Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 11:30
La fin du courage                       
    
de Cynthia Fleury
Mis en ligne : [22-11-2010]
Domaine :  Idées  
FLEURY--Cynthia-.gif

 

Cynthia Fleury, philosophe, professeur à l'American University of Paris, travaille sur les outils de la régulation démocratique.Elle a publié de nombreux ouvrages, dont Les Pathologies de la démocratie (Fayard, 2005).


Cynthia Fleury, La fin du courage. Paris, Fayard, mars 2010, 203 pages.


Présentation de l'éditeur.
Chaque époque affronte, à un moment de son histoire, son seuil mélancolique. De même, chaque individu connaît cette phase d'épuisement et d'érosion de soi. Cette épreuve est celle de la fin du courage. Comment convertir le découragement en reconquête de l'avenir ? Notre époque est celle de l'instrumentalisation et de la disparition du courage. Mais ni les démocraties ni les individus ne peuvent en rester à ce constat d'impuissance. Nul ne résiste à cet avilissement moral et politique. Il s'agit de surmonter ce désarroi et de retrouver le ressort du courage, pour soi, pour nos dirigeants si souvent contre-exemplaires, pour nos sociétés livrées à une impitoyable guerre économique. Le plus sûr moyen de s'opposer à l'entropie démocratique reste l'éthique du courage et sa refondation comme vertu démocratique. Dans cet essai enlevé, Cynthia Fleury rappelle qu'il n'y a pas de courage politique sans courage moral et montre avec brio comment la philosophie permet de fonder une théorie du courage qui articule l'individuel et le collectif. Car si l'homme courageux est toujours solitaire, l'éthique collective du courage est seule durable.


Article de Yves Landevennec. Royaliste - 11 octobre 2010.
Depuis bientôt trente ans la classe dirigeante se flatte de prendre des décisions courageuses qui consistent à imposer des sacrifices à un peuple qui n’est en rien responsable des fautes des gouvernants. Pire : les artisans de la rigueur ont toujours vécu douillettement ou se sont enrichis de manière plus ou moins scandaleuse tout en nous expliquant qu’il fallait faire pénitence. La France, paraît il, vit au-dessus de ses moyens selon la formule consacrée qu’on est en train de ressortir pour justifier les restrictions de crédits.
Ce discours parfaitement hypocrite s’est accompagné d’une manœuvre torve : les oligarques ont demandé aux citoyens d’avoir le courage de sacrifier leur bien-être tout en cherchant à détruire leurs capacités de résistance : « on n’a pas le choix » ; « il n’y a pas d’alternative » ; toute contestation des réformes aggraverait le mal. Comme l’opposition socialiste et de puissants dirigeants syndicaux donnaient l’exemple du réalisme résigné, le découragement avait toutes chances de se propager.
Bien des facteurs idéologiques et politiques expliquent l’échec des révoltes et le report d’une possible révolution mais on aurait tort de sous-estimer l’aspect personnel de la démission de certains dirigeants. Je pense à ceux qui auraient pu prendre la tête de mouvements populaires et qui ont préféré la gestion sans péril d’une mairie et d’une circonscription...
Faut-il simplement dénoncer la lâcheté de quelques-uns ou s’interroger plus gravement sur le sinistre destin d’une société qui serait celle de « la fin du courage » ? Le récent livre de Cynthia Fleury, qui porte ce titre, a rencontré un écho justifié car on y trouve à la fois une réflexion sur le découragement et une incitation à reprendre courage.
Cynthia Fleury sait de quoi elle parle : cette philosophe avait perdu courage « comme on perd ses lunettes » puis elle est sortie de l’épreuve grâce aux autres et en prenant le temps nécessaire à la reconstitution des forces. Les autres, ce sont tantôt les parents, tantôt les amis : « il y a toujours quelqu’un ». Il est également roboratif de lire les poètes et les philosophes en se gardant, bien sûr, des sophistes qui vendent leurs petits traités de vertus et des histrions médiatiques : au lieu de perdre du temps avec eux, il faut interroger les plus grands esprits, riches de vérités simples et fortes.
Ceux qui redoutent de se plonger dans les classiques de la philosophie trouveront en Cynthia Fleury un guide très sûr. Avec elle, lisez Aristote : il nous dit que l’homme courageux vit la peur - c’est le téméraire, toujours dangereux pour les autres et pour lui même, qui ignore ce qu’il faut redouter. Découvrez comment Axel Honneth, encore peu connu, dépasse le formalisme de Jürgen Habermas en montrant que « pour être valable, le paradigme de la communication a besoin de s’inscrire dans une épistémologie du courage qui renvoie elle-même à une intelligibilité de la justice ». Et soyez surtout attentifs à la méditation de Vladimir Jankélévitch qui fit lui aussi , comme Résistant, l’expérience du courage et de la peur. Pour lui, le courage est la vertu matricielle - la plus difficile à vivre. C’est que « le courage est sans victoire » car passé l’instant de l’acte courageux, accompli dans la solitude, on peut tomber dans le découragement et la lâcheté. Nul ne peut se dire courageux : nous sommes seulement, en certaines circonstances, capables de courage. Et il faut une nouvelle épreuve pour savoir qu’on a été, une fois encore, courageux.

Bien entendu, le courage ne se délègue pas, contrairement à ce que pensent les dirigeants avilis qui nous commandent de prendre soin des autres sans jamais abandonner le moindre élément de leur propre confort ni compromettre leur notoriété. Cette lâcheté est facile à comprendre : le courage, c’est d’agir dans les marges, seul, sans être reconnu, félicité, décoré - sauf après coup, longtemps après, quand les rats ont mis des casquettes de capitaine et président les comités d’épuration devant lesquels ils auraient dû comparaître.
Il n’y pas de « fin du courage» car ils sont des millions, dans notre pays, et des centaines de millions, dans le monde, à affronter dans la solitude la faim, le froid, la maladie et la peur. Ils n’ont presque plus d’espoir mais ils s’accrochent à ce presque rien qui les retient sur la pente du suicide. Le miracle, dans une société ultra-par l’isolement, c’est qu’il puisse y avoir encore et toujours des révoltes collectives et des révolutions triomphantes - par la conjonction de tous ces courages individuels.
Le courage de Victor Hugo, exilé à Guernesey, c’est de proclamer dans la solitude l’imposture de Louis Bonaparte, non pour la beauté du geste mais par exigence de vérité et dans l’espoir que cette vérité se diffusera dans le peuple et qu’il y puisera la force de se soulever. Nous sommes loin du care, présenté par Cynthia Fleury comme sollicitude démocratique et pédagogie de la solidarité, alors que j’y vois une manière pernicieuse, pour la gauche sociale libérale, de se défausser de ses responsabilités politiques et de renoncer au devoir de justice sous prétexte que « l’État ne peut pas tout faire ».
L’éthique du courage ne doit pas seulement fonder une politique courageuse, qui n’est pas plus assurée de la continuité que l’acte de courage personnel. Il faut des institutions solides, elles mêmes éprouvées par l’Histoire, pour que le courage collectif soit possible et durable. À juste titre, Cynthia Fleury évoque Winston Churchill. Mais qu’aurait pu faire le vieux lion hors des institutions britanniques ?

Partager cet article

Repost 0
la revue critique des idées et des livres - dans Notes Idées
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche