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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 13:00
Louis-Philippe                          
Le dernier roi des Français
 
de Arnaud Teyssier
Mis en ligne : [31-01-2011]
Domaine : Histoire
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Arnaud Teyssier, né en 1958, ancien élève de l'École normale supérieure et de l'ENA est inspecteur général de l'administration. Il est aussi professeur associé à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Il a récemment publié  : Richelieu, la puissance de gouverner.(Michalon, 2007), Charles Péguy, une humanité française. (Perrin, 2008), Liautey. (Perrin, 2009). 


Arnaud Teyssier, Louis-Philippe, le dernier roi des Français. Paris, Perrin, septembre 2010, 450 pages.


Présentation de l'éditeur.
En dépit d'un règne libéral, pacifique et prospère de dix-huit ans, Louis-Philippe est resté le " roi bourgeois ", marqué à jamais du trait assassin de Daumier qui le figurait par une poire. Ne parle-t-on pas parfois, pour le dénigrer, d'un style " Louis-philippard " ? Arnaud Teyssier réhabilite ce prince d'une rare lucidité, qui a cherché, à travers l'exercice du pouvoir, à ressaisir la maîtrise d'une histoire nationale vertigineuse. Après les coûteuses expériences de la Révolution et de l'Empire, puis l'échec de la Restauration, il fallait réparer la France et cicatriser les blessures du passé. Louis-Philippe s'est donc efforcé de bâtir une nouvelle monarchie adaptée à une société transformée, jetant les bases de la politique moderne. Comme il arrive. souvent, il a été victime en 1848 de l'élan qu'il était lui-même parvenu à donner. " Cet homme rare ", a écrit Victor Hugo, " a su faire du pouvoir malgré l'inquiétude de la France, et de la puissance malgré la jalousie de l'Europe ".
 
