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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 08:30
Tous les grands ports ont
des jardins zoologiques                                               
de Marcel Thiry
Mis en ligne : [18-07-2011]
Domaine : Lettres  
Thiry-Marcel.gif

 

Marcel Thiry (1897-1977), poète et écrivain belge. Arrêtant ses études il s’engagea volontairement dans la Grande Guerre, et combattit sur le front russe. Après quoi, comme avait éclaté la Révolution de 1917, il dut faire un long périple pour rejoindre son pays : Sibérie, États-Unis... Cette expérience lui inspirera ses trois premiers recueils de poésie : Toi qui pâlis au nom de Vancouver, Plongeantes proues et L’Enfant prodigue. Il fut par la suite avocat, homme d’affaires, sénateur, continuant à publier abondamment poésies et romans.  Parmi ses derniers recueils : Le Jardin fixe (1969), Saison cinq et quatre proses (1969), L'Ego des neiges (1972), Songes et spélonques (1973), L'Encore (1975)
 

Marcel Thiry, Tous les grands ports ont des jardins zoologiques, Paris, La Table Ronde, mars 2011, 435 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
"Comment, vous ne connaissez pas ? Ce n'est pas possible ! Un des plus remarquables poètes d'aujourd'hui ! " s'était exclamé Paul Éluard à propos de Marcel Thiry (1897-1977). La présente anthologie réunit plus de cent cinquante poèmes choisis parmi les dix-huit recueils qui composent une oeuvre d'une étonnante virtuosité prosodique construite à l'écart des grands courants poétiques de son temps. Tour à tour, ils mettent en lumière l'expérience du jeune soldat faisant le tour du monde malgré lui, le goût du voyage et le plaisir toujours intact de se perdre dans des villes étrangères, la célébration de l'amour de manière parfois très érotique, la conjugaison souvent pleine d'humour entre l'homme d'affaires, l'entrepreneur et le rêveur.
 
Présentation de Jean-Claude Pirotte, Lire - juin 2011
Quarante mille à ton compteur.

 

A Rethel au Sanglier,
A Meaux sous un néflier,
Où la table est-elle prête,
Où le soir où l'on s'arrête ?
 

 

Tu as tant mêlé tes routes
Que tu songes, que tu doutes
Si c'est Dôle ou si Auxonne
La tour où ton heure sonne.

 

Ce poème, je me le suis récité mille fois. Et il me semble, durant toute mon existence, n'avoir pérégriné que sur les traces de l'astrale automobile de Marcel Thiry. Et les noms sonores ou étouffés des lieux, villes et villages sonnent toujours dans ma mémoire comme si je les avais moi-même découverts, voire inventés avec leur charge sonore de romanesque :

 

Je nomme Carignan, je nomme Florenville
Sans dessein que de faire un écho à leurs noms,
Comme, pour faire au ciel sans couleur son répons,
La Lorraine accomplit sa tristesse inutile...
 


Et je cours à la rencontre de la poésie comme si ma propre vie en dépendait (et c'est au fond de cela qu'il s'agit) : je me redis la prose des forêts mortes en traversant les collines qui se chevauchent dans la haute vallée de la Marne, où s'élève la voix, dans mon souvenir, du courtier qu'il fut aussi par la force des choses : 


Tous les arbres que j'ai tués se mettront quelque jour à revenir,
Non tels que je les aurai mutés par commerciales métamorphoses,
Non pas distribués comme ils le sont par mes contrats et mes factures
Au large du grand monde avide et réceptif...
 

 

Et cette voix me poursuit entre les étagements des reliefs forestiers des pays d'entre-deux où règne encore un grand silence habité d'une longue mémoire, et j'entends ce dernier vers : 

 

C'est la vaste Vie qu'en la vivant j'aurai changée en éternité. 


Et puis je reprends ma route en compagnie de cette comptine qui ne me quitte pas : 

 

Quarante mille à ton compteur,
Encor combien pour le bonheur,
Cent cinquante pour Lunéville
Et pour la lune trois cent mille ; 

De Charleroi où je suis né
à Charleville pour dîner,
Les rois, les villes, les années,
A-t-on passé l'Epiphanie.

 

Et puis, un jour, je me décide pour le train où 

 

Les wagons de troisième étaient pleins de poètes 

 

et dans ces 

 

Wagons du mercredi, députés socialistes,
Courtiers en vrac, boursiers pavoisés de journaux,
Je me suis souvent mélangé à vos peuplades
Et, les yeux clos, parmi vos bancs de marchands tristes,
J'ai demandé l'absence à vos velours banaux...
 

 

Et je sais enfin qu'en soixante-seize (où je reçus dans mon havre clandestin la dernière lettre de Marcel Thiry) j'étais aussi là, fantôme inconsistant, dans ce train de Vichy à Paris : 

 

On est le trente et un mai mil neuf cent soixante-
Seize ; on est autrefois par la plaine française...
 

  

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