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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 00:00
 VICO
 
Etude sur Vico (suite)
 
V.

 

Avant d'aborder l'examen des théories explicatives de la Science nouvelle, il nous faut revenir sur le passage auquel Marx a fait allusion dans le Capital et en préciser le sens.Vico dit que les origines de l'histoire sont plongées dans une nuit profonde, mais qu'on peut jeter quelque lumière sur ces questions en partant de cette vérité incontestable [1] : Le monde social est certainement l'ouvrage des hommes; d'où il résulte que l'on en peut, que l'on en doit trouver les principes dans les modifications même de l'intelligence humaine. Cela admis, tout homme qui réfléchit ne s'étonnera-t-il pas que les philosophes entrepris sérieusement de connaitre le monde de la nature, que Dieu a fait et dont il s'est réservé le secret, et qu'ils aient négligé de méditer sur ce monde social, que les hommes peuvent connaître, puisqu'il est leur ouvrage ? »

C'est cette dernière phrase qui avait vivement frappé l'esprit de Marx ; il la commente de la manière suivante [2] : « La technologie met à nu le mode d'action de l'homme vis-à-vis de la nature, le procès de production de sa vie matérielle et, par suite, l'origine des rapports sociaux, et des idées ou conceptions intellectuelles qui en découlent. »

 

Il est évidemment illusoire de demander à Vico de se placer du même point de vue que Marx, ni d'avoir une vision claire du rôle de la technologie. Du moins a-t-il su se garder des thèses intellectuallistes et spitritualistes qui empoisonnent à son époque la pensée européenne. Il fera de Descartes sa tête de turc ; le doute cartésien lui sera toujours suspect.  

 

Cet appel au sentiment individuel, cette prétention de reconstruire par un effort personnel ce que les générations antérieures avaient eu tant de peine à édifier, semblaient à Vico des moyens de détruire toute science ; l'expérience avait montré qu'entre [3] « cartésiens eux-mêmes, l'idée claire et distincte pour l'un est souvent pour l'autre obscure et confuse ».

« Le sceptique, disait-il [4], ne doute pas qu'il pense... mais s'il est certain de penser, il soutient que ce n'est que conscience et non pas science, rien autre chose qu'une connaissance vulgaire qui appartient au plus ignorant... Dans la pratique de la vie, quand il s'agit de choses dont nous ne pouvons donner aucun signe, aucune preuve, nous donnons le témoignage de la conscience ». Nous dirions, aujourd'hui, que ce témoignage de la conscience nous semble d'autant plus fort subjectivement, qu'il est appuyé sur une masse plus considérable de souvenirs subconscients et de tendancess affectives, qu'il est, en un mot, plus aveugle.

Ce qui préoccupe Vico c'est la science : les sceptiques, que l'on rencontre dans la vie s'entendent avec tout le monde sur les choses de l'opinion, de la croyance; mais ils mettent en doute les résultats de la démonstration ; ils entendent les accepter dans les limites où ces résultats leur semblent avantageux. C'est là ce qui parait être au philosophe italien destructif de toute recherche scientifique.

Une chose frappe fortement Vico : la science n'est pas née d'hier : elle a une histoire derrière elle ; c'est en consultant cette histoire, qu'on peut seulement la bien connaître. Elle n'est pas un objet qui réclame la croyance ou l'adhésion personnelle ; elle intéresse la vie de l'homme comme espèce et le développement de l'humanité ; elle n'est pas individuelle, elle est sociale, dirions-nous aujourd'hui [5]. « Le sceptique de l'état de communauté sociale rappelle l'homme à l'état solitaire ». Voilà une belle pensée qui peut entrer telle quelle dans la philosophie moderne.

La science est l'oeuvre d'un immense travail de coopération à laquelle ont participé les géné rations successives ; il n'est donc pas conforme à la raison de négliger l'autorité de la tradition : celle-ci doit être étudiée et discutée [6]. Mais la science n'apparaît pas, tout d'abord, comme science. Plus tard, Hegel devait comparer la philosophie à l'oiseau de Minerve qui se montre au moment où la nuit com-mence ; Vico dit [7] : « Dans les premiers temps, les hommes avaient à trouver, à inventer toutes les choses nécessaires à la vie. Quiconque y réfléchira, trouvera que les choses utiles ou nécessaires à  la vie et même celles qui ne sont que de commodité, d'agrément ou de luxe, avaient déjà été trouvées par les Grecs, avant qu'il y eût des philosophes... Les premiers peuples, qui nous représentent l'enfance du genre humain, fondèrent ainsi le monde des arts ; les philosophes, qui vinrent longtemps après et qui en représentent la vieillesse, fondèrent le monde des sciences, qui compléta le système de la civilisation ». Ce processusn'est pas spécial aux origines de l'humanité, il continue : c'est par l'art, que l'humanité prépare sa connaissance scientifique. Vico dit encore [8] : « Ceux qui ont écrit sur les inventeurs nous apprennent que tous les arts et toutes les commodités de la vie, dont le travail a enrichi le genre humain, ont été trouvés ou par hasard, ou par similitude qu'indiquaient les animaux ou qu'imaginait l'industrie des hommes ».

 

Pour Vico, la topique précède la critique, l'histoire, la tradition, l'autorité jouent un rôle essentiel dans la formation des sciences. Le savant hérite des générations précédentes une matière déjà travaillée ; c'est dans ce milieu fait par l'homme, le milieu artificiel, que nous progressons  par induction, pas dans le milieu cosmique, naturel, irréel.

