Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 22:40
L'Italie à la paresseuse


par Henri Calet

Mis en ligne : [23-08-2009]

Domaine : Lettres



Henri Calet (1904, 1956), journaliste et écrivain, fut d'abord le chroniqueur gouailleur et émouvant du Paris populaire de la première moitié du XXème siècle. Mais Calet, c'est aussi le voyage et une façon ironique, rieuse, non conformiste de parler de l'art de voyager, comme l'illustre cette promenade italienne, publiée pour la première fois en 1950 (Gallimard).


Henri Calet, L'Italie à la paresseuse, Paris, Le Dilettante, Mai 2009, 192 pages.


Calet en Italie,
par Emmanuel Hecht - Les Echos du 9 juin 2009.


En 1949, Henri Calet (1904-1956) daigne quitter son seul amour, le 14e arrondissement de Paris, pour Padoue. Un ami l'a invité pour représenter la presse française à un congrès international du gaz combustible. Calet se rend dans une agence Cook (« J'étais serré dans une masse de dames riches et soyeuses ») et prend un billet de 1re classe pour le Simplon-Orient-Express. Il n'est pas un voyageur comme les autres. Dès les premières pages de « L'Italie à la paresseuse », réédité par Le Dilettante, il se place sous la bannière de la baronne de Staël : « Voyager est, quoi qu'on puisse en dire, un des plus tristes plaisirs de la vie. » L'écrivain n'est pas du genre à raconter son voyage. Son esprit est diverti par les nombreux militaires se promenant sur les quais des gares (« Il est curieux de noter que les chemins de fer attirent partout les soldats »). Il devine les îles Borromées sous le store baissé par un passager anglais. Il résume Milan en une phrase : « D'une fenêtre des «gabinetti», on a une vue sur une place. » Venise ? « Vue ainsi, à distance, cela ressemblait à un petit tableau de Canaletto (ou de Guardi) » au Louvre. A Rome, il apprend que Marcel Cerdan a été battu par Jacky la Motta, le « taureau du Bronx ». En souvenir, il rapporte un presse-citron en forme de sifflet. Le camelot lui offre en prime un bouchon-verseur (« Les bouchons-verseurs sont doublement recommandables : vous ne perdez pas une goutte de liquide et vous ne tachez pas les nappes. »). Son « humour laconique et glacé », selon Francis Ponge, fait du bien. Tout chez Calet est naïf, faussement naïf et raté. « Je confesse, dit-il, que je suis un touriste apathique, et même décourageant. » La tristesse de cet homme-là n'a pas de limite. Sa tendresse, non plus. « Je la cache au fond de ma poche, comme on cacherait un mouchoir sale dont on aurait un peu honte », écrit-il dans « Peau d'ours », un ouvrage posthume. Il est désolé d'être pessimiste, il s'excuse de son désespoir. « Ce qui rend les voyages à peu près inutiles, c'est que l'on se déplace toujours avec soi, avec les mêmes pensées, le même passé, les mêmes ennuis, le même tour d'esprit, les mêmes appréciations sur les choses et les gens. »


Partager cet article

Repost 0
la revue critique des idées et des livres - dans Notes Lettres
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche