Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 23:00
La Révolte des masses             
 
de José Ortega y Gasset
Mis en ligne : [20-12-2010]
Domaine :  Idées  
Ortega-y-Gasset.gif

 

José Ortega y Gasset (1883-1955) fut professeur de métaphysique à l'université de Madrid. Fondateur et directeur de la célèbre et influente « Revista de Occidente » de 1923 à 1936, il est contraint à l’exil de 1936 à 1946 par le déchaînement de violence des deux camps lors de guerre civile espagnole, il a été l’une des figures majeures de l’humanisme libéral européen du XXe siècle. Publications récentes : Etudes sur l'amour (Rivages Poche, 2004), La déshumanisation de l'art (Cabris, 2008).


José Ortega y Gasset, La Révolte des masses. Paris, Les Belles Lettres, octobre 2010, 314 pages.


Présentation de l'éditeur.
Paru en 1937 dans sa traduction française, soit sept ans après sa publication en Espagne (1930) sous le titre La rebellion de las masas, La révolte des masses demeure un opus majeur de la littérature intellectuelle mondiale. Et son auteur, le philosophe José Ortega y Gasset (1883-1955), professeur de métaphysique à l'université de Madrid de 1910 à 1936 et fondateur de l'influente Revista de Occidente, est considéré comme l'un des plus éminents représentants de l'humanisme libéral européen du XXe siècle. Bien qu'il ait publié beaucoup d'autres ouvrages notables (dont L'Espagne invertébrée et Le thème de notre temps), c'est dans cette Révolte des masses à l'immense retentissement que la pensée d'Ortega s'expose avec le plus de saillance. Son rude diagnostic sur la nature de la maladie qui ronge l'Europe n'a rien perdu de sa pertinence : l'irruption de l'« homme-masse », un « enfant gâté » conformiste et égalitariste qui rejette le passé, la raison et l'exigence morale — corrélée à une inquiétante « étatisation de la vie » et à l'« idolâtrie du social ». Mais il y esquisse aussi ce qui peut l'en guérir : l'avènement d'« un libéralisme de style radicalement nouveau, moins naïf et de plus adroite belligérance », et l'édification culturelle d'une Europe réellement unie. En 1938, Ortega publie un Épilogue pour les Anglais prolongeant et actualisant la réflexion de La révolte des masses : la présente réédition inclut ce texte capital à la diffusion jusqu'alors demeurée confidentielle.


Article de Marcela Iacub. Le Monde - 19 novembre 2010.
Le dégoût de la démocratie. Voici un classique de la pensée conservatrice que l'on avait presque oublié, et dont l'humour époustouflant, poétique, justifierait à lui seul cette réédition. La Révolte des masses, de José Ortega y Gasset (1883- 1955), parut en Espagne en 1930. La traduction ici reproduite fut publiée chez Stock en 1937. A la différence de l'accueil enthousiaste que connut ce livre en Espagne, en Allemagne et aux Etats-Unis, il fut confiné au silence, en France, pendant quarante ans. C'est Raymond Aron qui le sortit de son inexistence, avec respect mais sans grandiloquence. Certes, avant Aron, Albert Camus avait été ému par Ortega y Gasset, mais il ne réussit pas à convaincre Gallimard de publier les oeuvres complètes du philosophe espagnol.
La Révolte des masses est un livre contre la démocratie. Plus précisément, l'auteur critique l'irruption des masses dans l'espace public. Le fait que, désormais, chaque voix vaille autant qu'une autre dans la représentation politique, que le débat public soit ouvert à tous, que la liberté de parler soit protégée, tout cela est pour lui la cause d'une dégénérescence culturelle et morale. Ce processus, qui se double d'une croissance économique, démographique et technique inédite dans l'histoire de l'Occident, aurait engendré, selon lui, une nouvelle forme d'humanité : l'"homme-masse", ce "barbare de l'intérieur" qui a désormais "le plein pouvoir social". Cet homme est "sûr de lui", "ingrat envers le passé", incapable de se soumettre "à aucun principe supérieur", en un mot fermé à la vérité.
Selon Ortega y Gasset, la démocratie est un régime incompatible avec la haute culture, les bonnes manières et la moralité. Car "il n'y a pas de culture là où il n'existe pas le respect de certaines bases intellectuelles auxquelles on se réfère dans la dispute". Or la démocratie ne se fonde sur aucune vérité transcendante mais sur la souveraineté du peuple. Le vrai et le faux, le beau et le laid, le bien et le mal ne dépendent pas de règles surplombantes auxquelles on puisse se référer, car tout doit être soumis au consensus démocratique. Dès lors, la haute culture ne peut plus faire de l'espace public son terrain d'accueil principal. Elle doit se contenter de cercles plus restreints, plus spécialisés.
Telle est donc l'oppression que l'homme-masse fait subir aux minorités cultivées, intelligentes et "méritantes". Le scandale que dénonce Ortega y Gasset, ce n'est donc pas la violence de l'Etat contre les idées dissidentes. C'est l'irruption des masses comme productrices légitimes d'idées, d'oeuvres, de spectacles. Ce qu'il souhaite, ce n'est pas qu'on permette aux élites de s'exprimer, mais que personne d'autre ne puisse le faire, et que l'espace public leur soit réservé.
Certes, nous, lecteurs de l'an 2010, ne disons plus les choses de cette façon. Nous disons que certaines chansons sont des appels à la violence et non pas des chansons. Nous disons : "Ceci n'est pas une opinion mais un outrage à la police." Nous disons que la télé-réalité n'est pas un spectacle mais une atteinte à la dignité humaine. Nous pensons que, sur Internet, les communications ne sont pas des messages mais des déchets.
Mais, au fond, nous avons la même crainte de l'expression publique des masses, et donc de la démocratie, qu'éprouvait Ortega y Gasset en 1930. Ce livre nous permet donc de percevoir le lien qui existe entre, d'un côté, notre façon d'approuver certaines censures, notre mépris de la culture populaire et, de l'autre, les idées que nous nous faisons, sans nous l'avouer, de la démocratie.
Derrière la dénonciation des supposées "dérives" de celle-ci, si caractéristique de nombreux intellectuels français d'aujourd'hui, il y a la nostalgie d'un espace public contrôlé par le Bien, le Vrai et le Beau. Ce livre apparaît ainsi comme un miroir passionnant. Nous pouvons y contempler les impensés de nos débats contemporains. C'est pourquoi il mérite d'être lu.


Partager cet article

Repost 0
la revue critique des idées et des livres - dans Notes Idées
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche