulièrement à l'édition des Contrerimes. Il meurt le 6 septembre 1920 à Guéthary. Une grande partie de son oeuvre ne sera
publiée qu'à titre posthume.
Le maître des poètes fantaisistes n'avait rien d'un chef d'école. Il fut en revanche l'inventeur d'un type de
poésie, les contrerimes, qui fait rimer avec élégance, dans des strophes courtes, les vers de six et de huit pieds. Traditionaliste, voire réactionnaire, Toulet savait que la poésie classique ne
pouvait survivre qu'en y injectant du sang neuf. Il s'y employa ave un réel bonheur. Chez Toulet, comme l'écrit son ami Henri Clouard : "Une molle rive, une colline habillée de brume, font
lever des souvenirs d'amour, recomposent une lointaine patrie et suggèrent que rien n'existe que par l'art, seul fixateur d'images : tout cela en cinquante-six syllabes".
Les Contrerimes (Emile-Paul, 1921). - Vers inédits (Le Divan, 1936). - Oeuvres, 5 vol. (Christian Bourgeois,
"10/18", 1985-1986). - Oeuvres complètes (Rober Laffont, 1986).
Bibliographie : Henri Clouard, Histoire de la littérature française, du symbolisme à nos jours (Albin Michel, 1947). –
Robert Sabatier, Histoire de la poésie française, la poésie du XXe siècle (Albin Michel, 1982). - Bernard Delvaille, Mille et cent ans de poésie française (Robert Laffont,
1991).
|
Provence
C'était sur un chemin crayeux
Trois châtes de Provence Qui s'en allaient d'un pas qui danse Le soleil dans les yeux. Une enseigne, au bord de la route, - Azur et jaune d'oeuf, - Annonçait : Vin de Châteauneuf, Tonnelles, Casse-croûte. Et, tandis que les suit trois fois Leur ombre violette, Noir pastou, sous la gloriette, Toi, tu t'en fous : tu bois... C'était trois châtes de Provence, Des oliviers poudreux, Et le mistral brûlant aux yeux Dans un azur immense. |
||
|
Paul-Jean Toulet, 1867-1920. Les Contrerimes
(1921).
|
||
|
Fleurs à Jeanne d'Arc
pour sa fête en mai
Du jardin où la fermière
Pleure en songeant à l'absent Voici la rose première! On dirait de la lumière, Hélas, on dirait du sang. Et puis voici des pensées: De mon amie, en sa fleur, Les prunelles nuancées Que l'amour fait plus foncées Avaient la même couleur. Convient-il mieux à tes larmes Le lis de candeur vêtu Dont la France orna ses armes? Ah ! Le deuil même a ses charmes Que couronne la vertu. |
||
|
Paul-Jean Toulet, 1867-1920. Vers inédits
(1936).
|
||
|
Seychelles
Mahé des Seychelles, le soir :
Zette est sur son dimanche, Et sous la mousseline blanche Brille son mollet noire. Les cases aux fraîches varangues Bâillent le long des quais ; Dans les branches d'un noir bosquet Etincellent les mangues. Tandis qu'en ses jardins fleuris Mystérieuse et belle, Rêve une pâle demoiselle Aux chapeaux de Paris. |
||
|
Paul-Jean Toulet, 1867-1920. Les Nouvelles Contrerimes
(1936).
|
||
|
|
Publié dans : Le jardin français
