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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 10:30
La Russie             
entre deux mondes          
 
de Hélène Carrère d'Encausse
Mis en ligne : [25-10-2010]
Domaine :  Idées  
CARRERE-d-ENCAUSSE--Helene-.gif

 

Historienne, grande spécialiste de la Russie, Hélène Carrère d'Encausse est depuis 1999 le Secrétaire perpétuel de l'Académie française.  Elle a récemment publié Alexandre II, le printemps de la Russie (Fayard, 2005), Russie, la transition manquée (Fayard, 2005), L'Empire d'Eurasie (Fayard, 2005), La  deuxième mort de Staline (Editions complexes, 2006).  

  


Hélène Carrère d'Encausse, La Russie entre deux mondes. Paris, Fayard, avril 2010, 323 pages.


Présentation de l'éditeur.
1991 : liquidant de son propre chef l'Empire soviétique et le système communiste, Boris Eltsine croit avoir payé le prix de la modernité et attend que l'Europe l'accueille à bras ouverts. Vingt ans plus tard, que reste-t-il de cette illusion ? Hélène Carrère d'Encausse montre ici la somme des malentendus, soupçons, épreuves de force, occasions manquées entre le pouvoir russe - auquel Poutine a rendu puissance extérieure et fierté intérieure - et les Occidentaux. Sa grande originalité est de ne pas se contenter de nous présenter la Russie " entre deux mondes ", mais aussi " le monde vu de Russie ". Une Russie confrontée à des problèmes immenses - démographie en chute, corruption galopante, terrorisme... - qui mise sur sa force extérieure. Mais elle rencontre partout la puissance américaine, acharnée à l'écarter du " grand jeu énergétique et à la remplacer dans sa " zone d'intérêts ". Quelle vision sous-tend aujourd'hui la stratégie russe ? Asiatique ? Démocratique et européenne ? Ou passerelle entre les deux mondes ?


Recension de François Euvé. Etudes - juillet-août 2010.
Il existe un malentendu entre la Russie et les Occidentaux. On s’inter­roge toujours sur cet étrange pays. Qu’est-ce que la Russie, cette mosaïque de peuples, de langues et de religions ? Est-elle vraiment sortie de la logique impériale du communisme ? Ce dernier n’était-il pas lui-même un phénomène typiquement russe ? Cette plongée dans la Russie actuelle vue de l’intérieur commence par un rappel de l’histoire à partir de la disparition de l’Union sovié­tique : les hésitations des années Boris Eltsine puis le retour de la puissance avec Vladimir Poutine. Les chapitres suivants offrent un tour du monde géo­politique, commençant par « l’étranger proche » (les pays issus du démembre­ment de l’Union soviétique, en particu­lier ceux intégrés dans la « Communauté des Etats Indépendants »). Les essais frustrés d’ouverture à l’Ouest se ren­versent en affirmation de puissance et en rapprochement avec la Chine. Mais les discours des responsables montrent que l’on conserve la conscience de l’identité européenne de la Russie. Elle s’enrichit d’un rapport particulier à l’is­lam dans la mesure où la Russie reste un grand pays musulman. Le dernier chapitre fait une analyse détaillée du cas géorgien. Le propos reste équilibré sans cacher toutefois ni la nostalgie impériale des uns, ni l’autoritarisme et les manoeuvres des autres. L’auteur garde une certaine sympathie pour la Russie, qu’elle s’efforce de com­prendre. D’où l’intérêt de mieux se connaître pour échapper aux jugements péremptoires. Mais la Russie a encore un long chemin à faire avant d’accéder au statut de puissance à la fois moderne et morale.
 
Entretien avec Gérald Olivier. Le Spectacle du Monde - juin 2010.
A l’occasion de la venue en France du Premier ministre russe, Vladimir Poutine, le 12 juin, et du voyage à Saint-Pétersbourg de Nicolas Sarkozy, le 19, Hélène Carrère d’Encausse répond à nos questions. Historienne, spécialiste de la Russie, elle avait annoncé l’effondrement de l’URSS, dès 1978, dans son livre l’Empire éclaté. Elle publie aujourd’hui la Russie entre deux mondes, étude sur l’évolution de cet immense pays depuis qu’il n’est plus un empire.
 
Votre dernier ouvrage s’intitule la Russie entre deux mondes. Quel est le sens de ce titre? La Russie, qui a toujours considéré qu’elle était un pays d’Europe, s’est aperçue, à l’effondrement du système soviétique, qu’elle était aussi un pays d’Asie. Elle s’est aussi aperçue que cette position pouvait favoriser la reconnaissance qu’elle cherche auprès du monde. Comme le centre de gravité de ce monde glisse vers l’Asie, elle a tourné son regard vers le continent asiatique. Il en résulte un pays tiraillé entre sa vocation européenne et les opportunités que lui offre l’Asie. Mon livre raconte l’histoire de ce tiraillement.
La question que vous posez est-elle celle de l’identité russe ? C’est une question qui torture les Russes. Depuis des siècles, ils se demandent non pas tant qui ils sont, mais quelle voie ils doivent suivre. Imiter totalement l’Europe? Ou tenir compte de leurs spécificités pour construire leur propre modèle de société? Pendant cinq siècles, la Russie a été un empire. Même sous son habillage soviétique, l’Empire russe demeurait en filigrane. Et puis, en 1990, cet empire a été liquidé. Du jour au lendemain. Les dirigeants n’ayant rien à proposer pour le remplacer, l’idée eurasienne a fait son chemin comme identité de substitution. La Russie est désormais face à une décision fondamentale: choisir entre se sentir vraiment asiatique, ou jouer la carte asiatique tout en restant européenne.
La tentation de l’Asie est donc une option récente ? Les Russes ont évidemment toujours su qu’ils étaient sur un continent qu’on appelle l’Eurasie. J’ai d’ailleurs écrit un livre, il y a plusieurs années, qui s’appelait l’Empire d’Eurasie parce que, dès le XVIe siècle, cet empire s’étendait sur l’Asie. Mais l’idée d’être asiatique n’a jamais séduit les Russes. Leur orientation actuelle est purement opportuniste. En agitant deux identités, en présentant deux visages, ils peuvent jouer dans toutes les cours.
Est-ce plus une attraction asiatique, ou un rejet de l’Occident ? C’est les deux à la fois. Les Russes de la rue ont aussi été choqués de remarquer, à partir de 1990, que, malgré la chute du communisme, malgré l’ouverture à la démocratie et à l’économie de marché, ils restaient aux yeux du monde un « pays bizarre », un peuple étranger, comme du temps du marquis de Custine. Parallèlement, les diplomaties occidentalesse refusaient désormais à les traiter avec les égards dus à leur rang. La seule prérogative qui restait à la Russie après 1990 était son siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Or, une décision aussi fondamentale que celle de bombarder la Serbie, a été prise en contournant le Conseil, donc sans la consulter. Cette négation même de son existence a été vécue comme une humiliation. Elle explique à la fois le tournant asiatique et la volonté acharnée de Vladimir Poutine de rendre son rang à la Russie.
Comment qualifieriez-vous le régime russe ? Peut-on réellement parler de « démocratie» même si on est loin du totalitarisme soviétique ? Le régime totalitaire a, en effet, disparu mais certains aspects déplaisants demeurent: un autoritarisme considérable, une centralisation constante. Mais soixante-quinze ans d’enfermement dans un système totalitaire, cela ne se défait pas facilement. Beaucoup de gens ont été façonnés par ce système. Cette société ne sait pas ce qu’est la démocratie. Celle-ci est donc partielle. On peut critiquer la mainmise d’un parti sur les élections mais elles ont lieu et il existe une opposition. Il faut aussi garder à l’esprit la dimension du pays, qui reste immense même amputée d’un cinquième de son territoire et de cent millions d’habitants.
Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir en 1999. Il a la possibilité d’y rester jusqu’à 2020, au moins, soit l’équivalent de trois septennats. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Le signal fondamental, c’est que celui qui est au sommet du système ne s’y accroche plus. En 2008, la popularité de Poutine était énorme et tout le monde l’encourageait à modifier la Constitution, qui interdit plus de deux mandats présidentiels consécutifs, afin de rester en place. Il a refusé. Précisément pour renforcer la confiance dans les institutions. C’est un pas considérable dans le développement d’un Etat démocratique. Poutine est l’homme de la centralisation. Ce n’est pas un dictateur, mais quelqu’un qui envisage la démocratie à la russe. Il a donc choisi de désigner quelqu’un pour lui garder la place. Mais il a fait ce choix en sachant que ce quelqu’un pouvait prendre goût au pouvoir. La situation qui se dessine est d’ailleurs celle où les deux hommes risquent de se retrouver face à face…
Est-ce à dire que Medvedev sera candidat à la présidence contre Poutine en 2012 ? Poutine voudrait briguer la présidence en 2012. Il me l’a dit à moi et à d’autres. Medvedev, de son côté, dit sa volonté de se présenter et vient de le répéter. Il existe politiquement, il a une clientèle électorale, les moins de quarante ans, c'est-à-dire la génération de demain, avec qui il a un lien privilégié via Internet, et il a sa propre vision quant à la modernisation du pays. De plus, Medvedev est persuadé d’être, en quelque sorte, un Obama russe…
La vie politique russe reste malgré tout marquée par une absence de liberté des médias et la mise à l’écart des gens qui dérangent, opposants ou journalistes, de façon parfois radicale, c'est-à-dire par l’assassinat… Ne jetons pas la pierre trop vite. Où sont les démocraties parfaites ? S’il est vrai que la télévision est dans l’ensemble muselée, il existe une radio totalement libre à Moscou. Quant à la Toile, elle échappe au système. Or, tout le monde se connecte, désormais, sur Internet. C’est ça la nouveauté. Les gens n’achètent pas forcément les journaux, mais leur contenu est véhiculé par la Toile. La société grandit et les instances d’une société civile grandissent avec elle.
Que pensez-vous du sort fait à Mikhaïl Khodorkovski, cet oligarque, ancien patron de Ioukos, dont la société pétrolière a été démantelée et qui est aujourd’hui dans une prison sibérienne ? En 2001, j’ai eu un très long entretien avec Vladimir Poutine. Il m’avait dit alors : « Je ne reprendrai pas l’argent de ceux qui l’ont volé. Mais si, avec cet argent, acquis malhonnêtement, ils veulent faire de la politique, alors je les casserai. » Et il l’a fait. Cet argent provenait du pillage de l’Etat. Il faut le rappeler. Dès lors que faire ? Arrêter tous les milliardaires ? Leur reprendre cet argent ? C’était illusoire, et ça n’a été fait que dans un seul domaine, celui de l’énergie, parce qu’il s’agissait là des richesses de la nation. Ce qui explique le sort réservé à Khodorkovski. Je ne crois pas, du reste, qu’il soit « cassé ». Ce qui est étonnant, c’est qu’il n’a pas cherché à fuir. Il aurait pu. Il avait un avion privé, comme tous les oligarques. C’est un personnage digne de la littérature russe. Persuadé qu’il sera un jour président, il est resté, fidèle à son credo : « ils peuvent me tuer, mais je ne mourrai pas parce que j’incarne ce dont la Russie a besoin. »
Pour intégrer, comme elle le souhaite, le XXIe siècle, la Russie va devoir affronter de nombreux défis, économiques, politiques, démographiques, etc. Quelle est sa priorité ? Il y a un défi qui n’est pas gagnable, c’est le défi démographique. Le déclin de la population russe a commencé au début des années 1960 et s’est poursuivi jusqu’à la fin de l’ère soviétique. Sans qu’on n’en parle jamais. A l’heure actuelle, il semble s’atténuer, parce que, depuis 1990 et jusqu’en 2015, on rencontre un excédent de femmes en âge de procréer. Les Russes des anciennes Républiques soviétiques sont également rentrés au pays depuis que celles-ci sont devenues indépendantes. On a donc eu récemment deux apports de population. Mais cette amélioration est passagère, la tendance profonde va se poursuivre parce que les femmes en âge de procréer procréent peu. De plus, l’espérance de vie est basse : pour les hommes, cinquante-six ans en province et soixante-six ans à Moscou. Les mesures natalistes engagées par Poutine ne peuvent pas grand-chose. On ne rattrape pas en quelques mois des décennies de recul démographique. Or, la Russie a besoin d’une force de travail. La question est donc : quelle sorte d’immigration va-t-elle accueillir ?
Dans un tel contexte, le retour de la Russie à son statut antérieur de grande puissance est-il vraisemblable ? Poutine est un réaliste. Il est conscient que l’Empire russe, c’est fini. Il n’est donc pas dans son intention de le reconstituer. Lorsqu’il a qualifié l’effondrement de l’URSS de « plus grande catastrophe du XXe siècle », il a ajouté : « Ceux qui ne regrettent pas l’Union soviétique n’ont pas de coeur, mais ceux qui la regrettent n’ont pas de cervelle ». Il a ainsi voulu dire qu’il regrettait l’Etat puissant et respecté qu’était l’Union soviétique, mais qu’il ne regrettait pas le système soviétique. Sa politique consiste donc à rétablir ce respect dans le contexte d’aujourd’hui. Regardez ce qui vient de se passer avec la Pologne, peuple jadis martyrisé par la Russie : l’aveu russe concernant l’épisode de Katyn est d’une portée considérable. Parce qu’il suppose que, sur un sujet extrêmement sensible, l’on puisse, côté russe, aller jusqu’au bout de la vérité. C’est inédit. Or, c’est Poutine qui a personnellement négocié ce rapprochement, et qui a autorisé la déclassification d’un nombre considérable de documents. C’est un signal fort.
Moscou considère néanmoins avoir une sorte de « droit de regard » sur ce qu’il appelle «l’étranger proche ». Alliant géographie et sentiment, La notion d’étranger proche concerne les pays de la première couronne, devenus des pays « étrangers ». A l’époque, Eltsine avait invoqué « la famille des peuples », une notion totalement mensongère héritée de l’Union soviétique. La mentalité soviétique entretenait en effet l’idée que la société était une grande famille mue par l’amour; que l’Union des Républiques était sentimentale et pas politique. Rien n’était plus faux, mais cela a entretenu un sentimentalisme que l’on retrouve dans le désarroi des Russes d’aujourd’hui. Ils disent tout le temps : « on ne nous aime pas. » Mais depuis quand l’amour fait-il partie de la politique?
La Russie n’a pas non plus apprécié que ces pays se précipitent dans les bras de ses anciens adversaires… Vu de Moscou, tous les pays n’ont pas la même importance. Le vrai problème, c’est l’Ukraine. La Sainte Russie est née à Kiev. D’importantes populations russes vivent en Ukraine. Les Russes y avaient des datchas. Aujourd’hui, on ne peut plus contester son indépendance. L’identité ukrainienne est en pleine renaissance. Ainsi MmeTimochenko, l’ex-Premier ministre, qui n’avait rien d’une Ukrainienne, s’est créé une tête de paysanne et a cultivé la langue et la culture ukrainiennes pour en faire sa marque politique, démontrant que l’on peut devenir ukrainien. De plus, l’Ukraine a entraîné dans son indépendance une part capitale de la Russie, la Crimée. Outre l’importance stratégique que revêt la base navale de Sébastopol, il faut se rappeler que, historiquement, il y a eu deux grands pôles d’ambitions et de conquêtes en Russie : la Baltique avec Pierre le Grand et la Crimée avec Catherine II. D’où un ressentiment russe, et une méfiance d’une partie des Ukrainiens à l’égard de Moscou.