 

En passant de l'empirisme à la connaissance raisonnée, de la pratique à la science, nous ne faisons que nous mouvoir dans un ordre historique, fondé sur la nature des idées humaines [9]. « La Science nouvelle procède par une analyse sévère des pensées relatives aux nécessités ou utilités de la vie sociale [10], qui sont les deux sources naturelles du droit des gens. Ainsi considérée la Science nouvelle est une histoire des idées humaines, d'après laquelle semble devoir procéder la métaphysique de l'esprit humain. S'il est vrai que les sciences doivent commencer au point même où leur sujet a commencé, la métaphysique commence a l'époque où les hommes se mirent à penser humainement et non point à celle où les philosophes se mirent a réfléchir sur les actions humaines. » Dans l'origine, on trouve une métaphysique de l'imagination, se servant de rapprochements barbares et enfantins ; plus tard apparaissent des formes plus élevées du raisonnement, depuisle syllogisme (qui semble assez pauvre à Vico) jusqu'à l'induction dont « les Anglais tirent les plus grands avantages dans la philosophie expérimentale [11]. » Dans cette opération, nous ne sortons jamais du milieu artificiel ; la connaissance se perfectionne suivant la loi de progression mé taphysique, propre à l'esprit humain ; mais elle reste toujours sociale comme aujoud'hui « l'humanité est son œuvre à elle-même » ; c'est, comme dit Michelet, « le mot de la Science nouvelle [12] ».

 

Ce qui caractérise la pensée de Vico sur la science, c'est qu'il croit qu'elle a besoin, comme l'art, des catégories de l'invention, de la combinaison, de l'action pour progresser. Ainsi pour les mathématiques, « l'esprit humain contient les éléments des vérités qu'il peut ordonner et harmoniser et de l'arrangement desquels sort le vrai qu'il démontre, de sorte que la démonstration est une opération créatices ».

 

Vico dit que Dieu connaît les choses du monde par les causes, - c'est la doctrine traditionnelle. Les physiciens ne peuvent avoir la pré tention de recréer le monde; les éléments sont hors d'eux [13] ; par suite la mé thode déductive de Descates n'est qu'une pseudo-géométrie. On se contente donc d'opinions fondées sur l'observation ; mais pour observer, nous divisons ce qui était uni. [14]« Cet être, cette unité, cette figure, ce mouvement, ce corps, cette intelligence, cette volonté, sont autres en Dieu, où ils ne font qu'un, autres dans l'homme où ils sont divisés. Ils vivent en Dieu et dans l'homme ils sont morts ». La vraie science devrait pouvoir se modeler sur celle de Dieu qui se compose de causes [15]. « Savoir, dit-il encore [16], c'est connaître la manière, laforme dont les choses se font ». Ce savoir existe complètement, dans la mathématique ; mais il manque en physique : nous pouvons cependant en approcher par l'expérimentation, dont Vico se fait une idée assez peu précise et qu'il appelle [17] une imitation de la nature; mais il en reconnaît toute l'importance et la considère comme la base de la supériorité attribuée à certaines doctrines par rapport à d'autres.

 

Aujourd'hui, nous disposons d'une meilleure vision des conditions de la science. Nous savons que, dans tous les cas, il faut partir des données fondées sur l'expérience et obtenues par la voie inductive. Quand nous faisons une expérience, nous n'imitons pas la nature ; l'expérimentation procède de notre monde, le milieu artificiel. Elle est donc une création. Nous ne connaissons jamais vraiment le monde cosmique, nous dit Vico, mais nous pouvons connaître le monde artificiel que nous faisons.

 

VI.

 

Au paragraphe précédent, j'ai rapporté cette formule fondamentale de Vico : « la science nouvelle est une histoire des idées humaines, d'après laquelle semble devoir procéder la métaphysique de l'esprit humain ». Cette proposition était d'une singulière hardiesse à une époque où la psychologie n'avait pas encore été sérieusement cultivée et où l'on croyait avoir fait une grande découverte en lui donnant pour base le sentiment personnel. Il était alors impossible de se faire une idée scientifique des lois objectives que Vico annonçait : notre philosophe, lui-même, devait se tromper à chaque pas dans ses recherches ; mais les grands hommes ont cette bonne fortune que leurs erreurs sont fécondes et méritent d'être étudiées avec le plus grand soin.

Dans la suite de ces recherches, je ferai très souvent usage du principe qui a été énoncé au §iv, sur la formation de la philosophie sousl'influence du spectacle offert par la pratique de la vie politique. L'importance de cette loi est des plus grandes et il y aurait toute une branche de la psychologie à constituer sur cette base ; aussi je propose de lui donner le nom de loi idéogénétique de Vico. Je crois devoir attirer l'attention sur un passage du Capital [18] où se trouve signalé le rôle de cette loi d'une manière : indiscutable : il s'agit de la valeur et K. Marx se demande pourquoi Aristote n'a pu découvrir la relation qui existe entre la valeur et « le travail humain indistinct », c'est, dit-il, que « la société grecque avait pour base naturelle l'inégalité  des hommes...

Le secret de l'expression de la valeur, l'égalité et l'équivalence de tous les travaux, par ce que et en tant qu'ils sont du travail humain, ne peut être déchiffré que lorsque l'idée d'égalité humaine a déjà acquis la ténacité d'un préjugé populaire ». Ce préjugé populaire appartient à l'ordre juridique et n'a pas pu se produire que d'une manière historique, en raison des formes de la justice civile et des théories des professeurs de droit.

