Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 11:30
Essais  
 
de Philippe Muray
Mis en ligne : [13-12-2010]
Domaine : Lettres 
Muray.gif

 

Philippe Muray (1945-2006). Publications récentes  : Moderne contre moderne (Les Belles Lettres, 2005), Festivus, festivus (Fayard, 2005), Roues carrées (Fayard, 2006), Le Portatif (1001 Nuits, 2006), Le Sourire à visage humain (Manitoba/Les Belles Lettres, 2007).

  


Philippe Muray, Essais, Paris,Les Belles Lettres, septembre 2010, 1816 pages.


Présentation de l'éditeur.
L'œuvre de Philippe Muray (1945-2006) est de celles dont on ne se remet pas. Méchante pour certains, quasi prophétique pour d'autres, elle jette sur le monde une lumière si vive que la rétine s’en trouve brûlée, et superpose aux choses une indélébile petite tache d’ironie. Car ce qui caractérise notre époque est pour Philippe Muray son sérieux terrible, sa certitude agressive et béate d’être meilleure qu’un avant dont elle ne veut rien savoir et de se diriger vers un avenir aussi paradisiaque et inéluctable que désincarné. Cette dévotion à un Bien qu’on ne peut remettre en question est la source d’innombrables sottises, comme le chemin le plus court vers des formes nouvelles de barbarie. Pour la première fois, Les Belles Lettres publient donc, en un seul volume, sept des plus grands textes de Philippe Muray (L’Empire du bien, les deux tomes d’Après l’histoire et les quatre Exorcismes spirituels), afin de permettre au lecteur de saisir toute la puissance de sa vision, mais aussi de goûter à tout le brio de son style. Car si Philippe Muray porte un regard désespéré sur le monde, son désespoir n’est ni triste ni ennuyeux. On s’amuse beaucoup en compagnie d’une vaste galerie de personnages digne des Caractères de La Bruyère, dans laquelle un index permettra de se promener à loisir. Une annotation soignée éclaire également les diverses allusions factuelles. Parce que les cibles véritables de cette plume acérée sont toutes les formes de bien-pensances, son extraordinaire liberté de ton, outre l’hilarité qu’elle provoque, procurera à certains un véritable enthousiasme en ces temps souvent sombres. «Enfant de Bloy par la colère, de Céline par la fièvre, de Rabelais par l’imagination, il se fait un devoir de pulvériser les vanités de son temps, de les transformer façon puzzle.» Sébastien Lapaque, « La charge joyeuse de Philippe Muray contre l’Empire du Bien » Le Figaro littéraire.
 

Article de Tristan Savin, L’Express.fr du 19/10/2010

Muray, mi-philosophe, mi-sociologue. Grâces soient rendues à Fabrice Luchini ! Ses lectures publiques ont fait connaître aux non-initiés, quatre ans après sa disparition, un chroniqueur audacieux, un visionnaire de talent, un authentique pamphlétaire dans la tradition célinienne, pourfendeur des travers de notre société. Philippe Muray fut notre Léon Bloy, notre La Bruyère. Certains avaient tenté de nous prévenir en lui rendant hommage, parmi lesquels Alain Finkielkraut, Jean Baudrillard et... Michel Houellebecq: "S'il faut absolument parler de la modernité (ce dont il m'arrive de douter), autant partir des livres de Philippe Muray, ce sera plus agréable et plus instructif..."

Muray a dispensé sa parole libre, discrètement, dans les colonnes d'Art Press, de L'Idiot international, de L'Esprit libre, de Marianne, du Figaro,de L'Atelier du roman ou de La Montagne. Il illustrait la distinction entre un journaliste et un chroniqueur, mi-philosophe, mi-sociologue, et ne se cantonnait ni à la politique ni à la critique littéraire : on lui doit un éloge de l'artiste comblé, par opposition au culte moderne de l'artiste maudit (La gloire de Rubens), et son texte sur Louis Jouvet est un modèle du genre. Outre quelques romans ignorés par la critique, il publia une vingtaine d'essais cinglants, transformant ses rares lecteurs en happy few, marqués par le style d'un écrivain original, inventeur de néologismes ("artistocrates", "voyageocrates") et de bons mots ("mutins de Panurge").

En rééditant, pour la première fois en un seul volume, ses plus grands textes (L'empire du Bien, Après l'Histoire, Exorcismes spirituels), Les Belles Lettres offrent l'occasion de plonger dans l'univers d'un créateur de concepts de critique sociale, à la façon de Guy Debord - le marxisme en moins, l'humour en plus. Devenu le porte-parole de l'anti-bien-pensance, Muray n'a cessé de dénoncer, dans ses écrits, le "consensus de la communauté", à savoir : le politiquement correct et son "discours de vertu", le défilé des images et l'infantilisation des consommateurs, réduits à une "passivité euphorique" dans un "Asile hégémonique". Il oppose la déesse Raison à la déesse Réseau, "infiniment plus efficace". Pour lui, la population est constituée de "promeneurs approbatifs". Les "rebellocrates" et les "rentiers de l'indignation" ont tué la rébellion. Notre époque est une "tête à claque". Il en donne un exemple dans "Le sourire de Ségolène". A force de moquer les idées de la gauche bourgeoise au pouvoir (véhiculées par Le Monde, Télérama, Libération), de se gausser de la féminisation du langage et d'encourager à la relecture de Céline, il fut traité de "nouveau réactionnaire". Muray fut même considéré - à tort - comme un auteur d'extrême droite. Fallait-il se sentir visé pour dénaturer à ce point sa pensée ! Car il ne défend aucun dogme. Même s'il cite souvent le philosophe Jean-Claude Michéa, héritier du socialisme orwellien.

Le credo de Muray : "Les étiquettes, je les arrache." Il faut donc éviter d'extrapoler à partir de ses écrits : il analyse les contradictions de la société actuelle sans proposer un retour en arrière, ni appeler à la révolution. Pour lui, nous sommes entrés dans la fin de l'Histoire. Et de la géographie. "Nous voilà prisonniers d'un Trifouilly-les-Ondes global." La machine technocratique tente d'éliminer les différences, l'uniformisation est un rêve commercial. D'où son concept d'Homo festivus. Tout est une fête : "Entrons ensemble dans la danse ! Tous les jeux nous sont offerts ! C'est l'évasion ! La vie de pacha ! Floride ! Wonderland ! Californie !" Muray est le dernier rejeton de l'Internationale situationniste, l'héritier du Baudrillard de La société de consommation... L'annonciateur du cauchemar climatisé, Henry Miller, ne l'aurait pas renié. L'auteur de Chers djihadistes répondait au grotesque par des poèmes comiques. Son rire libérateur entraîne la réflexion. Par exemple quand il détecte l'envie du "tout pénal" : sous prétexte de combattre le Mal, l'empire du Bien impose des lois antidémocratiques.

Muray fut un moraliste pour qui l'esprit critique se devait d'être un art. Face aux intellectuels au sourire commercial, il jouait les ronchons de service. Il est mort d'un cancer du poumon. "Un grand style, comme les crimes parfaits, doit être longuement prémédité", écrivait-il. Gageons qu'il sera encore lu dans longtemps. Car sa vision du monde ne cesse de nous rappeler non pas au nihilisme, mais à la lucidité.  

 

Autres critiques signalées : Sébastien Lapaque, "Philippe Muray, le mécomtemporain", Le magazine littéraire, novembre 2010. - Frédéric Saenen, "Philippe Muray, saboteur de l'Empire du bien", Le magazine des livres, novembre-décembre 2010.


Partager cet article

Repost 0
la revue critique des idées et des livres - dans Notes Lettres
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche