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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 19:30
Le procès des Lumières          
essai sur la mondialisation des idées         
   

de Daniel Lindenberg
Mis en ligne : [22-02-2010]
DomaineIdées
 lindenberg.jpg

 

Daniel Lindenberg est historien des idées, professeur de sciences politiques à l’université de Paris VIII et membre du comité de rédaction de la revue Esprit. Il a notamment publié Les Années souterraines 1937-1947 (La Découverte, 1990), Destins marranes (Hachette, 1997) et Le Rappel à l’ordre (La République des Idées/ Seuil, 2002).


Daniel Lindenberg, Le procès des Lumières, Paris, Seuil, Septembre 2009, 191 pages.


Présentation de l'éditeur.
Sept ans après son «enquête sur les nouveaux réactionnaires» qui avait déchaîné les controverses (Le Rappel à l'ordre, 2002), l'histoire semble avoir donné raison à Daniel Lindenberg. Le grand retournement idéologique qu'il avait identifié au seuil des années 2000 en France s'inscrit désormais dans une mondialisation des idées caractérisée par la montée des «révolutions conservatrices» un peu partout dans le monde. Retournant les Lumières contre elles-mêmes, à l'instar de leurs illustres devanciers des années 1930, les champions de ce nouveau backlash oeuvrent au recul de la rationalité et flattent des conceptions autoritaires et parfois racistes de la vie collective. Sous les apparences du mouvement, voire de la «rupture», c'est toujours une haine sourde de la modernité et de la démocratie qui les unit et constitue le fond de leur programme.

Critique de Gérard Leclerc. - Royaliste
, n°955, 19 octobre 2009.
La haine de la modernité ? Daniel Lindenberg récidive. Sept ans après son petit livre (Le Rappel à l'ordre), il persiste et signe. Les nouveaux réactionnaires sont partout présents et menaçants. Leur haine des Lumières, de la modernité et de la démocratie font des ravages universels. Car ils ne sont pas seulement Français. De l'Amérique à l'Inde en passant par tous les pays d'Europe (singulièrement l'Allemagne et l'Italie), ils submergent la culture contemporaine de leurs thématiques antirationnelles, autoritaires, et parfois carrément racistes. Avec Nicolas Sarkozy ils ont conquis le pouvoir en France, comme les néo-conservateurs hier avaient conquis l'Amérique avec les deux mandats de Bush. La victoire d'Obama signifierait-elle un répit face à la vague, voire même l'amorce d'un renversement de tendance ? " Il est sans doute un peu tôt pour annoncer haut et fort la revanche des Lumières, après plusieurs décennies de descente aux enfer."  Diable ! L'affaire est donc sérieuse, et il convient de l'examiner avec toute l'acuité possible. Le Rappel à l'ordre n'était pas un excès de mauvaise humeur. Daniel Lindenberg nous contraint à reprendre entièrement les principaux dossiers intellectuels de ces dernières décennies. 
D'une certaine façon, je m'en félicite. Autant son petit livre m'avait assez indisposé sans jamais me convaincre, autant cet essai plus substantiel m'a intéressé, instruit, parfois remis en cause. Convaincu? Non, car mes objections n'ont fait que se renforcer au fur et à mesure. Mais je ne voudrais pas qu'il y ait méprise. Mon intention n'est nullement de réfuter les thèses de Daniel Lindenberg, pour en prendre carrément le contre-pied. Il voudra bien me pardonner de ne pas rester dans son piège, qui consiste tout de même à imposer une grille parfaitement manichéenne de lecture de l'histoire des idées, qui suppose l'exaltation d'un camp forcément lumineux (celui des Lumières) et la diabolisation du camp adverse. Pour moi les choses sont infiniment plus complexes, plus mêlées, à commencer par les trop fameuses Lumières. Je puis admettre, certes, qu'on se réclame d'un grand moment de la Pensée, un peu comme Todorov prenant appui sur le célèbre texte d'Emmanuel Kant. Mais je ne suis pas sûr que le philosophe des Critiques condense à lui seul tout le XVIIIe siècle européen (pour faire court). Un historien comme Pierre Chaunu, dont on peut contester les options, mais sûrement pas l'ampleur du savoir, a écrit un grand livre sur l'Europe des Lumières, que François Furet considérait comme son chef d'oeuvre. Or, ce qui me frappe dans ce vaste tableau de la culture d'une époque, c'est son extraordinaire diversité. De l'Angleterre à la Pologne, les contrastes dominent par rapport aux ressemblances, en dépit d'un fond commun qui est l'expression d'un certain rationalisme.
Encore une fois, j'admets qu'on se reconnaisse dans cette haute époque, mais peut-être pas au point d'en épurer les ambiguïtés, parfois les lourdes erreurs. Daniel Lindenberg passe un peu vite sur l'anthropologie naturaliste d'une grande partie des philosophes généralement qualifiés d'humanistes. Et s'il dénonce à juste titre un racisme renaissant, il fait silence sur les travaux de Léon Poliakov montrant que les concepts du racisme contemporain sont liés au scientisme caractéristique d'une partie de la pensée du XVIIIe qui se prolonge sur les siècles suivants. De même, il peut citer les travaux de Xavier Martin pour se gausser de son féminisme traditionaliste, il passe à pieds joints sur une recherche encyclopédique qui met en évidence le biologisme dixhuitiémiste prolongé par les Idéologues et qui pose des questions gravissimes sur le concept même d'humanité. Je sais bien que Kant n'est pas du tout dans cette ligne mais son humanisme est précisément en rapport avec le piétisme religieux dont il est profondément imprégné. Sans doute Daniel Lindenberg entend-il introduire quelques nuances dans son tableau, mais c'est pour radicaliser plus fortement "alors même que le bilan des anti-Lumières, du fascisme d'hier aux fondamentalismes d'aujourd'hui, est plutôt terrifiant". Evidemment, en ces termes il peut être difficilement contredit. Mais n'est-ce pas au prix, encore une fois, d'un manichéisme qui ostracise tous ceux qui hier, et aujourd'hui, ne sont  pas exactement dans la ligne ?
Je prends deux exemples, pour aller vite.  Pourquoi cette vindicte à l'encontre de Burke qui dénonce l'emballement terroriste de la Révolution française ? On peut ne pas partager son analyse et sa postérité intellectuelle mais il est téméraire de prétendre qu'il ne pose pas de vraies questions. François Furet s'est précisément mis en travers de l'historiographie classique, sans crainte de se rapporter à un historien réactionnaire comme Auguste Cochin. Daniel Lindenberg a sans doute raison de marquer les nuances d'un auteur qu'on ne saurait ranger dans la mouvance contre-révolutionnaire, mais la radicalisation dont il fait preuve dans son attachement à l'histoire canonique de la Révolution est quand même étrange. Elle semble défier tout effort de complexification en dehors des camps balisés. Deuxième exemple : Léo Strauss. J'admets encore que ce philosophe intempestif ne fasse pas partie de sa paroisse. Mais rien ne fera contre le fait qu'il s'agit d'un penseur considérable, qui par son érudition et sa solide réaction même, peut rendre de signalés services à ceux qui ne le suivent pas dans ses conclusions. A son propos encore: pourquoi Daniel Lindenberg ironise-t-il sur les athées dévots qui semblent aujourd'hui prospérer, alors que lui-même se fait l'avocat fervent du rationalisme antireligieux lorsqu'il s'agit d'exégèse biblique ? 
Je ne parlerai pas de Charles Maurras, qui semble d'autant plus universellement redivivus, qu'il est sans cesse fantasmé et que sa survie semble aujourd'hui assurée par des adversaires qui ont besoin d'une sorte de pantin désarticulé. 
Pardon de ces sévérités. Je répète que je ne considère nullement cet essai comme négligeable, qu'il peut parfois faire utilement réfléchir, qu'il apporte dans certains domaines des informations précieuses. Mais comment réagir impartialement, alors que son auteur vous somme de choisir entre deux camps qui ne vous conviennent vraiment ni l'un ni l'autre. Pour ma part, je ne me suis jamais reconnu dans la révolution conservatrice. Les néo-conservateurs américains ont provoqué chez moi plus que des sentiments mêlés. S'ils m'ont intéressé, j'ai récusé une bonne part de leurs choix politiques. Le libéralisme économique a toujours été aux antipodes de mes conceptions sociales.Par contre il est vrai que certains réactionnaires fustigés par Daniel Lindenberg, comme Philippe Muray, me sont proches, mais en raison de leur profondeur et de leur lucidité humanistes. Je demande la simple liberté de ne pas adhérer à une modernité obligatoire. Grâce au ciel, la vie est plus riche et nuancée qu'un certain combat des idées le donne à croire.

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