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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 08:38

Proudhon et la Révolution

 

L'excellent site des Cahiers français célèbre le bicentenaire de la naissance de Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), en publiant des extraits peu connus de son oeuvre, ainsi que des commentaires de celui qui fut son continuateur et son disciple, Georges Sorel.

Parmi ces textes - dont certains sont de la plus vive actualité au regard de la crise économique, sociale et morale que nous traversons - , voici quatre passage qui illustrent on ne peut mieux le regard critique que Proud'hon portait sur la Révolution française, la société et la classe dirigeante qui en sont issues :

"Le principe de centralisation, largement appliqué par le Comité de Salut Public, passa en dogme chez les jacobins, qui le transmirent à l'Empire et aux gouvernements venus à la suite. Telle est la tradition malheureuse qui a déterminé, en 1848, la marche rétrograde du gouvernement provisoire, et qui fait encore à ce moment toute la science, qui alimente toute la politique du parti républicain."

"A force de préoccupations politiques, nous avons perdu de vue l'économie sociale. C'est ainsi que le parti démocratique lui-même, l'héritier de la première révolution, en est venu à vouloir réformer la Société par l'initiative de l'Etat, créer des institutions par la vertu prolifique du Pouvoir, corriger l'abus, en un mot par l'abus même. Cette fascination dominant les intelligences, la Société tourne dans un cercle de déceptions, poussant le capital à une agglomération toujours plus écrasante, l'Etat à une extension toujours plus tyrannique de ses prérogatives, la classe travailleuse à une déchéance physique, morale et intellectuelle, irréparable." 

"Il dut s'ensuivre que la nouvelle société, à peine conçue, demeurât à l'état embryonnaire ; qu'au lieu de se développer dans l'économie, conformément à sa loi, elle languit dans le constitutionnalisme ; que sa vie fut une contradiction perpétuelle ; qu'à la place de l'ordre qui lui est propre, elle offrit partout corruption systématique et misère légale ; enfin que le pouvoir, expression de cette société, reproduisant dans son institution, avec la fidélité la plus scrupuleuse, l'antinomie des principes, se trouvât dans le cas de combattre toujours la nation, et la nation dans la nécessité de frapper sans cesse le pouvoir. En résumé, la Société que devait créer la Révolution en 89 n'existe pas ; elle est à faire."

" Ainsi, tandis que le problème posé en 89 semblait officiellement résolu, au fond il n'y avait rien de changé que la métaphysique gouvernementale, ce que Napoléon nommait idéologie. La liberté, l'égalité, le progrès avec toutes leurs conséquences oratoires, se lisent dans le texte des constitutions et des lois ; il n'en est vestige dans les institutions. Une féodalité ignoble - basée sur l'agiotage mercantile et industriel, le chaos des intérêts, l'antagonisme des principes, la dépravation du droit - a remplacé l'ancienne hiérarchie des classes ; les abus ont quitté la physionomie qu'ils avaient en 89, pour reprendre une autre organisation ; ils n'ont diminué ni de nombre ni de gravité."

Nous reviendrons plus complètement sur l'héritage de Proudhon, sur sa conception d'un socialisme à la française - socialisme des producteurs et des créateurs, d'essence aristocratique -  sur sa pensée exigeante, à la fois critique et constructive, qui peut trouver aujourd'hui de nouveaux points d'application.

Claude Arès.

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