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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 21:53
 
 
le jardin mouillé
 
 
 
La croisée est ouverte; il pleut
Comme minutieusement,
A petit bruit et peu à peu,
Sur le jardin frais et dormant.

Feuille à feuille, la pluie éveille
L'arbre poudreux qu'elle verdit;
Au mur, on dirait que la treuille
S'étire d'un geste engourdi.

L'herbe frémit, le gravier tiède
Crépite et l'on croirait là-bas
Entendre sur le sable et l'herbe
Comme d'imperceptibles pas.

Le jardin chuchote et tressaille,
Furtif et confidentiel;
L'averse semble maille à maille
Tisser la terre avec le ciel.

Il pleut, et, les yeux clos, j'écoute,
De toute sa pluie à la fois,
Le jardin mouillé qui s'égoutte
Dans l'ombre que j'ai faite en moi.
 
 
 
Henri de Regnier (1864-1936). Les Médailles d'argile (1903).
 
 
croquis d'orient
 
 
 
Le soleil, dans l’azur épais, luisant et gras,
Est comme un fruit obèse et dont l’écorce éclate,
Auquel ce bon vieux Turc compare sur sa natte
La citrouille turgide au milieu des cédrats.

Au seuil de sa boutique amoncellent leurs tas
L’aubergine vineuse et la rouge tomate,
Et son œil en extase aux couleurs se dilate.
Le turban rond s’enroule à son crâne au poil ras.

Dans l’ombre, il va bientôt s’étendre pour la sieste,
Tandis qu’une acre odeur de miasme et de peste
S’exhale autour de lui de ce quai d’Orient,

Où, Sultane de rêve aux merveilleux royaumes,
Il sent venir, avec un frisson souriant,
La fièvre fabuleuse et diverse en fantômes.
 
 
 
Henri de Regnier (1864-1936). Le Miroir des heures (1911).
 
 
les jardins
 
 
 
Ne pensez pas, un jour, que mon cœur vous oublie
Et qu’il ne se souvienne plus d’avoir aimé
Vos ombrages souvent dont la paix m’a charmé,
Beaux promenoirs d’amour et de mélancolie,

Vous dont la pompe illustre à la grâce s’allie,
Qui mêlez l’un à l’autre en votre air embaumé
Et la rose odorante et le buis parfumé.
Jardins, ô chers jardins, de France et d’Italie !

Vous voici. Je revois vos marbres et vos eaux ;
J’entends mon pas lointain au fond de vos échos,
Car les lieux, comme nous, ont aussi leur mémoire;
Et vous ne changez point et le temps passe en vain
Et l’ombre tourne encor, mouvante, aiguë et noire,
Autour de l’if français et du cyprès romain !
 
 
 
Henri de Regnier (1864-1936). Le Mirir des heures (1911).
 
 
fontaine.jpg
 

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