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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 10:00

L'oeil de Stendhal

 

L'actualité de notre grenoblois est à nouveau pleine de bonnes surprises. Après le Stendhal brillant des fêtes (Revue critique du 29 décembre 2009), c'est l'observateur, le moraliste  et le touriste qui sont sous les feux de la rampe.

Un retour rapide sur Filosofia Nova, Pensées, Marginalia, par Stendhal (Ressouvenances, juillet 2009, 334 p.), signalé trop rapidement dans notre précédente chronique. Tout beyliste doit se procurer la réédition de ces deux recueils de notes, publiés pour la première fois dans les années 1930 par l'excellent Henri Martineau. Il y trouvera une véritable mine de pensées, de réflexions et d'annotations que Stendhal conservait précieusement pour des ouvrages futurs, et qui finissent par former une sorte de "théorie intérieure", d'où l'appelation fantaisiste, moitié latine, moitié italienne de Filosofia nova. "Le but de la Filosofia, nous dit-il, est de faire goûter le plus possible plusieurs vérités morales que j'ai découvertes et que je crois neuves. Cet ouvrage sera composé de descriptions et de vérités". Rien de moins. Ce qui fascine, c'est la constance du personnage et cette volonté, en permanence de se percer à jour. Ainsi " Je suis peut-être l'homme dont l'existence est la moins abandonnée au hasard parce que je suis dominé par une passion excessive pour la gloire à laquelle je rapporte tout." (1804), ou encore "La principale crainte que j'ai eue en écrivant ce roman, c'est d'être lu par les femmes de chambre et les marquises qui leur ressemblent." (1828), et enfin "Il semble que l'ennui est un malheur qui vient des choses extérieures. On n'a pas assez d'esprit pour voir que l'ennui provient des exclusions prononcées par l'excessive vanité. " (1830). Un Stendhal comme l'aimait Jacques Laurent, voyeur, assez menteur, émouvant même (ou surtout) lorsqu'il se joue la comédie. Trois qualités du bon romancier.

On lira avec plaisir la petite plaquette consacrée à Londres (Magellan, mars 2010, 76 p). Un mélange de textes extraits du Journal, de la Correspondance ou de Souvenir d'égotisme sur les séjours de Stendhal outre Manche. Beyle oscille en permanence entre admiration, exaspération et mépris pour ces pauvres anglais. Il se jette à Londres le plus souvent pour oublier Paris ou Milan, mais la petite musique du lieu le prend assez vite et il se laisse aller à cette terre de contraste où Shakespeare et  les outrances de Kean voisinent avec le plus plat conformisme. Londres suscite aussi chez Stendhal une forme d'ironie particulière, moins joyeuse, moins "littéraire", plus féroce et plus vraie qu'ailleurs. Là bas, il se défoule et ne se passe rien.

Pour les amateurs de beaux portraits stendhaliens, Martial Daru, baron d'Empire, maître et bienfaiteur de Stendhal, par Henri Daru (Editions RJ, décembre 2009, 535 p.). On se souvient de la haute figure d'administrateur et de militaire, personnage mi sévère, mi indulgent, qui entraîne dans ses fourgons son jeune cousin Henri Beyle, en Allemagne, en Italie et en Russie et qui lui sert d'hôte à Paris. Daru, c'est un bloc de force, de fermeté et de volonté, le type même de l'homme supérieur de l'épopée napoléonienne. Et c'est en même temps l'élégance, le plaisir de vivre et la curiosité qui sont pour Stendhal les trois vertus françaises. Un ouvrage écrit avec aisance, des notes pleines d'érudition, une iconographie peu connue, ainsi que desux inédits de Stendhal. A découvrir absolument.

Nous signalons enfin le colloque international organisé les 3, 4 et 5 juin prochains par l'Université de Grenoble sur Stendhal, historien d'art (renseignements ici) et la parution prochaine d'un Stendhal de Philippe Berthier, professeur à la Sorbonne, grand spécialiste de Beyle et animateur de la revue de référence l'Année stendhalienne.

Nous aurons l'occasion de revenir sur cet ouvrage annoncé comme important ainsi que sur le recueil d'articles de Michel Crouzet, Regards de Stendhal sur le monde moderne (Editions Kimé, février 2010, 482 p.).

Eugène Charles.


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