Dimanche 5 août 2012
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Tristan Klingsor
(1874-1966)
(1874-1966)
Tristan Klingsor, de son vrai nom Léon Leclère, nait le 8 août 1874 à Lachapelle-aux-Pots (Oise). Il publie ses premiers vers à partir
de 1890 dans la Revue Blanche, le Mercure de France et la Plume, avant de diriger la revue La Vogue de 1899 à 1901. Ses premiers recueils sont d'une facture très classique mais
il adopte rapidement le vers libre rimé qu'il décline sous des formes très personnelles. Klingsor est également peintre (il expose à partir de 1905 au Salon d'automne et sera le portraitistes de
ses amis, les poètes du Divan et les fantaisistes), et compositeur de haute qualité. Ancien élève de l'Ecole du Louvre, il tient longtemps la rubrique des arts anciens au
Mercure de France et publie de nombreux articles ou études (Chardin, Vinci, Cézanne...) sur la peinture. Ses poèmes sont tellement faits pour la musique qu'ils inspirent de nombreux
compositeurs, parmi lesquels Maurice Ravel, Pierre de Bréville ou Charles Koechlin. Il est également l'auteur d'une comédie lyrique en vers, la Duègne apprivoisée. Klingsor reçoit en
1956 le grand prix des poètes français. Il s'éteint le 3 août 1966 au Mans.
Klingsor fut certainement un des inspirateurs de l'Ecole fantaisiste, bien que, comme l'indique Robert
Sabatier, sa dette n'ait guère été reconnue. Son monde est celui des contes de fées, du Chaperon Rouge à Schéhérazade, un monde où les idylles des princesses, des baladins, des marins perdus ou
des vizirs amoureux font alterner les plaisirs, la nostalgie et la tristesse. "Sa prosodie même est galante", nous dit Henri Clouard et Alexandre Arnoux, autre enchanteur, d'évoquer le
"poète exquis, délicat, aérien, rompu aux rythmes rigoureusement libres, abondant en images transparentes et irisées, un des plus purs et des plus nécessaires de son temps". Une
poésie savoureuse, charmante sans être jamais précieuse, moderne tout en restant vivante, qui mériterait d'être redécouverte.
Filles-Fleurs (Mercure de France, 1895). - Squelettes fleuris (Mercure de France, 1897). - L’Escarpolette
(Mercure de France, 1899). - Le Livre d'Esquisses (Mercure de France, 1902). - Schéhérazade (Mercure de France, 1903). - Le Valet de Cœur (Mercure de France,
1908). - Poèmes de Bohème (Mercure de France, 1913). - Chroniques du Chaperon et de la Braguette (Sansot, 1911). - Humoresques (Edgar Malfère, Amiens,
1921). - L'Escarbille d'or (Chiberre, Paris, 1922). - Poèmes du Brugnon (Edgar Malfère, Amiens, 1933). - Khalif ou pauvre, Mesures pour rien (in
Poésie 42, 1942). - Cinquante Sonnets du Dormeur éveillé (Compagnie des bibliophiles de la pipe et de l'escargot, 1949). - Le Tambour voilé, (Mercure de France, 1960).
- Florilège poétique (L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1955). - Poèmes de la princesse Chou (Athanor, 1974).
Bibliographie : Henri Clouard, Histoire de la littérature française, du symbolisme à nos jours (Albin Michel, 1947). –
Robert Sabatier, Histoire de la poésie française, la poésie du XXe siècle (Albin Michel, 1982).
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Jeux d'Anjou
Anjou,
Ciel, toits et Loire de cendre bleue, Et fines ailes des moulins tournant un peu, Quand le vent joue; Maisons blanches et saules d'argent Mirant dans l'eau vos tons si doux, Que de fois je me surprends songeant Secrètement à vous ! Et plus encore sans doute, A cette fille de Champtocé Arrêtée sur le bord de la route Et qui souriait quand je suis passé. Bords argentés de Loire Beau pays des yeux gris Entre les boucles noires, Que je vous chéris ! Maisons blanches dormant dans les prés Ou les vignes, Sous les toits bleus d'ardoise fine, Jamais sans doute ne vous oublierai, Ni la molle Angevine. |
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Tristan Klingsor(1874-1966). Le Divan (1926).
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La balancelle
Si tu pouvais aller vers le pays ou dort
Celle qui fit mon cœur si lourd, Je te ferais mettre toutes voiles dehors O balancelle de Collioure. Pour me retenir le roi de Majorque M’offrirait en vain Sa fille aux joues ocres Et cent vingt mille morabotins D’or. Malgré le regret, Belle ville rose et bel azur noir Du port, Dès ce soir, déchirant la soie d’eau, dès ce soir Je partirais. Mais parée de jaune et vert comme un jeune ara, La balancelle est sur le sable Et pour le pays inconnaissable Jamais elle n’appareillera. |
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Tristan Klingsor (1874-1966). Poèmes du Brugnon (1932).
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Paysage
Les arbres du jardin,
Se découpent dans l'air léger du soir Comme s'ils étaient peints Sur une fine soie; Le bel oiseau gris qui se balance Sur la branche d'un pêcher fleuri Se garde de troubler le silence D'un seul cri; Tout dort, Et la lune qui se mire dans l'eau du lac Est comme une mince barque Au milieu d'un parc illuminé d'or. |
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Tristan Klingsor (1874-1966).
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Publié dans : Le jardin français