L'article de Philippe de Saint Robert. - Valeurs actuelles, 9 décembre 2010.
Louis-Philippe, le réparateur. «La monarchie de Juillet tire sa légitimité de son esprit national », mais Louis-Philippe « est aussi l’héritier des meilleures traditions de la vieille monarchie ». Une biographie d'Arnaud Teyssier fait justice de ses caricatures. Après quelque hésitation, Louis-Philippe rentre en France en 1817. Fils aîné du duc d’Orléans, dit Philippe Égalité, il a 44 ans. Il a reçu son éducation de Mme de Genlis, qui le porte vers les idées nouvelles, presque républicaines, remises en cause par les horreurs de la Terreur, puis revues et corrigées par l’exil et le voyage en Amérique. Son nouveau biographe, Arnaud Teyssier, le dépeint accablé d’un complexe de culpabilité qu’il mettra toute sa vie à dominer. Le soldat de Valmy, de Jemappes, qui plus tard refusera de se confondre avec les émigrés de Coblence, avait pourtant donné suffisamment de preuves de son patriotisme. Une fois la Restauration stabilisée, c’est à la légitimité qu’il lui faudra donner des gages. Outre le handicap de sa filiation, il y a la suspicion qui pèse sur les branches cadettes. Louis-Philippe apparaît soucieux de ne jamais donner le sentiment de comploter. De fait, se contentant d’être lui-même, il ne complota pas, mais, comme le dira Louis XVIII, « comment s’y prendre pour empêcher de marcher un homme qui ne fait aucun pas » ? Louis-Philippe sera en meilleurs termes avec Charles X qu’avec LouisXVIII, qui lui refusera le prédicat d’altesse royale, ce que Charles X au contraire lui consentit dès son avènement. Or Louis-Philippe, même lorsqu’il se laissera dépeindre en “roi bourgeois”, ne cessera jamais d’être imbu de son rang de prince du sang. De “bourgeois”, il aura une vie de famille forgée dans l’exil et les vertus privées qui furent celles de Louis XVI. Il y a la Charte, dont on a dit qu’elle « était une constitution moderne avec un préambule d’Ancien Régime ». Louis-Philippe s’en entretient souvent avec Charles X jusqu’à la veille des événements de juillet 1830. Ceux-ci feront vite apparaître que l’un et l’autre en ont une interprétation différente, voire opposée. Louis-Philippe ne comprendra pas que Charles X ait pu lui affirmer sa fidélité à la Charte, puis recourir à l’article 14 auquel (tout comme l’article 16 de notre actuelle Constitution) on ne peut faire appel qu’au cas où la sécurité de l’État est en danger. Cet article 14 dont Chateaubriand, que l’auteur ne cesse à tort de brocarder, avait « depuis longtemps annoncé que l’on confisquerait la Charte » à son profit. Il suffit d’examiner, dans les Mémoires d’outre-tombe, la position réelle de Chateaubriand au cours des événements pour se persuader qu’il avait tout prévu : n’avait-il pas été un défenseur acharné de la liberté de la presse que les ordonnances veulent supprimer ? N’était-il pas, comme Louis-Philippe, depuis plusieurs années du camp des libéraux ? Arnaud Teyssier nous donne une version trop abrégée des conditions dans lesquelles Louis-Philippe a succédé à Charles X, en 1830.
“Croyez, Sire, ce que ce colonel va vous dire de ma part”. Chateaubriand fait état des scrupules qui vont conduire le duc d’Orléans au geste suivant : il envoie à Charles X, sur le chemin de l’exil, un messager, attaché militaire de l’ambassade d’Angleterre, porteur d’un billet de sa main : « Croyez, Sire, ce que le colonel Caradoc va vous dire de ma part. » L’envoyé expose que Louis-Philippe demande qu’on lui confie Henri, le tout jeune duc de Bordeaux. Charles X hésite mais la duchesse de Berry, sa mère, dont Chateaubriand nous rapporte qu’elle passait au Palais-Royal pour “si légère”, se cabre et fait échouer cette ultime tentative qui eût pu conserver les droits de son fils, le futur comte de Chambord. Toute la faiblesse de la monarchie de Juillet viendra de ce moment perdu. La France est alors agitée par trois courants significatifs : le courant légitimiste, le courant bonapartiste et le courant républicain. Il n’y a pas à proprement parler de courant orléaniste, sinon dans la sphère des hommes politiques qui veulent à tout prix éviter la République et ont pris en grippe la branche aînée des Bourbons. Les deux premières années du règne de Louis-Philippe vont se ressentir de cette fragilité. Le roi a su se débarrasser de l’encombrant La Fayette ainsi que de Laffitte et autres banquiers ; il constitue en 1831 un cabinet autour de Casimir Perier, dont il « supportait assez mal la personnalité forte, mais assez torturée », et qui sera emporté par le choléra (1832). Il usera par la suite un grand nombre d’hommes politiques : le baron Louis, Soult, Gérard, Mortier, Molé, Thiers, Broglie… En fait, le roi lui-même organise cette instabilité ministérielle afin de garder la main. Il rappelle à ses ministres qu’ils ne sont pas « le gouvernement » mais « le gouvernement du roi ». À partir de 1840 et jusqu’à février 1848, Guizot va exercer sans discontinuer un pouvoir dont on dit grand bien. L’oeuvre majeure de ce dernier date de la loi du 28 juin 1833 sur l’enseignement primaire ; on lui doit aussi un vaste plan de financement de travaux publics ainsi qu’une réforme de la procédure budgétaire qui donne le sentiment d’un retour à la stabilité. Pourtant, notre politique ne cessera, à l’extérieur, de se heurter à l’hostilité de Palmerston, qui déteste la France. C’est le temps où Thiers, passé dans l’opposition, attaque, « en termes à peine voilés, l’attitude castratrice