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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 21:07

Otan : un débat pour rien

 

Ceux qui pensaient que le retour de la France dans l'OTAN serait l'occasion d'un grand débat politique en sont pour leurs frais. C'était trop demander à nos institutions démocratiques. Et c'était trop demander au Premier ministre et aux dirigeants de l'UMP, qui ne souhaitaient pas que cette question envenime les rapports au sein de la majorité. L'affaire a donc été traitée de la façon la plus politicienne qui soit.  L'Assemblée nationale, après une journée d'échanges inodores et sans saveur, a sagement conclu ses travaux par un vote de confiance au gouvernement. Les défections ont été peu nombreuses au sein du parti majoritaire[1] et les interventions de l'opposition sont restées on ne peut plus mesurées. En marge de la discussion parlementaire, chacun a cherché à tirer son épingle du jeu : MM.Jospin et Juppé en exposant leurs états d'âme, M.Villepin en réglant ses comptes avec le chef de l'Etat, M. Fabius avec les euro-atlantistes du PS,  M. Bayrou avec ses ex-amis du centre et de la droite. Seul Hubert Védrine s'est vraiment montré à la hauteur du sujet mais sa voix n'a trouvé de relais ni dans les grands médias ni dans l'enceinte parlementaire.

On pouvait prévoir ce résultat lamentable. Comme l'indiquait fort justement Laurent Zecchini dans une chronique du Monde[2], « la messe atlantiste » était dite d'avance et le pouvoir n'entendait pas qu'on trouble le jeu. Le chef de l'Etat n'avait il pas annoncé la couleur dès l'été 2007, à peine quelques mois après son élection ? N'a-t-il pas pris le soin, lors de chacun de ses déplacements aux Etats Unis ou dans le cadre de l'Alliance Atlantique, de marteler l'idée d'un retour rapide de la France dans le bercail américain ? N'a-t-il pas nommé à la tête de notre diplomatie ou de nos armées, deux hommes, MM. Kouchner et Morin, qui sont les purs produits, l'un à gauche, l'autre à droite, de l'atlantisme français ? Autant de signes tangibles que ce projet était muri de longue date, même si M. Sarkozy s'est bien gardé d'en parler dans son programme présidentiel.

A défaut de débat, on pouvait au moins attendre du Président de la République qu'il présente et qu'il défende son projet. Il s'y est essayé en prononçant, le 12 mars dernier, devant la Fondation pour la recherche stratégique, un discours qui se voulait pédagogique mais qui a été finalement mal reçu. En affirmant que sa décision n'amènerait aucun changement dans la ligne politique, diplomatique et militaire de la France, M. Sarkozy était peu crédible. Si c'était vrai, pourquoi alors réintégrer l'organisation militaire, pourquoi reprendre notre place au sein de ses comités de planification, pourquoi prendre le risque - puisqu'in fine il s'agit bien de cela - de placer nos forces sous un commandement qui ne sera pas le nôtre, dans des conflits qui ne seront pas les nôtres ? A ces questions essentielles, aucune réponse n'était apportée.

Quant au projet de défense européenne, présenté il y a quelques mois encore comme la première justification de ce retour dans l'OTAN, M. Sarkozy n'y consacrait que quelques phrases, comme s'il n'y croyait plus lui-même. Aurait-il pris conscience, à l'instar du général de Gaulle, que ce projet ne répond à aucune attente ? Tout au moins tant que les principaux états européens, à commencer par le Royaume Uni et l'Allemagne, préféreront le giron diplomatique et militaire des Etats Unis au projet d'une Europe indépendante. Serge Halimi le dit excellemment dans la dernière livraison du Monde diplomatique[3] : la soit-disante « future défense collective européenne à laquelle s'est rallié le chef de l'Etat français s'organisera uniquement dans le giron de l'Alliance Atlantique. Mêlant missions civiles et militaires, elle n'hésitera pas à se déployer très loin de l'ancien rideau de fer, jusqu'aux confins du Pakistan ». Nous voici donc embarqués de gré ou de force dans une Sainte Alliance militaire et politique, dont nous ne maîtrisons ni les moyens, ni les fins.

Mais le plus grave n'est peut-être pas là. Chaque jour nous le confirme : l'avenir de la planète ne se dessine plus simplement à Washington, à New York, ou sur l'illusoire « Côte Ouest ». L'emprise de la Chine et de l'Inde sur l'ensemble de l'Asie, l'émergence d'un nouveau Japon, le retour de la Russie dans toute sa puissance, l'affirmation du Brésil et de l'Argentine sur le continent sud américain... Voilà que se mettent en place les nouveaux acteurs du monde multipolaire de demain. Voilà que l'imperium militaire et économique américain, qui a dominé la fin du siècle dernier se trouve bousculé, contesté, rejeté. Et c'est à l'heure précise où la France peut retrouver des marges de manœuvre dans un jeu mondial à nouveau ouvert que nos dirigeants décident de nous claquemurer dans des alliances désuètes. Voilà la vraie faute de M. Sarkozy. C'est d'abord une faute contre l'esprit.

Que l'on ne s'y trompe pas, tout cela ne durera qu'un temps. Si l'opinion française a aujourd'hui d'autres soucis en tête que la politique étrangère, elle reste très sensible aux sujets qui touchent à notre liberté et à notre indépendance. La rue française a massivement suivi M. Chirac dans son refus d'intervenir en Irak. Au premier conflit auquel nous serons sommés de participer, à la première « sale guerre » dans laquelle nos forces seront aventurées - et l'Afghanistan prend chaque jour cette mauvaise tournure - la rue française réagira. Et le pouvoir capitulera, comme il capitule aujourd'hui en rase campagne à la première grogne universitaire ou au premier conflit social un peu chaud. Il ne reste plus qu'à attendre le jour et l'heure.

C'est pourquoi on aurait tort de dramatiser à l'excès ce qui vient de se passer. Ce qu'un mauvais gouvernement a fait, un moins mauvais le défera demain. L'épisode de l'OTAN nous administre en revanche une nouvelle preuve de la rigidité idéologique, du peu de savoir-faire des hommes qui nous dirigent et de leur manque de courage. A l'heure, qui n'est plus si lointaine, où les comptes devront être réglés avec M. Sarkozy et sa triste équipe, c'est cet aveuglement, ce manque de clairvoyance et d'intelligence politique que les Français sanctionneront en premier lieu.

François Renié.

 


[1]. Raison de plus pour saluer le courage des dix députés UMP, des huit députés non-inscrits qui, avec  l'ensemble des 229 députés de gauche, ont refusé leur confiance au gouvernement Fillon.

[2]. Laurent Zecchini, « La France et l'OTAN, la messe atlantiste est dite », Le Monde, 11 mars 2009.

[3]. Serge Halimi, « A quoi sert l'OTAN ? », Le Monde diplomatique, mars 2009

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François Renié - dans Politique
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