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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 22:40
Carling

Une semaine après  l'explosion qui a causé la mort de deux jeunes ouvriers -  âgés de 22 et 29 ans -  et blessé six autres personnes, sur le site pétrochimique de Total à Carling,  l'heure est à la colère en Lorraine. Syndicats, partis politiques et  associations de protection de l'environnement dénoncent la "négligence" de l'entreprise, sa politique de sécurité incertaine et le manque de moyens consacrés à la modernisation et à la mise en sureté de ses installations.

Comme le rappellaient plusieurs journaux (Le Monde, l'Humanité, notamment), les incidents sur le sites pétroliers de Total ne sont pas rares. Carling est bien connu des associations écologistes et des dégagements de produits toxiques ont été constatés à plusieurs reprises depuis cinq ans : 6 tonnes de styrène en juin 2005, 4 tonnes de benzène en janvier 2007, des rejets d'hydrocarbures en février 2007 et novembre 2008... Le 1er septembre, prochain, Total sera d'ailleurs  convoqué pour infraction à la législation sur les installations classées sur cette plate-forme. La CGT dénonce de son côté "l'allongement de la liste des morts" : deux autres personnes sont décédées sur les sites chimiques de Total depuis le début de l'année.

On stigmatise aussi le "laxisme" et le peu de moyens dégagés par les pouvoirs publics pour contrôler de façon sérieuse de telles installations. Même si le temps n'est plus où le service des Mines était soupconné de collusion avec les grandes entreprises minières, sidérurgiques et chimiques de la région, le personnel affecté aux contrôle des installations classées est notoirement insuffisant : 1200 personnes sur toute la France pour surveiller 51000 installations à risque. La Lorraine n'échappe évidemment  pas à cette pénurie.

L'accident de Carling est-il de nature à faire réfléchir la multinationale pétrolière et son dirigeant, le pontifiant M. de Margerie ?  Chez Total, on se rassure à bon compte en rappellant que 20 M€ ont été investis dans les deux vapocraqueurs de Carling depuis 2002. Notoirement insuffisants, disent les syndicats qui parlent "d'équipements vétustes et de campagnes de maintenance insuffisantes". Même son de cloche du côté des écologistes qui dénoncent : "Un matériel ancien, une absence de volonté d'investir dans la sécurité, et l'importance du facteur humain. Un jeune homme peu expérimenté a été envoyé pour rallumer le surchauffeur". Tout celà dans un contexte  social particulièrement tendu :  le site fait l'objet depuis mars dernier d'un plan de réduction d'effectifs qui porte sur une centaine de postes et cet accident n'est évidemment pas de nature à rassurer sur leur avenir les 850 salariés de Carling.

Pendant ce temps-là, le pétrolier continue à engranger les bénéfices et à choyer ses actionnaires. En 2008, le groupe annonçait des résultats inégalés (près de 14 milliards d'euros, en croissance de près de 14% par rapport à 2007) et versait plus de 5 milliards d'euros de dividendes. Il consacrait dans le même temps moins de 300 M€ à la modernisation de  ses activités chimiques françaises et de l'ordre d'une vingtaine de millions d'euros sur Carling. Total, qui fut jadis un des fleurons de notre industrie, est-il définitivement passé du côté de l'économie de casino ? Ses ingénieurs, ses cadres, ses techniciens et ses ouvriers, et au premier chef ceux de Carling, sont en droit, ce soir, de se le demander.

Henri Valois.

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