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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 21:55
Un pion

M. Darcos est un pion, et même un assez vilain pion. Son passage à l'éducation nationale, où il se comporta pendant deux ans comme le plus buté des surveillants généraux, supprimant les postes, fermant les classes, maltraitant les programmes, restera dans les annales. Jamais un ministre n'aura aussi peu fait et aussi mal fait. Et, si l'on s'en tient à la période récente, jamais on n'aura comptabilisé autant de jours de grèves et de manifestations, mêlant professeurs, parents et élèves, que pendant le triste ministériat du sieur Darcos. Son remplacement - même par le petit Chatel qui s'intéresse pourtant plus à la communication qu'au fond des dossiers - en aura soulagé plus d'un. Primum non nocere, comme disaient les Anciens.

Il fallait bien le recaser quelque part et on lui proposa comme une promotion le portefeuille du travail, des relations sociales, de la famille, de la solidarité et de la ville. Toutes choses un tant soit peu sérieuses, pour lesquelles, bien évidemment, M. Darcos n'a aucune des compétences requises. Il est vrai qu'il succède au rondouillard Xavier Bertrand, qui n'aura pas laissé des traces profondes dans notre code du travail. Et qu'après tout, ni Rama Yade aux sports, ni Bruno Le Maire à l'Agriculture, ni Eric Besson à l'Imigration, n'ont vraiment la tête de l'emploi. De là à confier un des ministères les plus sensibles, en pleine période de crise et de chômage, à un pareil boutefeu, il y avait un pas. Il a été allègrement franchi.

Bien évidemment, M. Darcos n'a pas attendu de prendre la mesure des dossiers pour faire des annonces fracassantes. C'est à lui que François Fillon doit d'avoir vendu la mèche sur la réforme des retraites avant les vacances : une déclaration sur la remise en cause du seuil des 60 ans qui a failli mettre le pays en état de transe. Au point qu'il a fallu que les dirigeants syndicaux montent au créneau en même temps que le Premier ministre pour tout démentir et éteindre l'incendie. On conçoit que M. Darcos ait envie de communiquer à tout va et de se dégourdir les jambes sur n'importe quel sujet un peu médiatique : la situation sociale lui en laisse effectivement tout le loisir ! Les statistiques du chômage, imperturbablement mauvaises, se passent de commentaires. Quant à l'idée que le gouvernement, et singulièrement le ministre du travail, pourrait agir sur le front de l'emploi, durcir un tant soit peu les conditions de licenciement dans les entreprises qui font des bénéfices, accompagner les salariés victimes de patrons voyous, orienter l'investissement et la formation vers des secteurs en développement..., vous n'y pensez pas !  l est plus sage d'attendre tranquillement la reprise et surtout de se mêler de rien.

Et d'ailleurs pourquoi agir puisque, comme M.  Darcos vient de le déclarer au Monde, "le climat social est finalement assez apaisé et propice au dialogue" [1]. Les dizaines de milliers de salariés qui sont confrontés à des plans sociaux ou à d'insidieuses mesures individuelles de licenciement apprécieront. A commencer par les 300 ouvriers de Continental, dont les dirigeants syndicaux ont été durement condamnés par la justice le 2 septembre dernier, alors que dans la plupart des cas les patrons voyous ne sont pas poursuivis. Et les 400 employés de New Fabris, forcés d'accepter, début août, des primes de départ misérables à l'issue d'un combat désespéré. Et ceux de Mollex à Villemur, qui viennent d'apprendre que leur employeur américain, non content de les licencier, s'oppose à la reprise du site. Et les 130 de Trèves à Aÿ, largués sans perspective par un employeur qui aurait empoché quelques semaines auparavant plus de 55 M€ d'aides publiques. Et les 800 de chez Goodyear à Amiens, les 400 d'Idestyle à Guyancourt, ... et les milliers d'autres dont les médias ne parlent pas, et qui vivent dans la crainte des mauvais jours. Tout ceux là qui sont en droit d'attendre de l'Etat aide, appui et justice.

Il y a quelques mois, nous dénoncions ici même M. Raffarin, qui recommandait au Gouvernement d'agir avec fermeté à l'égard des violences ouvrières[2]. M. Raffarin et M. Darcos ont, l'un comme l'autre, de la chance : personne ne les prend plus réellement au sérieux. L'un parce qu'il n'est  plus qu'un vieux cheval dans la débine, l'autre parce qu'il joue les utilités au sein du gouvernement. Voilà qui les rend parfaitement irresponsables et qui les met à l'abri d'avoir jamais à rendre compte de leurs propos. Mais, de grâce, qu'on arrête de leur tendre des micros !


Paul Gilbert.



[1]. Xavier Darcos, "Le climat social est finalement assez apaisé", Le Monde des 13 et 14 septembre.
[2]. "Un rebelle", RCIL du 25 avril 2009.

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