 

Si l'intuition de Vico est bonne, il n'est pas toujours fidèle à sa méthode d'observation historique. Sur un certains nombre de concepts clés, comme la naissance du sentiment religieux ou les étapes du développement des sociétés, il se contente d'explications toutes faites issues de la psychologie superficielle qui avait cours à son époque. La principale erreur est de penser, comme d'ailleurs la plupart des philosophes et des historiens du XVIIIe siècle, que les sociétés humaines ont progressé partout de façon identique. Pour Sorel, le matérialisme historique, en reliant le système d'idées des hommes et leurs conditions particulières de vie, ouvre de nouvelles perspectives de déchiffrer l'histoire.

 

Une différence considérable existe entre le point de vue moderne et celui de Vico : celui-ci croyait que l'évolution psychologique se produit d'une masse, dans toute l'étendue de la société et se développe exactement comme l'histoire des peuples elle-même ; une fois achevée, elle ne pourrait se reproduire, si l'histoire elle-même ne se renouvelait. Aujourd'hui, nous voyons la chose tout autrement : les évolutions psychologiques sont des suites ayant leur existence propre, leur autonomie, se produisant à toutes les époques, se mêlant dans la société de la manière la plus confuse. Au lieu d'un bloc homogè ne, nous avons un enchevêtrement d'évolutions, qui ne sont susceptibles d'aucune définition générale, parce qu'à un instant donné on les trouve à tous les moments de leur développement. Mais les conditions économiques, les rapports sociaux, tous les complexus historiques agissent sur ces évolutions pour favoriser certains développements.

Cette analyse de l'histoire est d'une importance capitale pour l'interprétation des faits d'après la doctrine du matérialisme historique. Il semble, en effet, au premier abord, que l'on supprime toute science possible, quand on abandonne les points de vue idéalistes. S'il n'existe que des faits, susceptibles seulement d'une connaissance empirique, on peut se demander quel intérêt ces montagnes d'atomes historiques offrent pour l'esprit; c'est pourquoi Véra [19] regardait l'idéalisme comme une nécessité, dont l'intelligence percevait facilement l'évidence; c'est encore pour cette raison que M. Jaurès [20] affirme que tout le monde est d'accord pour admettre que le mouvement humain a une direction déterminée. Sans doute, par ce procédé on rend l'histoire intelligible ; mais on la falsifie, ce qui a bien son importance.

Vico a très bien vu qu'il était nécessaire de combiner les événements : il a très bien vu qu'il fallait les assembler, par ce qui est concret et vivant, par ce qui est humain, c'est-à -dire par les lois de la psychologie. Qu'il n'ait point réussi dans sa tentative, cela ne nous importe pas ; il suffirait à sa gloire d'avoir reconnu que l'histoire a une identité de substance [21]. Sans doute, il n'entendait pas cette identité de substance exactement comme les modernes ; mais il ne lui était pas possible de franchir, dans la première moitié du xviiie siècle, le chemin que devait indiquer K. Marx au milieu du siècle suivant, chemin qui a été encore peu fréquenté  et délimité aujourd'hui mê me.

Dans sa réponse aux critiques qui lui étaient faites dans les acta eruditorum, Vico disait [22] que l'objet essentiel de ses recherches est la nature commune des nations; mais il ne disait pas ce qui fait cette unité. Au commencement du livre quatrième, il expose la division tripartite qu'il adopte pour l'exposition des mouvements historiques : « Cestrois sortes d'unités d'espèces, avec beaucoup d'autres qui en sont la suite, se rassemblent elles-mêmes dans une unité géné rale, celle de la religion honorant la Providence ; c'est là l'unité d'esprit qui donne la forme et la vie au monde social. » Dans le dernier chapitre du livre cinq, il revient sur ce point et dit [23] : « Les premiers gouvernements, fondés sur la croyance en une Providence, ont eu la religion pour leur forme entière, et elle fut la seule base de l'état de famille. La religion fut encore le fondement principal des gouvernements héroïques... Si la religion se perd parmi les peuples, il ne leur reste plus le moyen de vivre en société ; ils perdent à la fois le lien, le fondement, le rempart de l'état social, la forme même de peuple, sans laquelle ils ne peuvent subsister [24] »

Il était naturel que les idées religieuses fussent placées par Vico au premier rang, car c'est dans la religion que l'existence autonome des causes psychologiques apparaît, peut-être, de la manière la plus claire [25]. Aujourd'hui, nous pouvons nous élever à un point de vue plus gé néral, et comprendre dans cette substance de l'histoire tout l'ensemble des manifestations de l'activité humaine, en tant qu'elles sont rapportées aux lois propres du développement de l'esprit. Entre toutesles choses qui se succèdent, nous trouvons de la sorte, un lien humain qui leur donne leur véritable unité fondamentale, cachée aux yeux de l'observateur superficiel.

Sans doute, nous perdons une fois de plus, l'espoir de faire une unification des choses d'après des formules abstraites, de constituer une science historique ayant une analogie quelconque avec les sciences physiques ; mais ce résultat négatif nous est une garantie de la valeur même des considérations propres au matérialisme historique. A la place d'une unité factice, nous avons trouvé l'unité concrète et vivante del'homme obligé de suivre certaines voies, toujours les mêmes, pour s'élever à la connaissance intellectuelle et rajeunissant toujours son histoire sans jamais pouvoir l'épuiser [26]. Nous savons, maintenant, que les lois historiques ne traduisent pas l'effet d'une cause, mais qu'elles représentent sous un aspect facticement unitaire une complexité infinie de causes : ce qu'elles décrivent ne se reproduira jamais et ne s'est jamais produit, parce que pour trouver la reproduction de combinaisons aussi multiples, dont la coïncidence est si accidentelle, il faut faire une hypothèse n'ayant aucune probabilité. Nous ne cherchons plus l'unité dans les tendances immanentes de l'homme, que l'on imagine pour donner un corps aux apparences de l'histoire, - mais dans les évolutions psychologiques, qui sont cachées sous le manteau des lois historiques.

 

VII.

 

Sorel commence alors à détailler les applications que fait Vico de sa méthode d'observation historique. En commençant par l'évolution des sentiments, qui est un aspect essentiel de l'histoire des peuples.

 

Je commence par l'examen des sentiments : cette partie est, cer-tainement, la plus facile et celle où la psychologie moderne peut fournir le plus de renseignements ; - d'autre part Vico a très bien reconnu que les « principes de l'histoire idéale » consistent dans l'étude des transformations des sentiments. Le philosophe napolitain devait être amené à ce point de vue par les considérations morales si importantes à ses yeux. « Les gouvernements, dit-il [27], doivent être conformes à la nature de ceux qui sont gouvernés. D'où il résulte que l'école des princes, c'est la science des mœurs des peuples ».

L'évolution des sentiments n'est pas examinée par !ui d'une manière purement psychologique; il ne cherche pas comment ils se succèdent dans toutes les conditions normales de dé veloppement, ce qui serait l'objet propre d'une science de l'esprit ; il examine les sentiments telsqu'il les trouve (ou croit les trouver) dans l'histoire typique ; et il ne se propose pas de faire le départ entre les lois psychologiques, qui produisent (ou tendent à produire) des développements uniformes, et les conditions sociales, qui accélèrent, retardent, limitent ou font avorter certains bourgeons trop faibles. Comme on l'a fait remarquer au paragraphe précédent les documents historiques sont souvent falsifiés : cela est surtout vrai pour les sentiments ; si on peut considérer leur évolution comme réglant « les principes de l'histoire idéale », c'est surtout parce qu'ils représentent d'une manière parfaite l'ensemble des mouvements internes, qui restent obscurs et parfois insaisissablespour l'historien, uniquement préoccupé des événements.

M. Caird [28] a fait observer qu'on s'est mépris très souvent sur le rôle de la métaphysique : les métaphysiciens ont moins inventé que mis en forme ; ils ont donné une exposition méthodique des idées qui existaient dans leur milieu. « Ce qui est réellement dû à la métaphysiquece n'est pas l'erreur, c'est plutôt cette clarté et cette détermination dans l'expression de l'erreur, qui en est la réfutation même et qui rend possible pour nous un point de vue plus élevé ». L'idée devient ainsi non le premier mobile, mais le produit ultime d'une civilisation donnée.

On peut dire quelque chose d'analogue pour les sentiments : Ils marquent, avec une délicatesse parfois infinie [29], les états par lesquels passe un peuple ; ils fournissent d'excellentes explications pour les mouvements, les résolutions des individus ; mais ils doivent, à leurtour, être rapprochés des conditions générales de l'existence. Les sentiments ne se décrètent pas ; c'est à peine même si on peut agir sur eux par l'éducation, d'une manière efficace et durable, si les relations sociales ne sont pas favorables à leur épanouissement.

 

Vico aborde ensuite l'examen des principes de l'histoire idéale. Il décrit ainsi la séquence historique qui veut que « les hommes sentent d'abord le nécessaire, puis font attention à l'utile, puis cherchent la commodité » pour à la fin s'abandonner au luxe et venir à tourmenter leurs richesses. Pour Sorel, cet axiome n'est pas pleinement satisfaisant ; ce sont les changements des conditions de production qui ont progressivement introduit la notion de valeur et conduit l'homme à mieux mesurer l'utilité des choses. Les intuitions de Vico en matière d'évolution du caractère des peuples lui paraissent plus pertinentes. Le passage de la cruauté des temps barbares à un climat social plus apaisé forme une suite homogène que l'on constate assez bien partout ; de même le goût de la recherche et la dissolution des mœurs qui caractèrisent les périodes de civilisation avancée.  L'évolution des conditions sociales restant pour Sorel le moteur de ces changements.

 

VIII.

 

Pour Vico, l'adoucissement des mœurs figure parmi les questions les plus importantes et les plus difficiles de la science sociale. Cet adoucissement a, selon lui, de multiples causes, même s'il insiste principalement sur le rôle des superstitions magiques, tribales ou religieuses, qui rendaient les peuples anciens féroces, et qui n'exercent plus aujourd'hui la même influence. Sur la transformation des mœurs familiales, Vico émet des idées originales pour son époque : sur le rôle des testaments dans la division des fortunes, sur l'accession des bâtards au trône ou sur l'affirmation de la tendresse paternelle. Sorel souligne l'intuition de Vico, selon laquelle l'extension des idées démocratiques favorise l'adoucissement des coutumes familiales : c'est que le progrès des mœurs est venu des familles plébéennes, plus libres que l'aristocratie de suivre ou non les traditions. Si actuellement le prolétariat se trouve ballotté entre deux tendances opposées - contrefaire le bourgeois ou s'émanciper des idées de la classe dominante - il va progressivement forger ses propres usages, ses propres valeurs qui formeront demain les bases du droit.

 

Contrairement à une opinion générale reçue, je crois que l'on devrait dire que la constitution de la famille (influencée par la vie politique) est la source principale de nos idées morales : ce serait une seconde loi idéogénétique dont l'importance ne serait pas moins grande que celle que Vico a énoncée. Cette théorie réduirait à néant la prétention des moralistes qui veulent baser la réforme sociale sur l'amélioration morale de l'individu : cette amélioration ne peut venir que de causes générales, de formes constituées dans la pratique journalière. Vico n'est pas sans avoir reconnu l'influence des lois réglant les rapports familiaux ; mais il ne me semble pas avoir une conception assez étendue de leur importance extérieure, de leur reflet sur toute la vie morale.

 

On assiste, de la même façon, à un adoucissement de la justice criminelle. Là encore Vico oppose les temps héroïques de son histoire idéale aux temps humains qui sont les nôtres. Primitivement, la raison d'état était la loi suprème et les chefs de famille, pour maintenir l'ordre, usaient de chatiments cruels. Dans les démocraties ou les monarchies contemporaines, chaque citoyen, appelé à être juge, peut se placer du point de vue de l'accusé, d'où une plus grande indulgence. On constate d'ailleurs que la justice criminelle, qui, dans les pays civilisés, est l'affaire des citoyens, est un des facteurs de changement important de la législation civile. Elle agit, au moyen de faits précis tirés de la vie publique, pour faire naître les théories morales. Pour conclure cette étude sommaire sur l'adoucissement des mœurs, Sorel rappelle que par deux fois - pour l'évolution des coutumes familiales et pour celle de la justice criminelle - c'est la plèbe qui est à l'origine des changements. On ne peut qu'être frappé de cette contagion des sentiments qui opère de bas en haut, alors qu'on dit traditionnellement que l'imitation est ascendante. La psychologie classique est ici en défaut.

 

IX.

 

Le mouvement historique ne consiste pas dans un développement homogène ; on ne peut même pas dire que les causes produisent deseffets immé diats, comme en physique : il y a une grande complexité de changements réagissant les uns sur les autres ; et l'un des objets les plus considérables de la sociologie est l'étude des retards et des accélérations.

Vico a très bien vu l'importance de ces phé nomènes ; et peut-être même sur certains points, a-t-il mieux vu que les modernes sociologistes, trop préoccupé s de relations abstraites. « Chaque état, dit-il [30], se combine avec l'état précédent, mélange fondé sur l'axiome : quand les hommes changent, ils conservent quelque temps l'impression de leurs premières habitudes. Les pères de famille, ayant passé de la vie bestiale à la vie humaine, gardèrent, dans l'état de nature où il n'existait encore d'autre gouvernement que celui des dieux, leur caractère originaire de férocité et de barbarie et conservèrent, à la formation des premières aristocraties, le souverain empire qu'ils avaient eu sur leurs femmes et leurs enfants dans l'état de nature... Les cités furent dans l'origine des aristocraties mêlées à la monarchie domestique des pères de famille ». Plus tard quand les plébéiens parvinrent à conquérir les droits politiques, ils ne détruisirent pas encore l'aristocratie ; « le peuple souverain, faible encore sous le rapport de la sagesse politique se confiait à son Sénat, comme un roi dans sa minorité à son tuteur. Ainsi les états populaires furent gouvernés par un corps aristocratique ».

Cet exposé nous permet, déjà, de constater que les formes d'État renferment des survivances, que l'État est un être ré trograde ; mais ce n'est pas sur cette question, - si intéressante qu'elle soit, - que jeveux appeler l'attention. La permanence des institutions ne tient pas seulement à l'axiome psychologique énoncé plus haut : on n'aurait qu'une explication insuffisante, qui ne tiendrait pas compte du fait capital, qui domine l'histoire primitive, de la lutte des groupes. Vico ne s'y est pas trompé : il insiste fortement sur les concessions réciproques par lesquelles se fonde l'ordre politique [31]. « Lorsque la réunion des familles forma les premières cités, les nobles, qui sortaient à peine de l'indépendance de la vie sauvage, ne voulaient point se soumettre au frein des lois, ni aux charges publiques : voilà les aristocraties où lesnobles sont seigneurs. Ensuite les plébéiens étant devenus nombreux et aguerris, les nobles se soumirent comme les plébéiens aux charges publiques : voilà les nobles dans les démocraties ». L'histoire contemporaine nous montre dans l'ordre du droit économique, des luttes et des transactions qui rappellent, par bien des côtés, l'histoire antique de Rome : quand on propose une réforme quelconque, les classes supérieures protestent contre la tyranie à laquelle on veut les soumettre et réclament au nom de la liberté individuelle que la loi nou-velle va restreindre. Nos industriels sont comme les anciens nobles; ils ne veulent [32] « laisser perdre par leur négligence ce qu'ils ont acquis par leur courage, mais ne céder qu'à la nécessité ou à l'intérêt et cela peu à peu et le moins qu'ils peuvent. » Il suffit de traduire courage par mérite ou talent, pour transporter l'axiome de Vico dans la politique contemporaine.

