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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 09:26
Mise au point
 
La  chronique de François Renié sur l'intervention militaire en Libye ("Benghazi", Revue Critique du 13 mars 2011) nous a valu un courrier particulièrement abondant. Beaucoup de messages positifs, mais aussi beaucoup de critiques. On nous en veut d'avoir pris partie dans un conflit dont on nous dit qu'il n'est pas celui de la France et qu'il nous expose à une situation "à l'irakienne". Visiblement, on ne nous a pas bien compris.
On nous prête aussi beaucoup d'intentions contradictoires : de pêcher par naïveté et de faire preuve d'opportunisme, de soutenir la cause arabe et de la dénaturer, d'encourager la France à agir seule et de nous en remettre à l'OTAN, de soutenir une coalition qui en fait trop, et, pour certains, pas assez, de faire le jeu de telle ou telle puissance et de défendre des idéaux abstraits, en dehors de toute réalité politique, tactique, stratégique...
Rassurons nos lecteurs : s'ils expriment autant d'opinions divergentes, c'est que cette affaire est tout sauf simple et qu'elle n'admet pas de vérité unique. La situation sur le terrain varie d'ailleurs avec une rapidité surprenante et il est très difficile de sentir dans quel sens les évènements vont tourner. L'opinion publique française est, elle-même, assez fluctuante :  réservée au départ sur le principe d'une intervention française, elle l'approuvait très largement la semaine dernière et elle est aujourd'hui un peu plus prudente.
Dans ce contexte, il est important de bien distinguer les faits des analyses que l'on pourra en tirer. Il est encore trop tôt pour dégager des vues d'ensemble et nous nous en tiendrons donc à quelques constats :
1° Qu'on le veuille ou non, l'intervention en Libye reste dans les objectifs que la France s'est fixé : protéger les populations civiles, éviter l'écrasement de l'insurrection et lui donner les moyens, sinon de gagner, du moins d'impulser un changement. C'est exactement ce qui s'est produit : Benghazi a été dégagé, les forces rebelles ont repris espoir, l'aviation du dictateur, qui était à l'origine d'affreux massacre de civils, est maintenant clouée au sol. Nous n'agissons pas - en tout pas pour le moment - pour des fins qui ne sont pas les nôtres.
2°  Les conditions de notre intervention sont strictement encadrées par le Conseil de sécurité des Nations Unies qui a prévu l'usage de la force pour "protéger les populations civiles menacées d'attaque" mais a exclu toute "force d'occupation étrangère sous quelque forme que ce soit". Nous ne sommes ni dans le cas  de figure de la guerre de Yougoslavie en 1999 ni dans  celui de la guerre d'Irak où des forces étrangères agissent en dehors, voire au mépris du droit international. Nous ne sommes pas non plus, comme en Afghanistan, réduits au rôle de supplétif d'une grande puissance qui agit selon ses objectifs propres. La France est légitime à agir et elle reste maître de son engagement.
3° Si les forces du colonel Kadhafi ne sont pas encore réduites, elles sont suffisamment affaiblies pour ne plus être en situation de controler l'ensemble du territoire libyen et de rétablir l'ancienne dictature. Une solution négociée est désormais possible. Il semble même qu'elle soit déjà en cours de négociation. La diplomatie française joue, depuis le début, un rôle positif dans la recherche d'un point de sortie au conflit : en reconnaissant les premiers le conseil national de transition libyen, nous avons donné un visage politique à la rébellion; la coalition dispose, elle aussi, d'un bras armé politique via le "groupe de contact" que nous avons mis en place, avec entre autres le Royaume Uni et l'Italie.
4° La prise en main par l'OTAN des opérations militaires en Libye n'est pas le fait de la France, ni  - semble-t-il - du Royaume Uni. Elle nous a été effectivement imposé par un certain nombre d'Etats membres, comme la Belgique, les Pays Bas ou les pays scandinaves qui ne peuvent pas intervenir militairement en dehors du cadre de l'Alliance Atlantique. On notera toutefois que l'essentiel des actions de la coalition s'est déroulée avant le 31 mars, c'est à dire avant la prise de contrôle de la mission par l'OTAN. Il est, en revanche, regrettable que la participation d'Etats arabes, comme les Emirats ou le Qatar, soit aussi limitée et que la Turquie se soit mise en marge de l'intervention. Il semble également que, depuis plusieurs jours, l'intervention militaire ait perdu de sa force. Les rebelles et certains pays de la coalition pointent la lourdeur de l'OTAN et les divergences qui règnent au sein de l'Alliance. Voilà une raison supplémentaire pour sortir de ce dispositif militaire anachronique, décrié et inefficace.
5° Nous persistons à penser qu'une intervention française en Libye, c'est à dire à nos portes, et avec sous les yeux, les preuves criantes de l'abjection du régime Kadhafi, était non seulement acceptable mais incontournable. La France, comme d'ailleurs l'Italie et comme l'Espagne, doit assumer son rôle de garant de la paix et de protection des populations d'Afrique du Nord, face à des pouvoirs que nous n'avons que trop défendus. Il est mensonger de dire qu'Al Qaïda est derrière les rebelles libyens comme il était mensonger de prétendre que les islamistes influençaient les révolutions tunisiennes et égyptiennes. Dans un climat où toutes les manipulations sont possibles, notamment de la part de ceux qui voient d'un mauvais oeil le réveil des nationalismes arabes, il faut plus que jamais contrôler ses sources et raison garder.
6°  L'intervention en Libye, tant qu'elle restera dans le cadre des décisions des Nations Unies, bénéficiera du soutien de l'opinion publique française. A l'exception notable de l'extrême gauche communiste, parce que celle-ci récuse le rôle internationale de la France, de sa diplomatie  et de ses armées. Et à l'exception tout aussi notable du Front national, pour des raisons assez obscures inspirés par des restes d'esprit munichois et un vieux fond antimusulman. La Revue Critique récuse tout esprit munichois et de repli de la France sur elle-même. Nous pensons que notre pays a un rôle positif et de premier plan à jouer dans cette partie du monde et c'est pourquoi nous défendons cette intervention. Il ne s'agit en aucune façon d'un soutien au pouvoir actuel, qui a constamment sacrifié notre diplomatie et notre défense dans ses arbitrages budgétaires et politiques. Ceux qui disent ou écrivent que cette intervention ne répond qu'à des raisons de politique intérieure se trompent et trompent l'opinion. Les rebelles libyens, que nos avions défendent, ne s'y trompent pas : c'est la France qu'ils acclament et non le pouvoir qui prétend, pour quelques mois encore, nous gouverner.
La Revue Critique. 
 

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