Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 01:17

L'universalisme                        

européen          

 

par Immanuel Wallerstein

Mis en ligne : [21-11-2008]

Domaine : Idées

 


l-universalisme-europeen.jpg


Né en 1930, Immanuel Wallerstein est un sociologue américain. Inspirée à la fois par Karl Marx et par Fernand Braudel, son oeuvre met en avant l'unité et les contradictions du "système-monde" capitaliste, organisé en centre, semi-périphérie et périphérie.  Pour lui, ce "système-monde" porte comme unique valeur la marchandisation des choses. Les ressources naturelles, les terres, la main-d’œuvre mais également les relations humaines se font peu à peu arracher leur valeur « intrinsèque » et sont transformés en marchandises sur un marché qui dicte leur valeur d’échange. Il est l'auteur de L'Après-libéralisme : Essai sur un système-Monde à réinventer (Éditions de l'Aube, 1999), L'histoire continue (Editions de l'Aube, 1999), L'Utopistique, ou les choix politiques du XXe siècle (Éditions de l'Aube, 2000), Une nouvelle phase du capitalisme ?  (Ed. Syllepse, 2001).

 


Immanuel Wallerstein, L'universalisme européen, De la colonisation au droit d'ingérence,Paris, Démopolis, Février 2008, 137 pages. 


Né au XVIe siècle, le concept d'universalisme européen a servi à justifier le colonialisme. Sous la forme du droit à l'ingérence, il légitime aujourd'hui les interventions des Etats et des ONG dans le monde. Pour Immanuel Wallerstein, la défense des droits de l'homme, la notion de choc de civilisations, l'absence d'alternative au néolibéralisme sont trois formes contemporaines de l'universalisme européen. Il appelle ici à un véritable universalisme au service du bien commun.

Immanuel Wallerstein traque la logique du monde depuis un demi-siècle. Sociologue, africaniste de formation (...) Son grand oeuvre, en trois volumes, retrace l'histoire du «système-monde moderne», terme qu'il a forgé à partir du concept d'«économie-monde» par lequel Fernand Braudel décrivait la Méditerranée. Dans un système-monde, les Etats, les frontières, les hiérarchies nationales sont des concepts «relationnels» (...) «L' accumulation illimitée est un concept relativement simple : les hommes et les entreprises accumulent du capital dans le but d en accumuler encore et encore», explique-t-il dans un précédent ouvrage (...) Pour le dire autrement : le système-monde où nous vivons est l'autre nom du capitalisme.
Telle une horlogerie subtile, il est animé de forces contradictoires qui travaillent dans un déséquilibre permanent. Les Etats périphériques sont allégrement pillés, mais leur main-d'oeuvre sert de réservoir pour contenir la hausse des salaires ; les entreprises du centre récusent l'immixtion de l'Etat dans leurs affaires, mais ne sauraient vivre sans la protection qu'il leur assure (droit de la propriété, prise en charge des infrastructures) ; elles préfèrent utiliser des «sous-prolétaires» corvéables à merci, mais, ayant besoin de consommateurs, elles finissent par en faire de véritables «prolétaires», mieux formés, mieux payés, capables de revendiquer, etc. Tout concourt à pousser le «système-monde» à «son asymptote», à ses limites, prélude à la transition vers sinon un nouveau système, du moins une nouvelle hégémonie au sein des Etats du centre, une nouvelle superpuissance capable de fixer les règles du jeu.
Prophète inlassable du déclin de l'empire américain, Immanuel Wallerstein est un participant assidu des forums sociaux mondiaux depuis leur création . L'altermondialisme est-il la promesse d'un autre «système-monde» ou bien les rouages sont-ils condamnés à de simples ajustements des positions étatiques ? En résumant à outrance : un autre monde, et donc un autre universalisme, est-il réellement possible ? C est précisément le sujet de son dernier livre, déconstruction méthodique de «l'universalisme européen» comme idéologie du système-monde. «Ceux qui dominent ont le besoin constant de se sentir moralement et historiquement justifiée par leur position de domination collective et leur statut de récipiendaires privilégiés du surplus économique généré par le système.» D ailleurs, dans sa version originale, l'ouvrage est sous-titré The Rhetoric of Power.
De cette rhétorique du pouvoir, Wallerstein identifie trois «variantes» aussi vieilles que le système-monde lui-même : le droit d'ingérence, l'orientalisme et la notion de vérité scientifique. Le droit d'ingérence, par exemple, loin d'avoir été inventé par Bernard Kouchner, fut débattu dès 1550 lors de la controverse de Valladolid. Le théologien espagnol Sepúlveda y justifia les conversions forcées et les massacres d Amérindiens, ces «barbares» dont les sacrifices humains violent la «loi naturelle» et continueront de la violer si rien n'est fait ; et dont l'idolâtrie empêche la propagation de la parole de Dieu. Quatre arguments qui «ont servi par la suite à justifier toutes les ingérences des civilisés du monde moderne dans les zones non civilisées : la barbarie des autres, le devoir de mettre fin à des pratiques qui violent des valeurs universelles, la défense des innocents face à la cruauté des autres, la nécessité de faciliter la diffusion des idées universelles.» De même, science des civilisations «autres», l'orientalisme fut dès sa conception l'instrument de cet ethnocentrisme singulier qu'est l'universalisme européen.


Partager cet article

Repost 0

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche