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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 22:40
Les maîtres chanteurs

Il est encore trop tôt pour donner des estimations fiables sur le référendum irlandais. Mais on vient d'apprendre une nouvelle qui réchauffera le coeur de tous les anti-lisbonnards. Un nouveau recours contre la ratification du mauvais traité a été déposé devant la Cour constitutionnelle tchèque par un groupe de sénateurs eurosceptiques, mardi 29 septembre à Prague. Ces parlementaires, proches du Président Vaclav Klaus, mettent en avant de nombreuses contradictions entre le texte bruxellois et la loi fondamentale tchèque. Selon Jiri Oberfalzer, sénateur du parti ODS, à l'origine de cette initiative, la Cour de Prague devra dire si l'Union européenne est une "organisation internationale" ou un "super-Etat" en devenir. Visiblement le recours est très sérieusement fondé et a été préparé de haute main par les meilleurs juristes.

Selon certains milieux diplomatiques à Bruxelles, la démarche des sénateurs tchèques serait de nature à retarder de plusieurs mois - on parle même d'un délai supérieur à 6 mois - la ratification du traité européen par Prague et sa mise en oeuvre effective. De plus, elle contrarie très sérieusement les plans de M. Barroso qui comptait mettre en place sa nouvelle Commission dans un délai d'un à deux mois, en s'appuyant sur les règles de Lisbonne qui conservent à chaque pays la possibilité de disposer d'au moins d'un commissaire. Si le traité ne pouvait être approuvé avant fin 2009, l'équipe Barroso devrait alors être désignée selon les critères du traité de Nice qui restreint fortement le nombre de commissaires. Ce qui ne manquerait pas de provoquer une crise politique durable des institutions européennes.

On commence à percevoir à Bruxelles la portée dramatique de ce recours. Certains ne manquent pas d'y voir l'action directe du chef de l'Etat tchèque, qui ne cache pas sa volonté d'utiliser tous les moyens en son pouvoir pour s'opposer au mauvais traité. Comme nous l'indiquions ici même mardi dernier (RCIL du 29 septembre), le calcul de M. Klaus pourrait être assez simple : le recours des parlementaires de Prague est de nature à faire trainer les choses jusqu'aux élections générales en Grande Bretagne prévue au printemps 2010, qui devraient logiquement voir l'arrivée au pouvoir des conservateurs de M. Cameron. Or M. Cameron a encore confirmé mercredi 1er octobre que "si ce traité est encore en débat en Europe dans 8 mois, nous fixerons une date de référendum durant la campagne et nous l'organiserons immédiatement après l'élection. Et je défendrai le non". Les tories ont d'autant plus de raisons de mettre leur projet à exécution que l'opposition à l'Europe de Lisbonne les rend très populaires auprès de l'ensemble des électeurs britanniques.

Il semble qu'à Bruxelles, personne n'ait vu le coup venir. Toute l'oligarchie européiste pensait se débarasser ce weekend de l'affaire irlandaise et elle s'étouffe évidemment de rage à la vue de ce nouvel obstacle. L'atlantiste Javier Solana, ci devant diplomate en chef de l'Union européenne,  y est allé hier de sa petite larme de crocodile : "Le monde a besoin d'une Union Européenne en bonne forme. Il serait absurde, étant donné la crise économique et le changement climatique (sic!), de ne pas permettre à l'UE de réaliser tout le potentiel que lui promet ce traité". Mais derrière M. Solana et ses propos à l'eau tiède, les commentaires des excités de l'eurocratie sont  beaucoup moins modérés et certains rèvent d'en découdre avec les Tchèques. Plusieurs gouvernements envisageaient sérieusement la tenue d'un Conseil européen extraordinaire, une fois les résultats irlandais connus, pour mettre Prague en accusation mais la Suède, qui préside actuellement l'Union, a rapidement désamorcé ces demandes, par crainte de braquer davantage encore les dirigeants et l'opinion tchèques. D'autres boutefeux agitent des menaces dans tous les sens: on parle de priver les tchèques de commissaire européen, de réduire unilatéralement les fonds européens attribués à Prague, tout celà naturellement dans la plus pure illégalité démocratique. M. Lellouche, sous ministre français des affaires européennes, tonnait contre le président Klaus et annonçait qu'en cas de blocage, "il y aura des choses désagréables pour la République tchèque". Il y a vingt ans, la prononciation de  telles aneries nous aurait valu  une crise diplomatique, mais qui connait M. Lellouche à Prague ?

Ce soir, dans le palais du Hradschin qui surplombe la vieille ville de Prague, l'homme que les tchèques ont placé à leur tête, il y a un peu plus de 5 ans, se frotte sans doute les mains, en savourant un de ses énormes cigares. S'il réussit son coup, celui qui se définit lui même comme "un dissident européen" aura droit à la gratitude de tous les hommes libres du continent. Le peuple français, dont la voix est baillonnée depuis 2005 par des politiciens indignes, saura s'en souvenir.

 

  Vincent Lebreton.

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