Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 23:14
John-Antoine Nau
(1860-1918)
 
John-Antoine Nau, de son vrai nom Eugène Torquet, nait de parents français à San Francisco le 19 novembre 1860. Sa famille était originaire de Bolbec, en Normandie. Il arrive en France très jeune, avec sa mère, restée veuve. Il fait ses études au lycée du Havre puis à Paris. Dès 1881, il s’embarque comme timonier à bord d’un voilier pour les Antilles et Haïti. Rentré en Europe en 1886, il commence une existence errante qui durera trente-deux ans et le mènera à Malaga, aux Canaries, aux Baléares, en Corse, dans le midi de la France, en Espagne et en Algérie. Il reçoit en 1903 le premier prix Goncourt pour son roman Force ennemie. Il meurt à Tréboul (Finistère, le 17 mars 1918. Il a collaboré aux Ecrits pour l’Art, à la Revue Blanche, à la Plume, à Vers et Prose, et à La Phalange.
John Antoine Nau est l'un des poètes les plus neufs de sa génération. Il a découvert un symbolisme nouveau : celui de la couleur. Et la couleur chez lui est une musique. Jean Royère, son biographe et son annonciateur, à qui l'on doit la publication de ses œuvres posthumes, le considère comme un créateur au moins égal à Baudelaire. « S’il y a un lyrisme aux épices et un exotisme vanillé, dit Henri Clouard, c’est bien la poésie de Nau qui en porte la cargaison ».
 
Au seuil de l'Espoir (Vanier, 1897); Hiers bleus (Messein, 1904); Vers la fée Viviane (La Phalange, 1908); En suivant les goélands (G. Crès, 1914); Poèmes triviaux et mystiques (Messein, 1924).
 
 
 
Sur l'arc vert...
 
Sur l’arc vert de la plage apaisée
Où le matin mélodieux descend,
Ta maison pâle entre les palmes balancées
Est un sourire las sous un voile flottant.

Ces longs stores sont des paupières affligées;
Des fleurs se meurent dans la nuit des banyans,
Des fleurs du violet velouté si souffrant
De tes doux yeux couleur de pensée.

Ces lourds parfums égarants, confondus,
Des bosquets fragrants comme des temples d’Asie…
… Brouillards embaumés sur l’horizon défendu ?

Est-il vrai qu’il soit cruellement revenu,
Cédant à quelque nostalgique fantaisie,
Trop tard, le trop aimé que tu n’attendais plus ?
 
     
 
John-Antoine Nau. (1860-1918), Hiers bleus (1904)
 
 
La goélette
 
La femme rude, à l'air hagard, aux yeux meurtris,
Qui regarde, penchée à sa haute fenêtre,
Le port, gouffre étroit dans les rocs fauves et gris,
Puis le ciel floral où des étoiles vont naître,
L'exquis et triste vol des goélands dans l'air,
Le doux adieu lilas des falaises voisines,
Les clochers roses qui veillent sur les collines.
Et la ville, au grand jour dure neige de pierre,
Qui darde maintenant sa flèche incarnadine
Vers les nuées où glissent des formes changeantes,

La femme navrée aux prunelles expectantes
Dont le regard, obstinément revient au port,
Ne voit plus, sur les courtes vagues mutinées,
La noire goélette roulant bord sur bord
Ou se cabrant en virevoltes forcenées,
Comme prête à briser la chaîne qui la tient
Mouillée à l'abri des récifs grondants, mais bien
Une âme sombre qui bondit, emprisonnée.
 
     
 
John-Antoine Nau. (1860-1918), Vers la Fée Viviane (1908).
 
 
Plages
 
Il en est d'un blanc pur, brillant, presque argenté;
J'en sais d'un noir roux de feu mort,
Enfers près des candeurs mourantes des jetées;
J'en sais d'or — et d'ajoncs — sous le ciel vert du Nord,
Bosquets nains, micacés par les vagues heurtées.

Et la plage rose, à l'aube incarnat,
Parterre en sable fin, je la suis comme en rêve,
Longue, longue, sous le ciel de grenats !
Et les bulles d'écume en pâles rubis crèvent
Sur la douceur florale de la grève,
Sur la plage rose à l'aube incarnat.

D'autres s'incurvent sous l'enlacement des branches
Flagellées par le vent salin, —
— Dansez, feuilles et fleurs, aux plis des mousses blanches! -
Frigide, un autre dort sous un ciel hyalin,
Dans les parfums brefs, sous les bises franches.

Et la lointaine, si voilée au crépuscule, —
Dont le fier horizon strié d'or violet
S'apaisait lentement sous des brumes de tulle,
La rouge où le sang du soleil coulait,
La blonde où la grotte ouvrait un mauve palais, —
Et la lointaine, si voilée au crépuscule!

J'en sais une douce et tiède, un miroir
De rêves gris et de mélancolies,
Où de tristes beaux yeux se mirèrent un soir
Et qui reflète un si douloureux désespoir
Dans les vagues remous de ses nacres pâlies !
 
     
 
John-Antoine Nau. (1860-1918), En suivant les Goélands (1914)
   
 

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Publié dans : Le jardin français
Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 16:12
Dictionnaire de
la Contre-Révolution
 
sous la direction de Jean-Clément Martin
Mis en ligne : [24-01-2012]
Domaine : Idées 
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Jacques-Clément Martin, né en 1948, est historien. Professeur émérite à la Sorbonne, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la révolution française, les guerres de Vendée et la Contre-Révolution. Il a récemment publié: La Terreur, part maudite de la Révolution (Gallimard, 2010), Marie-Antoinette (Citadelles-Mazenod, 2010).
 

Jean-Clément Martin (dir.), Dictionnaire de la Contre-Révolution. Paris, Perrin, octobre 2011, 551 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Hors des polémiques et des prises de positions partisanes, un ouvrage ambitieux qui analyse d'un oeil neuf un mouvement peu étudié et mal connu, mais décisif dans l'histoire politique et des idées depuis 1789. La Révolution française a été considérée immédiatement comme une rupture dans l'histoire de l'humanité. Contre elle, des hommes politiques, des penseurs, des théologiens, puis des masses populaires ont manifesté des refus vite qualifiés de "contre-révolutionnaires". La Contre-Révolution s'identifie alors à l'attachement aux valeurs dynastiques, au respect des hiérarchies traditionnelles, à la défense de la religion catholique ainsi qu'au maintien des pratiques régionales, si bien que, dès la fin du XVIIIe siècle, un combat européen puis mondial s'instaure entre les principes de la Révolution et ceux de ses adversaires. Dans les décennies suivantes, les carlistes espagnols, les miguélistes portugais, les insorgenti italiens, les zouaves pontificaux, mais aussi les "positivistes" d'Amérique latine deviennent les propagandistes d'une idéologie aux multiples facettes, avant que les régimes communistes retournent la situation en utilisant la Contre-Révolution comme un épouvantail pour éliminer leurs opposants. Ce dictionnaire, réalisé par une quarantaine de spécialistes, est la première synthèse d'un phénomène qui a joué un rôle considérable dans de nombreux domaines : social, politique, philosophique, religieux et littéraire.
 
Critique de Pascal Beaucher. - Royaliste du 12 décembre 2011.
Jean-Clément Martin qui dirige à la Sorbonne l'Institut d'Histoire de la Révolution française, a réuni une équipe qui a largement étudié l'éventail du phénomène. L'Histoire est écrite par les vainqueurs, c'est bien connu, l'avantage des révolutions tient à ce que ces vainqueurs peuvent changer au gré du temps et livrer à chaque fois des données nouvelles et multiplier les angles de vue. L'ouvrage fait évidemment la part belle au mouvement de rejet et/ou de combat de la Révolution française. Y sont passés en revue tant les phénomènes intellectuels que les combats, les événements et les hommes. On y parle de la presse, des intellectuels, des groupes sociaux, de courants d'idées qui pour n'avoir pas tous eu de postérité n'en demeurent pas moins à étudier. Les mouvements armés y tiennent une bonne place. Les notices concernent des gens que l'on connaît bien et sur lesquels il est passionnant d'avoir un nouvel avis : Barruel, Berryer, Maistre, Bonald, Daudet, Chateaubriand et tant d'autres. Certains moins connus, voire totalement tombés dans l'oubli , sont tout aussi intéressants. La concision nécessaire à l'écriture de petites notes pousse leur auteur à la précision, à la clarté et à la synthèse, ce qui pour certains des objets étudiés tient beaucoup de la gageure, ici avec une large réussite. Mieux encore, il y est question de bien des phénomènes hors de nos frontières qui sont passionnants. Bien sûr vous emmènera-t-on en Russie et en Chine mais tout autant au Brésil ou en Amérique hispanique. Bien des phénomènes connus à l’étranger sont passés en revue. Plein de choses à y apprendre avec le plaisir inhérent à la forme de l'ouvrage. Les entrées vont de quelques lignes à deux ou trois pages. Bien évidemment, on pourra toujours discuter tel ou tel aspect, regretter qu'il y manque ceci ou cela; trouver qu'une interprétation donnée à tel ou tel évènement peut au moins se discuter. C'est un point à mettre encore à l'actif de ce travail : on y trouve à redire. Le livre ne fait pas dans le monumental ce dont on remercie J.-C. Martin. C'est abordable, les talents d'écriture sont, disons, contrastés mais plutôt bons en général. Certains articles vous surprendront, d'autres vous irriteront mais tous peuvent vous apprendre quelque chose sur des sujets par fois étonnants. Ce que l'on sait déjà est toujours à rafraîchir mais j'avoue quand même que- malgré le talent de Jordi Canal- j'ai toujours grand mal à appréhender le Carlisme...

A lire également : Antoine de Baecque, "Contre-Révolution : vérités et contre-vérités". - Le Monde du 25 novembre 2011.

  

Publié dans : Notes Idées
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