 

Pour Vico, l'ordre social se fonde sur les concessions entre classes. Primitivement, le droit est une sorte de propriété des familles patriciennes et c'est à cette propriété que s'attaque la plèbe. A Rome, toute l'histoire n'est qu'une suite de transactions entre patriciens et plébéiens qui fait la continuité et la grandeur de Rome. C'est ce qui fait, qu'aujourd'hui encore, les transactions possédent, aux yeux de tous les hommes, un caractère plus respectable que les décisions imposées. Pour peu que nous ayons le sentiment qu'une transformation s'est faite dans l'ordre naturel de la psychologie, nous n'avons pas d'esprit de la révolte et de volonté de retour en arrière.

 

L'histoire ne montre pas, toujours, des transformations faites parce ce procédé transactionnel ; Vico n'estpas tellement, trompé par le sophisme de l'histoire idéale qu'il ne voie bien que Rome présente, à ce point de vue, un caractère exceptionnel. Bien des fois, on a essayé de franchir les limites de la région douteuse du droit, pour établir un nouveau régime par la force. Cette opération ne peut réussir que si on arrive à faire disparaître le vaincu; et elle a plus d'une fois réussi, comme nous montre l'histoire des persécutions religieuses Les guerres civiles sont si féroces parce qu'elles ont justement pour objet la transformation des institutions par la violence et par la destruction des adversaires. Dans leurs guerres de conquête, les Romains sont arrivés si facilement à imposer leurs mœurs, leurs lois, leur langue, parce que leur grande préoccupation était de faire disparaître les anciennes classes dirigeantes, qui auraient pu garder un souvenir trop vivace de l'ancienne culture.

On a souvent objecté aux socialistes que la révolution prolétarienne sera obligée de subir cette loi, qu'elle devra prendre le caractère féroce d'une guerre d'extermination et qu'elle pourra compromettre la civilisation européenne, acquise par un labeur si patient. Ce reproche serait fondé si le prolétariat était une masse exaltée, affolée par la prédication des idéalistes [33], se ruant à la destruction des choses séculaires et rompait brusquement avec le passé, sous le prétexte fallacieux de réaliser quelque plan merveilleux élaboré dans quelques cervelles. Mais il n'en sera pas ainsi, car la première condition de la révolution future est le développement de la conscience de son rôle historique dans le prolétariat; - la seconde condition est que l'organisation du travail par la grande industrie soit tellement adaptée aux besoins et aux conditions de la production collective que les réalités économiques constituent le pont par lequel le passage d'un état à l'autre devra s'effectuer; - enfin, il faut que les hiérarchies sociales ne soient plus que des ombres.

La continuité juridique ne sera pas même violemment rompue par la révolution prolétarienne, si la civilisation actuelle a élaboré un système de lois réglant d'une manière prudente les rapports des coopérateurs industriel : la partie capitaliste des Codes pourra disparaître, comme a disparu le régime féodal, sans apporter beaucoup de trouble dans les idées juridiques. Il est donc d'une très haute importance pour les socialistes d'accélérer le mouvement des réformes juridiques et d'accepter ce qu'on apporte, alors même que les nouvelles lois laisseraient beaucoup à désirer.

On objecte souvent aux socialistes que leur conception de la révolution totale est en opposition avec les lois de l'histoire, parce que le caractère le plus apparent de toute transformation ayant existé est la transaction. K. Marx connaissait parfaitement cette objection et'il n'apas dissimulé ce qu'avait de nouveau l'idée de la révolution dont il esquissait la théorie : mais il a montré aussi que les forces prolétariennes développées par la grande industrie n'étaient pas insuffisantespour produire le renversement de l'ordre capitaliste. La transaction est le caractère nécessaire d'une lutte entre deux minorités actives se battant pour le partage ; elle assure la continuité en agrégeant les nouveaux venus à la civilisation des anciens possesseurs du droit. Mais si leprolétariat arrive à être, dans l'industrie, la seule organisation vivante; s'il ne reste à cô té de lui qu'une infime minorité impuisante et nuisible ; s'il ne renferme dans son sein aucune forme hiérarchique, susceptible de se séparer de sa masse pour former une faction gouvernante ; si enfin le développement de la législation sociale l'a pénetré de droit: - la continuité économique et juridique sera assurée sans transaction. On peut même ajouter, en se référant à la théorie des guerres civiles exposée plus haut, que la plus grande révolution que l'esprit puisse concevoir sera la plus pacifique, - Puisqu'elle ne trouvera pas devant elle des forces capables de renaître

 

Vico a l'intuition que les institutions primitives ont servi en quelque sorte de prototype aux institions modernes. Il développe à cet égard une théorie intéressante, celle de la préparation. Ainsi, il soutient l'utilité des religions barbares, comme premier échelon de civilisation. De même, il pense que la férocité des premiers gouvernements aristocratiques et la cruauté de leur justice ont préparé l'humanité à obéir aux lois du gouvernement civil. Il traite enfin des personnages décisifs de l'histoire.

