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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 20:00
 
 
les épiceries
 
 
 
Le soleil meurt : son sang ruisselle aux devantures ;
Et la boutique immense est comme un reposoir
Où sont, par le patron, rangés sur le comptoir,
Comme des cœurs de feu, les bols de confitures.

Et, pour mieux célébrer la chute du soleil,
L'épicier triomphal qui descend de son trône,
Porte dans ses bras lourds un bocal d'huile jaune
Gomme un calice d'or colossal et vermeil.

L'astre est mort ; ses derniers rayons crevant les nues
Illuminent de fièvre et d'ardeurs inconnues
La timide praline et les bonbons anglais.

Heureux celui qui peut dans nos cités flétries
Contempler un seul soir pour n'oublier jamais
La gloire des couchants sur les épiceries !
 
 
 
vincent muselli (1879-1956). Les Masques (1919).
 
 
les aventuriers
 
 
 
Stériles comme un glaive enceint des seuls éclairs !
Vous n'avez point fondé d'état ni de famille,
Rien laissé qu'aux débris d'une pourpre guenille,
Cent bouches à vos noms clamantes dans les airs.

La cité, les travaux, les tranquilles partages,
L'inexorable abri des lois et des maisons...
Pourtant si vos yeux pillent les horizons,
Qu'ils sont beaux ces destins fatiguant les cordages !

Les lâches, les jaloux couvrent le parapet :
Partez grands cœurs ! L'océan gronde et vous promet
La gloire des dangers allumée à leurs pointes.

Que votre pavillon soit frère de la nuit !
Vous verrez le ciel poindre aux morales disjointes,
Et, dans le sang versé, l'ombre des dieux qui luit.
 
 
 
vincent muselli (1879-1956). La Revue anarchiste. (janvier 1930).
 
 
intérieur
 
 
 
Qu'il faille leur concours pour gonfler l'édredon,
Suspendre les rideaux, dresser les étagères,
Les Dieux sont avec toi, belle Iris, quand tu gères
La chambre et les loisirs dont l'amant te fit don.

Psyché sur un tapis pleure son abandon,
Le Faune au ciel du lit courtise les bergères,
Et creusant l'acajou de leurs pointes légères
Les flèches de l'Amour ornent le guéridon.

Reine de ces trésors ils occupent tes heures,
Souvent aussi, debout longuement tu demeures
Rendant à ton miroir l'honneur que tu lui dois,

Et sur la cheminée un couple de Silènes
Ecoutent lamenter au choc dur de tes doigts
Une flûte captive au creux des porcelaines.
 
 
 
vincent muselli (1879-1956). Revue "Les Marges". (mars 1914).
 
 

 

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