La politique européenne à l’égard de la Russie a-t-elle contribué à entretenir ce ressentiment russe ? Ce qu’on a appelé, la « nouvelle Europe », les anciens pays de l’Est qui ont rejoint l’Union européenne ou l’Otan – ou les deux –, s’est constituée comme un bloc fermé à la Russie, créée pour s’en protéger. Les frontières de la guerre froide, qui passaient par le milieu de l’Allemagne, se sont vues repoussées à la frontière russo-polonaise. Les Russes se sont sentis rejetés, confinés, et l’ont très mal vécu. Ils n’ont jamais envisagé d’entrer dans l’Union européenne, même si d’un point de vue civilisationnel, ils pouvaient y prétendre. Mais ils ont eu l’impression que l’Europe ne jouait pas le jeu. Aujourd’hui, ils voient une Union divisée entre, d’une part, une Europe occidentale lointaine, et, de l’autre, une Europe centrale sous influence allemande, avec la Pologne comme tête de pont. C’est cette dernière carte qu’ils ont décidé de jouer. Du coup, la France s’est retrouvée isolée aux confins du continent. Ce dont notre diplomatie a mis du temps à se rendre compte.
Qu’en est-il de la relation avec les Etats-Unis ? Le début des années 2000 avait vu se profiler « une alliance occidentale de Vancouver à Vladivostok », puis plus rien. Pourquoi ? Les Etats-Unis, c’est l’autre. La Russie vit encore dans le souvenir des deux blocs antagonistes de l’époque soviétique. En 1992, ils ont pensé qu’ils continueraient à participer à une certaine forme de gouvernance mondiale. Au lieu de ça, la planète s’est organisée autour des seuls Etats-Unis. En 2001, à cause du 11-Septembre, les Russes ont cru qu’ils pourraient se faire entendre et occuper une position incontournable. Ils ont tendu la main, mais ont eu le sentiment d’être rejetés : d’où leur conviction que les Etats- Unis allaient continuer d’organiser le monde en fonction de leurs seuls intérêts et qu’on en revenait, de fait, à la guerre froide. Ce qui explique aussi ce basculement vers l’Asie dont je parle dans mon livre.
Dans sa vision du monde, la Russie, puissance continentale, a toujours dénoncé les tentatives d’encerclement des puissances maritimes, l’Angleterre, puis les Etats-Unis; cette vision stratégique domine-t-elle toujours au Kremlin ? Moscou estime que la suprématie des Etats-Unis sur le monde touche à sa fin. D’autres puissances émergent et c’est sur elles que la Russie entend s’appuyer. Parallèlement, la Russie est désormais convaincue qu’il ne peut y avoir de guerre froide. Elle ne se sent plus vulnérable. Il peut y avoir des guerres locales, et des problèmes liés au désarmement, ou au nucléaire iranien, mais, depuis la guerre de Géorgie, la Russie a réaffirmé sa présence.
Considérez-vous que ce conflit fut la plus grande victoire de Poutine ? En tout cas, ce fut un tournant. Jusqu’alors, les Russes étaient persuadés de leur faiblesse et considéraient que le reste du monde en abusait. La finalité de cette guerre aura été de tracer la frontière. De définir le monde tel que la Russie le voit. De réaffirmer la place qu’elle entend y occuper. Or, cette guerre comportait des risques. Les Russes gardent sur la conscience l’invasion de la Tchécoslovaquie. L’image de leurs chars envahissant un pays voisin pouvait apparaître terrible. Mais l’opération de Géorgie a été vendue comme une opération punitive, justifiée par l’attitude du président Saakachvili qui leur a offert un prétexte en or. Du coup, ils en ont fait une démonstration de force face à un monde qui était en train de se solidifier contre eux. La Géorgie n’est pas l’Ukraine. Elle compte cinq millions d’habitants, contre trente-cinq en Ukraine. Toucher à cette dernière n’était pas envisageable. Mais donner une leçon à l’une pour envoyer un message à l’autre l’était. C’est ce qui s’est passé. Depuis, la Russie se sent à nouveau respectée, c’est ce qu’elle demandait.
En une phrase, vous nous dites, en fait, qu’il ne faut plus la craindre. Ce qu’il faut craindre, c’est que la Russie ne trouve pas son chemin. La Russie a restauré sa puissance et est sereine. Mais elle continue de s’interroger. Derrière le tandem Medvedev-Poutine, il y a deux chemins possibles. La transition d’avec l’Union soviétique est achevée. Sa transformation, pas encore.

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