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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 10:30

Dany l'imposteur

On savait que la littérature rajoutait à la méchanceté naturelle de l'homme, c'est vrai aussi de l'écologie. Pour s'en convaincre, il suffit de se plonger dans le pamphlet que Paul Ariès et Florence Leray viennent de consacrer à Daniel Cohn-Bendit [1]. C'est un règlement de compte comme on n'en lit plus beaucoup, intelligent, documenté, féroce à souhait, écrit sans regret ni remords. Nos lecteurs connaissent ou apprendront vite à connaître Paul Ariès. C'est une des principales figures intellectuelles de la décroissance et de l'écologie antilibérale. On connaît notre méfiance vis à vis du malthusianisme vert, où l'on peut trouver le meilleur et le pire. Mais avec Ariès, nous sommes en face du meilleur, d'un penseur authentique, exigeant, qui cherche depuis des années à explorer d'autres voies que celles du capitalisme mondialisé ou de la social démocratie placebo. Adversaire absolu du productivisme et de la société de consommation, Ariès plaide pour l'avènement d'un "usager maître de ses usages", qui n'est pas sans parenté avec l'être tout en mesure d'Aristote. Il faut lire son manifeste, publié en 2008 [2]. Et il faut lire le mensuel politique qu'il dirige, Le Sarkophage, un des laboratoires d'idées de l'après-sarkozysme.  

Ariès n'y va pas de main morte avec Cohn-Bendit. On sent qu'il n'a jamais vraiment fait partie de ses partisans ni de ses dupes. Tout y passe : le politicien calculateur, parfaitement dissimulé derrière le faux ingénu, le bateleur-né, toujours à la recherche d'un effet ou d'un bon mot, l'esprit sceptique et superficiel, assez indifférent à la pensée et au fond des choses. "Dany le rouge" a toujours été plus libertin que libertaire, nous dit Ariès. Il est le meilleur avocat du capitalisme vert, la caution dont le système a besoin pour continuer à produire en toute bonne conscience. Avec lui, demain sera le règne des faux semblants, des ruptures "cosmétiques", des révolutions pour bobos fatigués. En réalité, rien ne changera vraiment sur le fond, les éco-industries, qui auront leurs banques, leurs actionnaires, leurs patrons voyous et leurs travailleurs exploités, seront le meilleur vecteur de la relance du capitalisme. De cela Ariès ne veut pas, quitte à ce que l'écologie politique retrouve pendant quelques années les chemins de la marginalité, du temps de penser et du ressourcement. Un programme qui est aussi le nôtre. Alors, avec Ariès, sus à Dany l'imposteur !

  Vincent Maire.



[1]. Paul Ariès et Florence Leray, Cohn-Bendit, l'imposture, (Max Milo, 2010).

[2]. Paul Ariès, La Décroissance : un nouveau projet politique, (Golias, 2008)

 

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