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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 10:00
A mes prochains                     

d'Antoine Blondin
Mis en ligne : [25-05-2010]
Domaine : Lettres
Blondin.gif

 

Antoine Blondin (1922-1991) fut à la fois un de nos meilleurs romanciers,  un journaliste plein de verve et un chroniqueur sportif souvent inattendu.  Parmi ses ouvrages récemment publiés : Mon Journal (La Table Ronde, 1993), Un malin plaisir (La Table ronde, 1993), La Semaine buissonnière (La Table Ronde, 1999), Tours de France (La Table Ronde, 2001), Mes petits papiers (La Table ronde, 2006).
  

Antoine Blondin, A mes prochains. Paris, La Table Ronde, octobre 2009, 218 pages. 


Présentation de l'éditeur.
Antoine Blondin n'écrivait pas à la légère. L'auteur d'Un singe en hiver pesait ses mots — ses bons mots — jusque dans ses cartes postales. Inédites, ces lettres sont adressées à des proches : ses parents, ses éditeurs Catherine et Roland Laudenbach, avec lesquels il se montre aussi angoissé que fraternel, son grand complice Roger Nimier, amateur comme lui de plaisanteries et de grivoiseries, son ami Michel Déon, Kléber et Caroline Haedens, à qui il manifeste une déférente affection : « Nous avons dû nous croiser de peu à travers la Charente. Votre souvenir est tapi dans ces grottes, comme un bernard-l'hermite... Dégoûté d'écrire, mais non de vous aimer, je m'arrête là pour vous embrasser. »  

La critique de Thierry Richard. - Le magazine des livres, janvier-février 2010.
Antoine Blondin, homme de lettres. C'est un vrai petit régal de lecture auquel nous convie Alain Cresciucci en rassemblant, aux éditions de la Table Ronde, la correspondance inédite d'Antoine Blondin. A vos prochains, c'est toute une vie concentrée en 130 lettres et cartes postales, dessinant le portrait d'un écrivain mélancolique et drôle, finalement aussi peu productif dans sa correspondance que dans son oeuvre romanesque (cinq romans en 21 ans : "Aux approches de la cinquantaine, je suis resté mince, mon oeuvre aussi", écrira-t-il avec humour).
Tout commence en 1943 avec les lettres envoyées par Blondin, alors en Allemagne pour le S.T.O., à sa famille, pour s'achever en 1984, sur une courte missive à Roland Laudenbach, son éditeur à La Table Ronde, faisant état d'une "gêne" financière, phénomène devenu alors pour l'auteur de L'Europe buissonnière aussi coutumier que les gueules de bois et les ennuis de santé.
Deux choses frappent en premier lieu le lecteur de cette correspondance ténue. Le faible nombre de destinataires, tout d'abord. Blondin ne s'y adresse, outre sa famille, qu'à un petit cercle de proches et de fidèles avec qui il a tissé des liens d'amitié puissants et durables : Catherine et Roland Laudenbach, Roger Nimier, Michel Déon, Caroline et Kléber Haedens. Le second étonnement vient de ce que l'auteur de Monsieur Jadis y adopte une grande variété de tons : affectueusement déférent avec les Haedens, amicalement respectueux avec Déon, confident avec Laudenbach et potache avec Nimier.
On découvre au fil de ces pages un portrait de Blondin par lui-même, avec sa cargaison de lieux communs, ami fidèle et aimant, casanier contrarié, coureur de jeunes jupons, amateur forcené de bonne chère, menteur, farceur impénitent, alcoolique bagarreur, mais aussi cruel pour lui-même que pour ses livres ("une connerie très affligeante", voilà pour lui le résumé d'Un singe en hiver). C'est que sous la fantaisie (il invente pour Nimier un nouveau signe de ponctuation, le "point et virgule d'interrogation (...) pour emmerder ceux qui tapent à la machine") perce rapidement la mélancolie d'une âme tourmentée qui trouvera dans l'alcool de quoi s'apaiser.
Arrivent les années 1960 et l'humeur se fait plus maussade encore ("Je me sens triste, je ne bois pas, je n'écris pas non plus"). Elles verront la mort de son ami, de son frère d'armes, Roger Nimier, dont Blondin ne se remettra jamais ("J'ai peur, dans l'état où je suis, de faire de Roger un mystérieux personnage. Or, il était tout le contraire, dans ses sentiments, dans ses actes profonds, dans ses fidélités, il était la limpidité même"). Se multiplieront aussi les ennuis de santé et les problèmes financiers. "Il faudrait une existence autrement structurée que la mienne pour franchir cette passe sans dégâts", écrit-il. Mais malgré cette morosité nostalgique souvent présente ("Je me sens de plus en plus dans les marges de la vie"), c'est la gaieté de ce vieux singe espiègle que l'on a plaisir à retrouver au fil des pages. Les traits d'esprit fusent sans répit  (à la montagne avec le Tour de France, il veut "tourner l'alpage"). L'humour qui lui était une faible armure jaillit périodiquement ("Nous avons lâché lamproie pour l'omble"; à Bordeaux il écrit : "Dites à Roland que je ne suis pas un vignoble individu mais le Médocain malgré lui".)
Il faut également noter le remarquable travail effectué dans les notes de bas de page par Alain Cresciucci, éclairant les faits, les circonstances, les sous-entendus et les jeux de mots permanent lâchés au coin des lignes par l'auteur de L'Humeur Vagabonde.
La lecture de cette correspondance nous rappelle à quel point le style de Blondin n'avait rien d'un artifice. Son talent d'écriture lui était une seconde nature, il se posait même au dos des cartes postales : "Je me demande ce que je fais là au lieu d'écrire des romans au calme parmi des gens que j'aimerais. C'est donc au livre que je vais demander mes revanches". Nul ne doute qu'il les ait obtenues. Fusse au compte-gouttes.

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