 

L'histoire nous montre, toujours, des personnages décisifs, dont le caractère, les tendances, le génie, doivent faire l'objet d'une étude spéciale. Vico a cherché à tracer un tableau géné ral, embrassant tous lestraits essentiels de cette psychologie politique [34]. « Nous voyons d'abord s'élever des caractères grossiers et barbares, comme le Polyphême d'Homère ; puis il en vient d'orgueilleux et de magnanimes telsqu'Achille ; ensuite, de justes et de vaillants, des Aristide, des Scipion ; plus tard nous apparaissent, avec de nobles images de vertus et en même temps de grands vices, ceux qui, au jugement vulgaire, obtiennent la véritable gloire ; plus tard des caractè res sombres, d'une méchanceté réfléchie, des Tibère ; enfin des furieux qui s'abandonnent, en même temps à une dissolution sans pudeur, comme les Caligula, les Néron, les Domitien. La dureté des premiers fut nécessaire afin que l'homme, obéissant à l'homme dans l'état de famille, fût préparé à obé ir aux lois ; - les seconds, incapables de céder à leurs égaux, servirent à établir à la suite de l'état de famille les républiques aristocratiques ; les troisièmes, à frayer le chemin à la démocratie ; les quatrièmes à élever les monarchies ; les cinquièmes à les affermir ; les sixièmes à les renverser ».

J'ai cité ce long extrait pour bien montrer combien la considération de l'histoire idéale embrouille les questions : les caractères sont rangés dans un ordre empirique, sans qu'aucun lien apparaisse entre eux ; et leur rôle n'est pas toujours du même ordre dans les événements : la régularité, la connexion uniforme de la cause et de l'effet, tout ce qui pourrait donner une valeur scientifique à cet exposé manque. L'historien ne sait dire la cause qui produit un César à une date donnée ; mais ce qu'il peut chercher ce sont les causes qui rendent un César décisif dans des circonstances données.

Dans un autre passage, Vico cherche à poser des principes d'un ordre tout différent : il examine les buts poursuivis par les parties actives des classes en lutte et la situation du peuple dans chacun des cas considérés [35]. « Les hommes aiment, d'abord, à sortir de la sujétion et désirent l'égalité ; - voilà les plébéiens dans les républiques aristocratiques, qui finissent par devenir des gouvernements populaires. Ils s'efforcent ensuite de surpasser leurs égaux ; - voilà le petit peuple dans les états populaires qui dégénèrent en oligarchies. Ils veulent ensuite se mettre au-dessus des lois et il en résulte une démocratie effrénée... Alors le petit peuple cherche un remède en se réfugiant dans la monarchie ». La noblesse accepte aussi cette solution parce qu'elle y trouve une garantie de repos et la possibilité de mener une vie facile [36].

Je ne m'arrête pas à critiquer l'inexactitude de ce tableau un peu trop sommaire; mais je crois utile de signaler ici, très briè vement, une particularité  importante. Les groupes actifs, qui forment l'armée des révolutions, sont mus par des considé rations qui ne sont pas tout à fait les mêmes que celles que l'on trouve au premier rang chez leshommes décisifs. Ceux-ci ont une très forte individualité et leurs sentiments individuels jouent un rôle capital ; mais dans les groupes se développent des sentiments d'un genre différent, ou plus exactement les sentiments individuels se colorent d'une autre manière. Ce sont ces tons affectifs de groupe que l'historien doit surtout s'efforcer de mettre en lumière et que Friedrich Engels signale comme étant susceptibles d'être étudiés d'une manière tout à fait objective.

Ces tons affectifs de groupe s'expriment par des revendications et, à ce titre, ils ont été souvent confondus avec des idéalités juridiques : ainsi la recherche de l'égalité que Vico signale comme un des moteurs révolutionnaires se confondra avec une théorie métaphysique des droits égaux; et ainsi de suite. Nous touchons ici une des causes qui ont tant fait errer les idéalistes dans leur interprétation de l'histoire.

Cette erreur est d'autant plus facile à commettre que rarement les révolutions n'aboutissent pas à quelque transformation profonde des caractéristiques juridiques de la société ; on imagine que les motifs des acteurs du drame étaient tous commandés par la vue claire du résultat obtenu et on juge leur conduite en la comparant à celle qu'aurait tenu un homme théorique cherchant à  atteindre celte fin.

Toutes les révolutions dépendent de deux types bien distincts : la lutte peut avoir pour objet l'exploitation de la force publique, ou bien elle peut avoir pour objet un changement dans la situation des classes. Vico savait parfaitement distinguer les deux cas : le premier lui semblait appartenir à la décadence des états populaires et à l'époque ou se prépare la monarchie; le second était seul fécond. Les luttes du pauvre et du riche dans les républiques grecques représentent bien le premier type; celles des plébéiens contre les patriciens le second. En réalité les deux choses sont presque toujours mélangées dans l'histoire. Une des grandes difficultés qu'éprouve le socialisme contemporain consiste à acquérir la claire idée de la révolution prolétarienne, à bien comprendre ce qui la sépare d'une guerre des pauvres contre les riches et à perdre la superstition de l'Etat.

 

A ces sujets se rattache également la question fort obscure des survivances, sur laquelle Vico apporte un éclairage interessant. Il prend l'exemple des fables hélléniques, qui, de son point de vue, furent à l'origine des histoires vraies. Si les philosophes continuent très largement à les utiliser, sans lien avec leurs histoires d'origine, c'est qu'elles offrent au penseur l'opportunité d'exposer ses idées en se servant du langage des poètes, de l'autorité de la sagesse poétique ou du langage des religions. Ils provoquent ainsi chez l'auditeur ou le lecteur un préjugé favorable, ils éveillent leurs consciences. Vico va encore plus loin. Il a bien compris qu'un penseur éprouve le plus grand mal à faire entendre ce qu'il apporte de nouveau dans sa langue maternelle, forgée par d'autres histoires. Il lui faut former une langue plus riche, combinant formes nouvelles et expressions anciennes, ayant perdu leur signification d'origine. Le premier christianisme, celui de saint Paul, et la Réforme ont largement usé de ce procédé.

