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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 19:30
L'Etat prédateur                   


de James K. Galbraith
Mis en ligne : [09-11-2009]

Domaine : Idées

 

James Kenneth Galbraith, né en 1952, est un économiste américain. Professeur à Lyndon B. Johnson School of Public Affairs et au département de gouvernement de l'Université du Texas, il préside l'association internationale Economists for Peace and Security. J.K. Galbraith est proche de l'aile gauche du parti démocrate américain. Il a récemment publié Le nouvel Etat industriel (2007).


James K. Galbraith, L'Etat Prédateur. Comment la droite a renoncé au marché libre et pourquoi la gauche devrait en faire autant, Paris, Le seuil, Septembre 2009, 311 pages.


Présentation de l'éditeur.
Depuis trente ans, le culte du marché a dominé le discours politique. État modeste, impôts limités, déréglementation et libre-échange sont devenus les maîtres mots de ce dogme dont le succès fut tel qu'il a fini par faire de plus en plus d'apôtres au sein de la gauche. Or, à l'aube du XXIe siècle, nous assistons en Amérique à un drôle de chassé-croisé idéologique. Au moment où la gauche moderne a presque achevé sa conversion au marché libre, la droite conservatrice a définitivement abandonné cette idée. Galbraith montre comment, des années Reagan aux années Bush, la droite au pouvoir a transformé les États-Unis en république-entreprise où l'économie n'est pas régie par les marchés mais par une coalition de puissants lobbies industriels. Ces derniers sont soutenus par un État prédateur qui, loin de limiter l'emprise du gouvernement sur l'économie, entend bien au contraire l'approfondir pour détourner l'action et les fonds publics au profit d'intérêts privés. Si le discours officiel est resté libéral, c'est précisément pour masquer cette forme perverse d'étatisme. La nouvelle gauche libérale s'est laissé contaminer par le culte du marché libre qui n'a jamais été qu'un mythe instrumentalisé par ses promoteurs. Elle serait bien inspirée de se désintoxiquer et de comprendre enfin que les marchés n'apporteront aucune solution à la crise contemporaine, à la pauvreté, aux inégalités, à la crise écologique, tous ces défis qui appellent au contraire la planification, le contrôle public de la répartition des revenus et du financement de l'économie.

La critique de Anne Denis. - Les Echos, 22 octobre 2009.

Ecrit avant l'élection de Barack Obama et la chute de Lehman Brothers, ce livre n'en est pas moins d'une brûlante actualité. En décortiquant l'histoire du néolibéralisme aux Etats-Unis, de sa naissance sous Ronald Reagan à « sa subversion et à son effondrement complet » sous George Bush, il relate aussi « la vie et la mort d'une idée, le marché libre ». Digne héritier de son célèbre père - l'économiste John Galbraith, qui fut conseiller de plusieurs présidents dont Roosevelt et Kennedy -, l'auteur, professeur à la Lyndon B. Johnson School of Public Affairs de l'université du Texas, se définit en achevant son livre fin 2007 comme le « dernier des keynésiens ». Il doit se sentir moins seul aujourd'hui mais reste pessimiste, estimant, dans la préface de l'édition française qui vient de sortir, que « ceux qui espèrent trop, et trop vite, de la nouvelle adminis­tration américaine seront nécessairement déçus ». Car « les forces de l'Etat prédateur sont profondément ancrées dans les deux partis politiques ». De quoi s'agit-il ? Avec l'accession de Reagan au pouvoir triomphe le mythe conservateur qui repose sur quatre grands principes cohérents : monétarisme, économie de l'offre, doctrine de l'équilibre budgétaire et libre-échange. Mais, en pratique, affirme-t-il, ces principes n'ont jamais été appliqués avec rigueur ni succès, notamment en raison du pacte social remontant au New Deal (caisse de retraite, Medicare, universités publiques). Avec George Bush, seule la rhétorique est restée. Les bases conservatrices ont été remplacées par « la capture des administrations publiques par la clientèle privée d'une élite au pouvoir ». L'auteur analyse la dérive des grandes entreprises améri­caines, au regard de scandales de « pillage au plus haut niveau »dont Enron a été la révélation. Pillage directement lié, selon lui, à l'explosion des salaires des PDG. Cette nouvelle classe prédatrice s'est emparée de l'Etat pour le gérer « non pour mettre en oeuvre un projet idéologique » mais « de la façon qui leur rapporte le plus d'argent ». « Alors que la droite au pouvoir a abandonné les fondements philosophiques de sa cause, ceux-ci continuent dans une large mesure à fasciner la ­gauche », déplore Galbraith. Et de citer Hillary Clinton qui s'est sentie obligée de proclamer, durant la campagne des primaires, qu'il n'y avait pas de force plus puissante que le marché libre… Galbraith veut donc « libérer les esprits de gauche ». Une gauche qui manque tragiquement, selon lui, d'imagination. « L'assurance-maladie, figure en tête du programme progressiste depuis… 1948 ! » L'auteur appelle donc les démocrates à revenir sans complexe à la planification et au contrôle de la répartition des revenus, et les exhorte surtout à un plus grand volontarisme. Peu de propositions concrètes. Mais peut-être ­James Galbraith préférera-t-il, dans les ­traces de son père, essayer de chuchoter ses idées à l'oreille d'Obama.

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