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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 17:47

L'aveuglement

 

Qu'on le veuille ou non, le 1er Mai unitaire aura été une parfaite réussite. Plus d'un million de manifestants ont défilé dans toute la France, soit six fois plus que l'an dernier. Après le succès des deux journées d'action des 29 janvier et 19 mars derniers, il est incontestable que le mouvement de protestation sociale prend chaque jour un peu plus d'ampleur. On n'avait pas vu de tels rassemblements depuis les évènements de 68.

La protestation s'est cristallisée comme il se doit autour des conflits sociaux les plus durs, ceux qui concernent les filiales de plusieurs grands groupes étrangers. A Paris, à Toulouse, à Marseille, à Grenoble, à Metz ou ailleurs, ce sont les travailleurs de Continental, de Molex, de Caterpillar, de Freescale ou d'Arcelor Mittal qui tenaient le haut du pavé, exprimant l'amertume et la colère de milliers de salariés menacés par les fermetures de sites, les réductions d'effectifs sauvages, les délocalisations.

Tous les observateurs ont également relevé la parfaite maîtrise de ces défilés. Aucun incident à signaler, ni à Marseille, ni à Toulouse où le climat social est pourtant très lourd, ni en fin de cortège à Paris. Les manifestants n'ont cédé à aucune provocation, malgré la présence démesurée des forces de l'ordre, et ont refusé toute récupération politique. L'extrême gauche trotskiste, que le pouvoir accuse chaque jour de manipuler le mouvement social, a été reléguée en queue de cortège. Quant aux troupes socialistes, sagement rassemblées rue Soufflot en retrait du cortège principal, elles ont été copieusement huées par la foule parisienne.

Devant tant de sang froid et de détermination, on guettait la réaction du gouvernement, on attendait des paroles de compréhension, une volonté de dialogue. C'était trop attendre. Le pouvoir a cherché au contraire toute la soirée à minimiser l'évènement. Le petit Chatel, sous ministre à l'industrie, qui s'est récemment illustré par son incompétence crasse dans l'affaire Heuliez, fanfaronnait en parlant d'une mobilisation "un petit peu supérieure à la moyenne des 1er Mai précédents".  Hortefeux jetait, selon son habitude, de l'huile sur le brasier en annonçant la réouverture du dossier du travail du dimanche !  Rue de Grenelle comme à l'Hotel Matignon, on assurait que le gouvernement ne changerait pas de stratégie, qu'il ne bougerait pas d'un iota et qu'il n'y avait plus de grain à moudre. Il est vrai que l'on a déjà tout donné aux banquiers faillis, aux patrons en déconfiture, aux gros porteurs en mal de se refaire.

Le pouvoir a grand tort de prendre les choses sur ce ton. En évaluant mal l'état moral du pays, en traitant de haut les centrales syndicales avec lesquelles il aurait tout intérêt à composer, il prend de gros risques. Pour le moment, l'obsession des états-majors syndicaux, c'est l'unité d'action pour négocier en force. Que cette stratégie s'avère inopérante, faute d'interlocuteurs gouvernementaux, et l'on verra se développer à grande échelle des actions plus radicales. Ce n'est pas un hasard si ce weekend amenait, avec les défilés, des sondages franchement mauvais pour le chef de l'Etat, un bilan jugé mauvais par 63% des Français et une désaffection de plus en plus massive de la classe moyenne. Qui sème le vent....

Henri Valois.

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