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[1]. Livre I, chap.iii, p. 353. Le plus souvent, Vico parait borner ses recherches à la découverte des origines de la civilisation ; en tout cas, l'étude des origines est la partie la plus développé e de son livre.

[2]. Capital, trad. Franç., p.162, col.1, note.

[3]. Lettre à G. L. Esperti, p. 177.

[4]. De l'antique sagesse de l'Italie; chap. i, § 2; p. 225.

[5]. Lettre de 1729 à D. Francisco Solla; p. 173.

[6]. Réponse à un journal littéraire, p. 168.

[7]. Livre II, chap. iii, §6, p. 569.

[8]. De l'antique sagesse de l'Italie ; chap.vii, §4, p. 272. C'est sans doute à cela que M. Tocco fait allusion quand il dit : « Vico préférait à l'analyse minutieuse la synthèse créatrice, aux idées distinctes le clair-obscur de l'intuition divinatrice » (art. cité, p. 569.)

[9]. Livre I, chap. iv; p. 364.

[10]. A rapprocher de l'idée de K. Marx sur l'infrastructure économique ; le pas franchi par l'auteur du Capital est considérable et en rapport avec l'extraordinaire développement de l'industrie moderne qu'il avait sur les yeux.

[11]. Livre II, chap. iii, § 6; p. 204.

[12]. Avant.propos, p. 3. Il ajoute : « la science sociale date du jour où cette grande idée a été exprimée pour la première fois. Jusque là l'humanité croyait devoir ses progrès aux hasards du génie individuel ».

[13]. De l'antique sagesse de l'Italie ; chap. iii, p. 236.

[14]. De l'antique sagesse de l'Italie ; chap. i, § 1, p. 219. Ici Vico dit que nous partageons l'homme en corps et en âme et l'âme en intelligence et volonté ; c'est à cette analyse psychologique que se rapporte ce qui suit.

[15]. De l'antique sagesse de l'Italie ; chap. i, §2, p. 227.

[16]. De l'antique sagesse de l'Italie ; chap. i, §2, p. 225.

[17]. De l'antique sagesse de l'Italie ; chap. i, §1, p. 229.

[18]. Capital, p. 23, col. 2.

[19]. Philosophie de la religion, de Hegel, traduction : introduction au deuxième volume, p. cv.

[20]. Idéalisme de l'histoire (Jeunesse socialiste, janvier 1895, p. 20).

[21]. Livre V, chap.iii, p. 631.

[22]. Notae in acta eruditorum Lipsiensia, p. 202.

[23]. Livre V, chap. iv, p. 641.

[24]. Vico appelle matériaux des institutions civiles, « les religions, les langues, les terres, les mariages, les noms propres et les armes ou emblèmes, enfin les magistratures et les lois »; ces matériaux existaient déjà avant l'organisation politique, comme choses propres à l'individu, (livre II, chap. vi, § 5, p. 467), c'est en considération du passage de l'individuel au social qu'on les considère comme matières.

[25]. On peut même observer aujourd'hui que les religions reproduisent d'une manière particulièrement frappante les évolutions qui font passer l'homme de la vie affective à la vie intellectuelle. On peut dire que tout phénomène psychologique est surtout visible dans le domaine religieux.

[26]. J'ai déjà appelé l'attention sur la position particulière de Vico au sujet du progrès. Michelet dit que, dans la première édition, notre auteur concevait « pour l'humanité l'espoir d'une perfection stationnaire. Cette idée, que tant d'autres philosophes devaient reproduire, ne reparait plus dans les éditions suivantes » (Discours, p. 18). Cette remarque est importante ; elle montre que Vico avait eu conscience de la nouveauté de la doctrine que devait produire la Science nouvelle.

[27]. Axiome 69.

[28]. Cité par M. Fouillée (Le mouvement positiviste et la conception sociologique du monde, p. 270).

[29]. Cette délicatesse de mesure entraîne à des conséquences d'une haute importance : il n'est pas possible d'attribuer un caractère sentimental uniforme à une longue période, comme le fait Vico ; on dénature ainsi le procédé si précis qu'on avait adopté pour caractériser les phénomènes. L'erreur de Vico est d'autant plus excusable que les historiens ont continué à suivre le même procédé et à parler des sentiments d'une manière vague. Je crois, d'ailleurs, que pour arriver à une véritable précision scientifique, il faut ajouter à la dénomination des sentiments l'exposé des conditions économiques principales.

[30]. Livre IV, chap. vi, § 1, p. 593. Cf. sur la continuité, livre II, chap. vi, § 5, p. 468.

[31]. Axiome 96.

[32]. Axiome 82.

[33]. Je ne dis pas conduite par des idéalistes, car ces messieurs ne conduiront rien : ils se contentent de troubler la raison populaire par leurs illusions, leurs promesses, leurs revendications ; et quand l'enthousiasme a rendu les hommes incapables de raisonner, ils se lavent les mains du sang versé et parlent de la pureté de leurs intentions. Il est difficile qu'une révolution idéaliste ne soit pas sanguinaire : nous autres, nous sommes pour une révolution fondée sur la connaissance du possible, et une pareille transformation ne comporte point de proscriptions.

[34]. Axiome 68.

[35]. Axiome 95.

[36]. Axiome 96.

 

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