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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 21:10

Un rebelle

 

Il y a des hommes politiques qui ont du mal à se faire à l'idée qu'ils ne sont plus aux affaires et que plus personne ne veut les voir. Jean-Pierre Raffarin fait partie du lot. Il est vrai que, ces dernières années, la vie n'a pas été tendre pour lui : éjecté du pouvoir en 2005, après avoir battu des records  d'impopularité, chassé de la présidence de la région Poitou-Charentes, battu par Gérard Larcher à la présidence du Sénat, indésirable - ou presque - à l'UMP, il lui reste tout juste son mandat de sénateur pour pleurer. Comme celà n'occupe guère son homme, il s'est fait une spécialité de la communication tous azimuts. Il dit son mot sur tout, le plus souvent pour ne rien dire. Parfois, il vaudrait mieux qu'il se taise.

En témoigne l'entretien qu'il donne ce soir au Monde et qui traite à la fois de l'Europe et de la situation sociale[1]. Sur l'Europe, Raffarin nous joue la "rupture" façon Sarkozy: "Je souhaite une Europe rebelle, dit-il très sérieusement, notamment face à la financiarisation du monde (...). Une Europe qui tranche avec la politique des compromis et des petits pas, qui prévaut depuis cinquante ans.(...) Pour celà, l'UMP doit affirmer une rupture dans le projet européen ".

Après tant d'ambition, de volontarisme et de résolution, on attendait notre rebelle sur les conflits sociaux. Et là, curieusement, le discours change du tout au tout. Oubliée la rupture. Ce qui importe c'est de "faire respecter l'Etat de droit en matière sociale", de juguler avec "fermeté" les séquestrations de patrons, faute de quoi l'attractivité du pays en pâtira. M. Raffarin n'y va d'ailleurs pas de main morte en matière de justice sociale: pour lui "les hauts revenus sont taxés à 50%, ce qui est déjà beaucoup" et il n'est évidemment pas question de remettre en cause les indemnités de départ d'un patron, un contrat étant un contrat. Les milliers de salariés qui craignent pour leur avenir apprécieront !

Après tout pourquoi ne pas aller jusqu'au bout du raisonnement de M. Raffarin. S'il est vrai que les séquestrations de patrons font mauvais genre à l'étranger, et qu'elles risquent de nous faire perdre quelques dollars d'argent sale ou la considération des rapaces de Wall Street, une autre possibilité s'offre aux salariés en colère : celle de faire battre aux prochaines élections tous les hommes politiques inutiles! Gageons même que cela ferait sérieusement remonter la cote de la France dans les pays qui jugent que notre classe politique est nulle et prétentieuse. Et Dieu sait s'ils sont nombreux !

Mais trève de plaisanterie. Les déclarations de l'ancien Premier ministre doivent être prises au sérieux. Elles sont révélatrices de ce que pense aujourd'hui une partie de la classe dirigeante, celle qui n'a toujours rien appris, ni rien compris de l'histoire. Commentant il y a un siècle les évènements sanglants de Draveil, Charles Maurras affirmait que "la guerre des classes naîtra toutes les fois qu'une classe parlera du devoir des autres au lieu d'examiner si elle a fait le sien"[2]. Dans les temps difficiles que nous allons connaître, il faut espérer que la bourgeoisie française, dans sa plus grande part, saura se souvenir des devoirs qui sont les siens.

Hubert de Marans.



[1]. Le Monde, 26 et 27 avril 2009.
[2]. Charles Maurras, "la question ouvrière", L'Action française, 30 juillet 1908.

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Hubert de Marans - dans Politique
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