du roi ». Rival de Guizot, il connaît les arcanes du système “philippiste” : « Pendant des mois, c’est une véritable guérilla parlementaire que se livrent Thiers et Guizot. » Bien que respectant scrupuleusement la Charte modifiée, Louis-Philippe se laissera peu à peu aller à une personnalisation du pouvoir qui va l’isoler. Attaqué de toutes parts, il devra se résoudre en 1835 à rétablir la censure préalable. Les émeutes et les attentats se répètent, dont le plus célèbre est celui de la “machine infernale” de Fieschi. Rémusat se demandera si, « trop préoccupés de la question politique, [ils n’avaient] pas négligé la question sociale ». Les premiers ferments du socialisme apparaissent avec Pierre Leroux, Saint-Simon, Fourier, Louis Blanc : « Tous convergent vers une vision révolutionnaire de la société qui trouvera son accomplissement, en février 1848, avec la parution du Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels. » Louis-Philippe va se passionner pour les affaires extérieures, où il embrasse le jeu des cours européennes, mais avec une certaine timidité dont témoignent son refus de la couronne de Belgique offerte au duc de Nemours et son opposition au mariage du duc de Montpensier avec la reine Isabelle II d’Espagne. Il poursuit une politique de paix, dite du “juste milieu”. On peut toutefois se souvenir qu’à l’occasion des “affaires d’Espagne”, en tant que duc d’Orléans, il avait voulu « prendre les armes pour soutenir la monarchie légitime de Ferdinand VII ». Mais l’Angleterre fit obstacle à son intervention, dont l’initiative sera plus tard réalisée par la “guerre d’Espagne” de Chateaubriand sous la Restauration. Ce qui tend à prouver que Louis-Philippe et Chateaubriand ont eu beaucoup plus d’idées en commun que semble le croire l’auteur, entiché de Victor Hugo, ce célèbre caméléon politique. Entre 1830 et 1832, par Talleyrand interposé, envoyé à Londres comme ambassadeur, le roi avait opéré un rapprochement avec l’Angleterre à l’occasion de l’indépendance que prend la Belgique en se séparant des Pays-Bas. Cela aboutira même à une intervention armée conduite par le maréchal Gérard afin de dissuader le roi des Pays-Bas de remettre la main sur ses anciennes provinces. Entre-temps, Louis-Philippe a réussi à marier le nouveau roi des Belges avec sa fille, la princesse Louise. Jacques-Alain de Sédouy, dans le Concert européen, donne une analyse très fouillée de cet épisode. Vers la fin du règne va se lever, en la personne de Lamartine, un poète utopiste qui se prend pour La Fayette. Dès 1839, il avait pris position : « 1830 n’a pas su se créer son action et trouver son idée. Vous ne pouviez pas refaire de la légitimité, les ruines de la Restauration étaient sous vos pieds. Vous ne pouviez pas faire de la gloire militaire, l’Empire avait passé… La France est une nation qui s’ennuie » (refrain connu). Lamartine se convainc alors qu’il assumera un jour un destin historique national. On sait ce qu’il sera en 1848.
La fin du régime, moins une chute qu’une pente. Le roi vieillit et, dans son entourage même, beaucoup pensent qu’il fausse l’esprit des institutions par un excès d’autoritarisme dû à l’âge. En juillet 1842, l’héritier du trône se tue dans un accident de cabriolet. Coup terrible car, des enfants de Louis-Philippe, le jeune duc d’Orléans était le plus capable de continuer l’oeuvre de son père, qu’il se donnait pour mission de “poétiser” ; il lui arrivait de critiquer, mezza voce, le manque de grandeur de la politique du roi. En 1847, autre coup dur, Madame Adélaïde, sœur du roi et son plus sûr soutien depuis le début, est emportée par une crise d’asthme. La fin du régime fut moins une chute qu’une pente, un “effet sans cause”. Trois mois après l’exil du roi, en mai1848, la République étendra par un décret de bannissement « à la branche cadette les dispositions prises par la loi du 10 avril 1832 contre la branche aînée ». On commence à se souvenir de celle-ci. Guizot préconise un rapprochement. Dans son exil de Claremont, Louis-Philippe reconnaît que la branche cadette doit reprendre son rang successoral ancien. Le légitimisme revient à la mode: Chateaubriand avait raison. Ses adversaires ont été injustes avec Louis-Philippe que les circonstances, lors de son avènement, ont mis devant des événements qu’il ne maîtrisait pas assez. Sa personne sort “réparée” de ce livre qui le situe lui-même en “grand réparateur” : nous lui devons d’avoir sauvé Versailles sur ses propres deniers, Versailles que la Restauration laissait aller à vau-l’eau ; il a également restauré le Palais-Royal, les châteaux de Neuilly, de Randan et d’Eu. Ce livre est un hommage bienvenu à son honnêteté, trop souvent contestée. Selon l’esprit du temps, « la monarchie de Juillet tire sa légitimité de son esprit national », mais Louis-Philippe « est aussi l’héritier des meilleures traditions de la vieille monarchie : éviter, autant que possible, les confrontations extérieures, veiller au bon équilibre des relations entre les puissances européennes ». C’est une “monarchie administrative” comme l’avait été celle de LouisXIV. Notre actuelle Constitution, observe l’auteur, a un caractère « orléaniste » qui, surmontant la méfiance envers le suffrage universel, faisait de celui-ci le principe central de la Ve République contre le vœu de la plus grande partie de la classe politique – laquelle, depuis, n’a pas manqué de prendre sa revanche.  
  

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