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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 10:30
Lectures                                    
Chroniques du New Yorker             
 
de George Steiner
Mis en ligne : [22-06-2010]
Domaine : Idées 
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Né en 1929, George Steiner est essayiste, critique littéraire et philosophe. Il est l'auteur de nombreux essais sur la théorie du langage, la traduction, la philosophie de l'éducation, la philosophie politique... Esprit européen, s'exprimant aussi bien en anglais, qu'en français ou en allemand, détenteur d'une imense culture, George Steiner est membre de la British Académy. Il a récemment publié : Une certaine idée de l'Europe. (Actes Sud, 2005),  Les Livres que je n'ai pas écrits. (Gallimard, 2008), Ceux qui brûlent les livres. (L'Herne, 2008), À cinq heures de l'après midi.(L'Herne, 2008). 

  


George Steiner, Lectures. Chroniques du New Yorker, Paris, Gallimard, mars 2010, 404 pages.


Présentation de l'éditeur.
George Steiner a écrit plus de cent trente articles pour le prestigieux magazine américain The New Yorker entre 1967 et 1997, et il est incontestable que son érudition exceptionnelle y trouve une expression particulièrement brillante et divertissante. Le présent volume en offre un choix significatif et nous permet de suivre l'intellectuel européen dans son intérêt pour des thèmes ou personnages extrêmement divers. Que ce soit le destin d'Albert Speer - son amitié avec Hitler, son rôle dans le régime nazi, puis son long emprisonnement dans la prison de Spandau - ou la singularité du roman 1984 de George Orwell, devenu une véritable jauge de l'évolution de nos sociétés, ou encore l'histoire d'Anthony Blunt - grand critique d'art, spécialiste de la peinture française du XVIIe siècle, conseiller de la reine d'Angleterre, et espion pour le compte de l'Union soviétique -, George Steiner raconte et analyse tout à la fois. Anton Webern, Graham Greene, Thomas Bernhard, Vladimir Nabokov, Samuel Beckett, Louis-Ferdinand Céline, Walter Benjamin, Cioran, Claude Lévi-Strauss, Hermann Broch, André Malraux, Michel Foucault ou Paul Celan - pour ne citer qu'eux - donnent lieu à d'autres développements passionnants, vifs et nuancés. Ainsi rassemblés dans un recueil pour la première fois, l'ensemble nous offre un formidable condensé de la pensée du grand George Steiner.  

Critique de Antoine Perraud.
La Croix - 19 juin 2010
.
L'oeil orfèvre. L'écrivain, universitaire et critique George Steiner, né à Paris en 1929, d'origine juive autrichienne, ayant grandi aux États-Unis d'Amérique et vivant en Grande-Bretagne, apparaît comme un humaniste pluriculturel de la Renaissance, fort moderne pour autant. Il fut ainsi le premier talent chassé par une presse en crise désormais incapable d'attirer à soi les meilleurs esprits. C'était en 1997. Le New Yorker se privait de ses services, malgré trente années d'une production exceptionnelle. Parmi les quelque cent trente chroniques publiées dans le magazine à la fois exigeant et chic d'outre-Atlantique, en voici vingt-sept qui donnent idée de l'art d'un esprit encyclopédique, moqueur, partageur, amoureux du beau et du vrai, au jugement à la fois sûr et anticonformiste, lorsque libre carrière lui est donnée. George Steiner se lit avec plaisir et profit, tant il ramasse sans fermer, abreuve de références sans pesanteur ni «trissotineries», provoque sans être infécond. Le recueil s'ouvre sur un modèle du genre, l'analyse perspicace de la psychologie, du rôle et de l'enjeu que représenta sir Anthony Blunt (1907-1983), historien d'art britannique scrupuleux, membre des «Cinq de Cambridge», ces étudiants raffinés qui trahirent au profit de l’URSS. Blunt, note Steiner, pose la question de «l'idée fixe chez un intellectuel», avec cette «coexistence, en une même personnalité, du plus extrême souci de vérité et du plus extrême mensonge», avec ces «germes d'inhumanité plantés à la racine même du mérite supérieur». Le courriériste européen œuvrant en Amérique s'avère moraliste, comme lorsqu'il se penche sur le cas Céline : «Si la littérature sérieuse et les arts peuvent éduquer la sensibilité, exalter nos perceptions, raffiner nos discriminations morales, ils peuvent, par la même occasion, dépraver et déprécier notre imaginaire et nos élans mimétiques, les rendre bestiaux. Au fil de quelque quarante années de lectures, d'écriture et d'enseignement, je n'ai cessé de me heurter à cette énigme.» Toutefois, le jugement moral n'interfère jamais plus que de raison dans les éblouissements de monsieur Steiner, qui écrit, à propos de deux auteurs devenus parias pour accointance avec le nazisme : «Ezra Pound et Martin Heidegger sont très probablement les deux grands maîtres de l'humanisme de notre temps. Je veux dire par là qu'ils se sont exprimés avec plus d'autorité, plus d'énergie lyrique qu'aucun autre poète ou penseur du XXe siècle contre les dégâts écologiques, la vulgarisation du style personnel, la cupidité aveugle qui caractérise notre régime de consommation de masse» (novembre 1981). Mais c'est lorsqu'il aborde la langue et le style des écrivains que le charme opère d'emblée : «l'allemand incisif et marmoréen» d'Elias Canetti; «la prose souple et claire» d'un Bertrand Russell comparé à Voltaire, qui se révèle «une garantie contre les brutalités et les mensonges». Qu'il moque le Malraux d'après 1945, étrille Cioran, ressuscite Orwell, expertise Simone Weil ou admire Nabokov, George Steiner nous met de l'or dans la cervelle.

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