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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 11:30
Résister au libéralisme            Les penseurs de la communauté

de François Huguenin
Mis en ligne : [25-01-2010]
Domaine :
Idées

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François Huguenin, né en 1965, est essayiste et historien des idées. Il a d'abord travaillé sur la pensée politique réactionnaire et libérale française, puis sur les mouvements américains de contestation du libéralisme : philosophes communautariens et nouvelle théologie politique. Il a récemment publié : A l'école de l'Action française.  Un siècle de vie intellectuelle (Lattès, 1998), La République xénophobe, (en collaboration avec Jean-Pierre Deschodt, Lattès, 2001), Le conservatisme impossible. Libéralisme et réaction en France depuis 1789 (La Table ronde, 2006).



François Huguenin, Résister au libéralisme. Les Penseurs de la communauté, Paris, CNRS éditions, octobre 2009, 256 pages.


Présentation de l'éditeur.
Comment concevoir une critique non marxiste du libéralisme ? À l'heure de la crise financière et de l'essoufflement du modèle capitaliste, cette interrogation cruciale nous concerne tous. Elle mobilise, outre-Atlantique, une galaxie foisonnante de philosophes, d'historiens, de théologiens : les « penseurs de la communauté », engagés dans un débat qui bouscule nos certitudes françaises. Voici la première grande synthèse sur ce courant d'idées. De l'éthique des vertus proposée par MacIntyre au républicanisme de Skinner, en passant par le mouvement « Radical Orthodoxy » et la nouvelle théologie de Cavanaugh, cette redécouverte de la communauté propose une conception alternative à la vision libérale de la modernité. Justice sociale, bien commun, place de l'homme dans la Cité, formes innovantes de sociabilité : ces penseurs renouvellent en profondeur notre conception du vivre-ensemble. Et nous invitent à retrouver le sens d'une communauté revivifiée aux sources de l'éthique. Un ouvrage essentiel pour penser l'après-crise. Un grand traité de philosophie politique.

Recension d'Alexis Lacroix. - Le Magazine littéraire, décembre 2009.
Au-delà du contrat social. Aux Etats-Unis, ils sont qualifiés de "communautariens". Ce terme, bien distinct de "communautariste", désigne des philosophes qui, au sein de la mouvance libérale, veulent repenser de fond en comble les liens de l'individu et de la communauté. Constellation qu'étudie ici l'historien des idées François Huguenin. Qu'il s'agisse de Michael Walzer, de Michael Sandel ou de Charles Taylor, ces hommes, qui se reconnaissent plutôt dans la gaucha américaine, déplorent l'abstraction de la citoyenneté moderne et l'identification progressive des régimes libéraux, depuis les Révolutions américaine et française, avec l'individu calculateur, détaché de tout enracinement dans une tradition culturelle particulière. Contre cette vision purement contractualiste, explique Huguenin, ces auteurs, sans prôner pour autant les formes régressives de l'appartenance communautaire, s'efforcent de réhabiliter les liens sociaux qui ne relèvent pas du politique. Reste sans doute à étudier de façon systématique les communautariens français. Dans cet éventuel livre à venir, on découvrirait que leur attachement à la démocratie est parfois plus sujet à caution que celui de leurs cousins américains.


Entretien avec Jean-Marc Bastière. - Famille chrétienne, 14 Novembre 2009.

Le titre de votre livre, Résister au libéralisme. Les penseurs de la communauté, ressemble à un slogan de l’extrême gauche. En quoi votre critique est-elle différente ? La critique du libéralisme a été captée par le marxisme et la notion de résistance est souvent confondue avec celle de révolution. Je m’appuie sur toute une pensée, inconnue en France, mais très dynamique dans le monde anglo-américain : philosophes « communautariens » qui s’attachent à montrer que la conception individualiste libérale nie la dimension relationnelle de l’homme ; historiens des idées « républicaines » qui contestent le récit libéral de la modernité et tentent de conjuguer souci de la liberté et sens de la chose publique ; théologiens chrétiens qui récusent la logique de sécularisation et engagent la discussion éthique sur une base de réflexion qui n’exclut pas l’acte de foi. On peut critiquer le libéralisme sans surenchérir dans l’idéologie moderne du « Je fais ce que je veux ».
Parmi les « penseurs de la communauté », des chrétiens figurent en première place. Pourquoi ? Ils ne sont pas les seuls. Mais s’ils figurent en première place, c’est que si l’on veut vraiment porter une critique construite du libéralisme, qui passe inévitablement par la redécouverte de la dimension communautaire de l’homme, on aboutit nécessairement à un questionnement radical sur ce qu’est l’homme. Et là, la grande pensée chrétienne du politique, de saint Augustin à Benoît XVI, devient incontournable. C’est elle qui donne les pistes les plus solides pour penser l’homme autrement que l’individu atomisé de la modernité.

Qu'est-ce qui différencie l'idée de communauté de l'actuel communautarisme ? Le communautarisme est une idéologie, un absolutisme : il n’y a rien au-dessus de ma communauté. C’est une sorte d’individualisme exacerbé. La communauté, en revanche, n’est pas qu’une idée, c’est une réalité, celle de l’homme, animal politique qui n’est pas fait pour vivre seul. Je ne suis pas un individu désincarné, je suis homme, né dans telle famille, parlant telle langue, appartenant à tel pays, professant telle foi. Tout cela contribue à constituer mes valeurs, mon sens de la vie. Et c’est tout cela qui va faire de moi un homme, non pas figé dans un communautarisme étroit, mais capable d’élévation et donc d’universel.

Cette alternative à la vision libérale n'est-elle pas utopique ? Je pense qu’elle serait utopique s’il s’agissait de croire à un renversement au sommet des valeurs de notre société. C’est le prisme français entre le principe de la table rase révolutionnaire et le désespoir du « Tout fout le camp » réactionnaire. Ma réflexion est autre et conduit à Augustin. Il ne s’agit pas de songer à une utopique cité de Dieu sur terre, mais à tenter de faire vivre la cité de Dieu dans les cités des hommes, toutes imparfaites fussent-elles. Tout cela est très concret et très humble : consommer autrement, comme nous y incite le théologien américain William Cavanaugh ; porter une voix chrétienne dans le domaine éthique, en affirmant très clairement cette posture chrétienne ; mais aussi accepter que nous vivons dans un monde pluriel où nos « semblables » portent le voile ou sont pacsés… L’utopie serait de vouloir revenir à un monde monochrome qui n’a d’ailleurs jamais existé. Augustin dit merveilleusement que la paix est le but que les hommes doivent rechercher avant tout, mais aussi que la paix est ultimement rendue possible dans le Christ. C’est le paradoxe : la confrontation au libéralisme ne passe pas par une guerre, mais par un dialogue en vérité, non dépourvu de remises en questions radicales et douloureuses. C’est le sens de la parole que porte aujourd’hui Benoît XVI : parole de paix, d’amour et de vérité, parfois tranchante. Le plus grand adversaire du libéralisme aujourd’hui, c’est lui.


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