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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 22:32
La chute de la Maison Delors

Avis de tempête sur le Parti socialiste. A moins de quinze jours du scrutin européen, le PS  ressemble chaque jour davantage à un bateau ivre, sans pilote et sans gouvernail, qui s'avance, résigné, vers son triste sort. Mme Aubry a beau s'être mise elle-même à la manoeuvre, elle peut bien décréter le branle-bas de combat, la mobilisation générale, lancer ses ordres du jour et ses directives, plus rien ne répond. Les mauvais sondages tombent les uns derrière les autres, Bayrou menace, Cohn-Bendit grignote, Besancenot ricane et Fillon compte les points. Quant aux militants et aux cadres, ils n'ont jamais vraiment adhéré à cette morne campagne, qui plus est sans enjeu local; ils restent chez eux et attendent le passage du "trou d'air", en croisant les doigts pour que le 7 juin ne ressemble pas à un certain 21 Avril.

Décidément, l'Europe ne porte plus chance aux socialistes. Le référendum européen de 2005, qui avait placé le PS à deux doigts de l'explosion, continue, encore aujourd'hui, à  entretenir un climat belliqueux entre les courants. La querelle a failli repartir en 2008, au moment de la ratification du Traité de Lisbonne, jusqu'à ce que les deux ennemis d'hier, Fabius et Hollande, fassent volte face et sauvent l'unité du Parti au prix d'un déni de référendum. Un épisode peu glorieux, qui a fini par écoeurer et faire partir une bonne partie des nouveaux militants ralliés, pendant la présidentielle, au discours "national" de Mme Royal. Et puis, aujourd'hui, cette campagne décevante des européennes, qui s'achève sans avoir vraiment commencé et dont on pressent qu'il ne sortira rien de bon...

On raconte que, depuis quelques jours, l'ambiance est à nouveau électrique, rue de Solférino. Chacun y va, y compris dans le premier cercle, de ses petites phrases, de ses critiques et de ses mises en garde. Les écuries présidentielles se sont remises au travail :  on scrute les erreurs des clans adverses, on accumule les griefs, on prépare, dans la joie et la férocité, les mises en accusation et les renversements d'alliance d'après scrutin. Sans parler des députés européens sortants, qui s'inquiètent, font et refont leurs comptes et qui mettent déjà sur le dos de la direction aubriste leur mauvais sort électoral !

 Si l'heure est à la querelle, elle n'est pas encore aux explications de fond. On parle bien, ici ou là, d'un vote sanction d'une partie de l'électorat populaire, mais sans vraiment y croire. Personne, parmi les dirigeants du parti, ne semble mesurer le décalage qui existe entre le programme de campagne ripoliné, farci de bonnes intentions, foncièrement "eurobéat", que le bureau national du PS a adopté début mai et l'état d'inquiétude et de colère dans lequel se trouve aujourd'hui le pays. Personne, parmi les dirigeants socialistes, ne paraît comprendre que les dogmes européens d'hier - fédéralisme, mondialisme, libre échangisme, néo-libéralisme - font aujourd'hui l'unanimité des peuples contre eux. La défaite du PS, le 7 juin prochain, si défaite il y a, sera à l'image de ce parti devenu autiste, qui a perdu tous ses repères, qui ne sait plus dans quel monde il est.

Pouvait-il en être autrement? La majorité disparate, constituée en hâte après Reims, pour faire pièce à l'imprévisible Ségolène Royal, ne dispose d'aucune ligne politique, ni sur l'Europe, ni sur le reste. Depuis six mois, elle navigue à vue. Son programme - le même que celui des radicaux d'avant guerre ou de la SFIO sous la IVe République - se résume à un seul mot d'ordre : "durer, durer le plus longtemps possible", en attendant l'alternance qui finira bien, un jour ou l'autre, par ramener la gauche au pouvoir. C'est cette ligne "molletiste" qui risque bien, elle aussi, de faire les frais du scrutin du 7 juin.

     Peut-on imaginer la répétition du scénario de 1994 qui avait vu l'éviction en moins d'une semaine des dirigeants rocardiens, après leur échec cuisant aux européennes ? Rien n'est moins sûr. L'actuelle direction tient encore, d'une main relativement ferme, les barons, l'appareil et les réseaux. Elle jouera sur l'inertie et sur la proximité des élections régionales  pour se maintenir en place jusqu'au printemps 2010. D'ici là, peut-on espérer que tous ceux qui, dans les rangs socialistes, rêvent d'une autre ligne, celle là plus nationale, moins atlantiste, moins libérale, sauront se fédérer, y compris en claquant la porte de la "vieille maison"? Le pays aurait besoin de cette clarification utile.
Hubert de Marans.

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Hubert de Marans - dans Politique
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