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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 11:30
Le Club des Incorrigibles Optimistes     


de Jean-Michel Guenassia
Mis en ligne : [14-12-2009]
Domaine : Lettres

guenassia

Jean-Michel Guenassia est né en 1950 à AlgerLe Club des Incorrigibles Optimistes est son premier roman.


Jean-Michel Guenassia, Le Club des Incorrigibles Optimistes, Paris, Albin Michel, août 2009, 756 pages.


Présentation de l'éditeur.
Michel Marini avait douze ans en 1959. C'était l'époque du rock'n'roll et de la guerre d'Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l'arrière-salle du bistrot, il a rencontré Igor, Léonid, Sacha, Imré et les autres. Ces hommes avaient passé le Rideau de Fer pour sauver leur peau. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, trahi leurs idéaux et tout ce qu'ils étaient. Ils s'étaient retrouvés à Paris dans ce club d'échecs d'arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Et ils étaient liés par un terrible secret que Michel finirait par découvrir. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie du jeune garçon. Parce qu'ils étaient tous d'incorrigibles optimistes. Portrait de génération, reconstitution minutieuse d'une époque, chronique douce-amère d'une adolescence : Jean-Michel Guenassia réussit un premier roman étonnant tant par l'ampleur du projet que par l'authenticité qui souffle sur ces pages.

Critique de Jean-Pierre Amette. - Le Point, 31 août 2009..
Guenassia et le bistrot des illusions perdues. Dans les années 60, à Denfert-Rochereau, il y avait un café, le Balto, tenu par un Auvergnat. Des jeunes viennent y faire des parties de baby-foot. Notamment un charmant lycéen, Michel Marini, qui avait 13 ans en 1960 et une passion, la photographie. Mais si on observe ce café, il comporte une discrète arrière-salle. Elle abrite un club de joueurs d'échecs qui ressemblent à des conspirateurs. Ses membres sont des réfugiés politiques : Russes blancs ou anciens communistes, Polonais, Tchèques, Hongrois, Grecs, Roumains ou Allemands de l'Est. Ils s'appellent Sacha, Igor, Vladimir, Werner, Tibor, Imré ou Léonid. Ils ont parfois un passé héroïque, comme l'antinazi Werner, projectionniste dans un cinéma de la rue Champollion, ou bien Léonid, qui fut un héros dans l'aviation de l'Union soviétique. Tous victimes de la guerre froide, du rideau de fer, du stalinisme et de la terreur policière. On les découvre grâce au jeune Michel, qui, par sa gentillesse, est adopté par ces naufragés. Par ailleurs, quand il rentre chez ses parents (commerçants dans l'électroménager vers les Gobelins), Michel retrouve son tendre père, d'origine italienne, fanatique de Verdi, une mère autoritaire et organisatrice, un grand frère, Franck, inscrit aux Jeunesses communistes, une soeur, Juliette, vrai moulin à paroles, et Vermont, le copain de Franck, qui, lui, rêve de faire la révolution en France en exterminant les opposants, se prenant pour Saint-Just et annonçant les maoïstes ou les trotskistes de Mai-68. Subtilement, avec rapidité, virtuosité et fluidité, l'auteur place ses personnages, nous offre des tranches de vie. L'opposition entre la vie familiale petite-bourgeoise de Michel le lycéen et l'arrière-plan tragique du stalinisme donne à ce roman une singularité, une originalité totales. Le Paris de l'époque est magnifiquement suggéré, entre la place Monge, la Contrescarpe et le boulevard Raspail. L'auteur, Jean-Michel Guenassia, né à Alger en 1950, a longtemps travaillé sur des scénarios de télévision. Il manifeste un naturel épatant pour développer une dispute à table, nous faire partager les discussions entre un Russe communiste et un Hongrois antistalinien. Il y a de l'allant dans ce feuilleton, une douceur dans la narration, des alliances réussies entre les truquages politiques de l'époque et l'innocence d'un lycéen. Et puis, Sartre vient s'installer au 222 du boulevard Raspail. Entre les victimes du stalinisme et l'arrivée de notre grand existentialiste, le raccourci est percutant. Enfin, le plaisir de retrouver la France grise du commissaire Bourrel et les verres en cristal de Baccarat mis sur la nappe le dimanche, les accords d'Évian (décidément, les eaux minérales ne réussissent pas à l'histoire de France), le procès de Marie Besnard, la mort de Camus, cette France bagnoleuse des week-ends en Normandie, de liquidation coloniale, de rêves à crédit et de plastiquages OAS. Il a fallu six ans à l'auteur pour venir à bout de ce roman-fleuve, commencé en mai 2002, achevé en décembre 2008. Il affirme qu'il est né d'une image. "Vers 1961-1962, dit-il, j'ai vu Kessel et Sartre jouer aux échecs dans un café du boulevard Raspail. Je n'avais rien lu d'eux. Souvent, quand j'en parlais, on me répondait : "Ce n'est pas possible, ces deux-là ne peuvent pas être copains." Et dans ce bistrot, il y avait deux Hongrois et deux, trois Allemands de l'Est." Étrange comment, à partir d'un bistrot, un livre se développe par ondes pour recomposer une époque. En tout cas, le chagrin et la pitié sonnent dans ce beau livre.

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